18 mois. Un gouvernement se présentant sous la bannière du “Sanzman”, est élu de manière phénoménale. Marquant, dans la foulée, le troisième 60-0 de l’histoire de notre jeune république. Une victoire, il faut croire, tellement flamboyante qu’elle aurait ébranlé ses propres artisans ! Car comment expliquer autrement qu’en seulement 18 mois, une déchirure – et pas n’importe laquelle ! – s’est déjà opérée ? Qu’en si peu de temps, la colère populaire gronde ?
Quand l’une des chevilles ouvrières claque la porte de l’alliance – qu’il a contribué à porter aux nues –, cela ne relève pas de l’anecdote. Pas uniquement parce que Paul Bérenger est le leader emblématique d’un parti qui a conquis cœurs et âmes. Mais pour mille et une autre raisons de comment il a marqué des générations. Le slogan “MMM Vaincra”, symbole fort des années glorieuses du parti mauve, peut-il sincèrement être brandi par ceux qui ont conservé l’emblème, mais pas le cœur?
18 mois et rien qu’en ces derniers jours, quatre incidents – parmi tant d’autres encore, hélas ! – qui donnent froid dans le dos. D’abord, le meurtre de Gino Ronnie Bodha, fils de Nando Bodha, politicien jouissant d’une réputation importante. Un crime crapuleux perpétré par des jeunes dont les aveux sont extrêmement révélateurs. Secundo, des événements d’une rare violence à Camp-Thorel marqués non seulement par des échanges verbaux très virulents, mais surtout l’usage d’armes blanches, des coups de feu et des véhicules incendiés ! Rien d’habituel ici, et qui ne devrait jamais tomber dans la banalisation ni la normalisation. Tertio, la mort dans des circonstances jusqu’ici troublantes de William Villars. Ce jeune d’un faubourg de Floréal aurait été tué par un autre jeune de 18 ans alors qu’il tentait de pénétrer dans la cour, privée, donc de ce résident. Et, last but not least, des dérapages survenus à Grand-Bassin dont la victime est un touriste. Événement qui a déclenché un tollé sur la toile, mais surtout, a ravivé des relents communaux pas du tout bienvenus!
Et dans tout cela, kot Law & Order dan nou pei ? Question brûlante sur les lèvres de milliers de Mauriciens. Des citoyens poussés à bout par un climat social au bord de l’explosion. En filigrane des quatre incidents mentionnés, deux aspects cruciaux: d’abord, l’implication de toxicomanes et de l’autre, une force policière qui ne semble pas avoir les coudées franches pour agir selon ses prérogatives. La problématique des toxicomanes prend une envergure des plus effrayantes chaque jour. Et jusqu’ici, hélas!, aucune mesure concrète – centres de traitements/d’écoutes/d’accueil à l’horizon, entre autres – pour aborder le problème !
Ces dérives notées, soutiennent des observateurs sociopolitiques, sont les prémisses propices d’un éclatement social. Un ras-le-bol généralisé, nourri par une foule de facteurs qui semblent concourir vers un débordement populaire qui nous pend au nez. Quand de plus en plus de citoyens ont faim, quand ils se sentent à bout parce qu’écrasés par la cherté de la vie et d’autres pressions qui pèsent sur eux et les étouffent, quand ils sont frustrés parce que nombre de promesses faites pendant la campagne électorale n’ont pas été réalisées, que des échauffourées surviennent au quotidien, des meurtres crapuleux et barbares, des règlements de comptes à gogo et au vu et au su, des scènes de “road rage’ surviennent à tous les coins de rue, pour ne citer que cela, l’étincelle risque de flamber au moindre craquement d’allumette.
Sérieusement, peut-on croiser les bras et attendre Godot parce qu’il est plus facile de lancer “abe sa masinn propagann MSM sa !” Oui, nombre des pyromanes qui jettent l’huile sur le feu et profitent de chaque incident pour en faire une montagne sont l’œuvre d’opposants au pouvoir. Mais pas que ! L’on ne peut et l’on ne doit absolument pas prendre pour acquis que le peuple (mouton) ne réagira pas. Et entretemps, on fait quoi ? On s’assoit sur sa conscience et son cerveau ?
Autre exemple parmi tant d’autres : 18 mois, mais la mort de l’agent en chef de Pravind Jugnauth, Soopramanien Kistnen, n’a toujours pas avancé d’un iota. Elle est où la volonté affichée et vociférée de changer la donne ? Assez du “lakes vid” et du “MSM sa, pa nou sa”. Passons à l’action. Avant d’avoir à le regretter. Deux ans et quelques mois passent vite, trop vite…
Husna Ramjanally

