Maurice célèbre cette semaine non seulement les fêtes nationales, mais également la Journée internationale des droits des femmes, moments propices pour réfléchir au chemin parcouru et aux défis qui restent à relever. Le pays avance, mais les équations sociales, économiques et géopolitiques demeurent complexes.
La célébration, ce dimanche, de la Journée internationale des droits des femmes indique que derrière les progrès accomplis se cachent encore des réalités douloureuses. Une pensée particulière doit aller à ces mères qui vivent dans l’angoisse de voir leurs enfants sombrer dans la drogue, fléau qui continue de ravager trop de familles mauriciennes. Cette semaine, la presse fait mention du drame dans lequel un fils a avoué avoir tué sa mère. Une pensée également pour ces femmes victimes de violences et de féminicides, tragédies qui endeuillent la société.
Les progrès réalisés en matière de représentation féminine sont visibles dans plusieurs sphères des secteurs public et privé. Aujourd’hui, des femmes se trouvent à la tête d’institutions ou de conglomérats majeurs du pays. Elles dirigent des instances importantes, occupent des postes ministériels de premier plan et représentent Maurice à l’étranger comme ambassadrices. Cette présence croissante témoigne des compétences et du leadership des femmes mauriciennes, désormais pleinement reconnues dans les plus hautes responsabilités du pays.
Cependant, cette avancée contraste avec une réalité persistante : la sous-représentation des femmes au Parlement. Malgré les progrès accomplis au fil des années, la proportion de ministres et députées demeure encore limitée, bien en deçà d’une représentation équilibrée de la société mauricienne. Cette situation souligne que l’égalité ne se mesure pas seulement à l’accès à certains postes prestigieux, mais aussi à la participation pleine et entière des femmes aux instances décisionnelles.
Le 12 mars, nous célébrerons le 58e anniversaire de l’indépendance de Maurice et le 34eᵉ anniversaire de la République. Depuis 1968, le pays a parcouru un chemin remarquable. Comme le rappelait le Premier ministre et leader du PTr, Navin Ramgoolam, qui célébrait le 80e anniversaire de son parti dimanche dernier, Maurice est partie d’une économie fragile et fortement dépendante du sucre. Elle a su se transformer en une économie diversifiée et résiliente, souvent citée en exemple pour sa stabilité politique et son ouverture au monde.
Toutefois, les défis restent nombreux. Le ralentissement de la croissance, la pression sur le coût de la vie, le vieillissement de la population et le manque de ressources humaines locales, ainsi que la nécessité de créer des emplois de qualité demeurent au cœur des préoccupations. Dans ce contexte, la ministre des Services financiers, Jyoti Jeetun, estime, dans un entretien accordé à Le Mauricien, que « Maurice a besoin d’un nouveau souffle pour attirer les investissements directs étrangers et créer de la croissance ». Selon elle, l’avenir économique du pays passe par une stratégie renouvelée, capable de stimuler l’investissement, l’innovation et la compétitivité.
L’indépendance elle-même reste un projet inachevé. La souveraineté mauricienne sur l’archipel des Chagos, sans remettre en question la base militaire américaine de Diego Garcia, n’est pas encore pleinement exercée. Malgré des avancées diplomatiques et juridiques, un règlement définitif tarde à se concrétiser. Le Premier ministre britannique, qui a le mérite d’affirmer l’indépendance de son pays vis-à-vis des États-Unis, réussira-t-il à influencer l’avenir des Chagos sur l’échiquier géopolitique ?
À ces défis s’ajoute un contexte international particulièrement incertain. Les tensions et les affrontements autour de l’Iran évoquent combien la stabilité mondiale demeure fragile. Pour une économie insulaire comme celle de Maurice, fortement dépendante des importations et du transport maritime, les conséquences d’un conflit dans cette région stratégique peuvent être rapides : hausse du prix du pétrole, augmentation du coût du fret et nouvelles pressions sur le coût de la vie.
Ainsi, en tenant compte des défis sociaux, économiques et géopolitiques, Maurice se trouve à la croisée des chemins . L’histoire a montré que le pays sait faire preuve de résilience face aux crises. Mais pour poursuivre sa marche en avant, il lui faudra sans doute trouver ce « nouveau souffle » évoqué par certains afin de consolider son développement, renforcer sa cohésion sociale et préparer l’avenir avec confiance.
Jean Marc Poché

