Sans aide ni refuge à Medine  : Elles nourrissent une soixantaine de chiens chaque jour dans les champs de cannes 

Nathalie Nicolin, 60 ans et Diane Langlois, 63 ans, un amour inconditionnel des chiens abandonnés

A Médine, au coeur des champs de cannes à sucre, Nathalie Nicolin, 60 ans et Diane Langlois, 63 ans, partagent leur quotidien avec une soixantaine de chiens. Par leurs propres moyens et sans subvention publique, ce couple soigne et veille chaque jour sur ces animaux abandonnés. Un défi logistique et financier immense, porté par un amour inconditionnel des animaux.

Elles n’ont pas de refuge en béton, juste le ciel bleu pour toit et leur amour pour protection. C’est dans les champs de cannes, à deux minutes de chez elles, que Nathalie Nicolin et Diane Langlois, deux habitantes de Morcellement de Chazal à Albion ont choisi de mener leur plus beau combat. Chaque jour, loin des regards, ces deux femmes unies par la vie et par une compassion sans limites, transforment la solitude de ces terres oubliées en un havre d’amour pour plus d’une soixantaine de chiens.

- Publicité -

Un rituel est immuable

Chaque matin, le rituel est immuable. Tandis que la journée de la plupart des gens commence par un café chaud, celle de Nathalie Nicolin et de Diane Langlois démarre les bras chargés de dizaines de kilos de nourriture et de bidons d’eau fraîche. Avant de partir, le couple prépare minutieusement les sachets de croquettes et les pâtées destinés aux différentes meutes qui les attendent. Une fois la préparation terminée, elles parcourent à pied environ 4 kilomètres à travers les plantations.

« Nous quittons la maison vers 5h30, 40 après avoir préparé les sachets et pâtées pour nos différentes meutes », nous dit Nathalie Nicolin, employée dans les ressources humaines à Plaine Lauzun. Chez elles, la compassion ne s’arrête pas non plus : quatre chiens de rue y ont trouvé refuge, dont un grand blessé qui a dû être amputé d’une patte.

- Publicité -

Dans un store extérieur, elles conservent des sachets de 20 kg. « Nous devons commander quatre sachets de 20 kg par semaine », nous dit Diane Langlois. Ce qui représente un budget mensuel colossal de Rs 25 000 à Rs 30 000 uniquement pour les croquettes. À cela s’ajoutent l’achat des pâtées pour les chiots et les frais vétérinaires indispensables. Au-delà de l’effort financier, c’est une véritable performance physique et émotionnelle que le couple accomplit 365 jours par an. Qu’il pleuve, qu’il vente ou que le soleil de plomb de l’ouest mauricien écrase les champs, Nathalie et Diane répondent présentes. Pour ces chiens craintifs, souvent traumatisés par la cruauté humaine, le bruit des pas des deux femmes est devenu le signal de la vie, de la survie, et de la tendresse.

Rien ne prédestinait ce couple à gérer une telle meute, jusqu’à ce que la crise sanitaire mondiale agisse comme un déclic. « Tout a commencé avec le Covid. Tout est parti de là et on n’a jamais pu s’arrêter », confesse Nathalie Nicolin. Durant le confinement, face à l’abandon massif d’animaux affamés dans les champs, elle et sa compagne d’origine canadienne, ont commencé à nourrir quelques chiens. Six ans plus tard, l’engagement est devenu une mission de vie.

- Advertisement -

Rituel matinal immuable

À leur arrivée chaque matin sur les lieux, le spectacle est à la fois déchirant et magnifique. Elles sont accueillies par un concert d’aboiements joyeux et de queues qui remuent. Pour ces âmes oubliées de Médine, Nathalie et Diane ne leur apportent pas seulement de quoi survivre : elles leur offrent une dignité, une protection et, surtout, une existence aux yeux du monde.

Dans les champs de cannes, chaque animal a une histoire, souvent gravée dans ses cicatrices. Pour le passant ordinaire, ces chiens se ressemblent tous. Pour elles, chacun est unique. Pour les deux femmes, aucun n’est un anonyme.  Elles les reconnaissent au premier coup d’œil et les appellent tous par leur nom.  D’un simple coup d’œil, elles distinguent « Poupette », « Nez Rose » et « Zorey » aux oreilles bizarres. Elles reconnaissent « Les Dents » et son sourire unique, « Caramel » à sa robe dorée, ou encore « Cocarde » et la tache sombre qui entoure ses yeux. Il y a aussi « Solo », le survivant qui s’est toujours débrouillé seul, « Fluffy » au regard bleu et à la queue panachée, et « Robin », le justicier des friches baptisé en hommage à Robin des Bois. Appeler chaque chien par son nom n’est pas un détail : c’est leur manière de leur rendre la dignité que les humains leur ont arrachée. Appeler chaque chien par son nom est leur manière de leur rendre la dignité que les humains leur ont arrachée.

Leur dévouement ne s’arrête pas à apaiser la faim. Conscientes que la misère se multiplie si on ne l’arrête pas, ces deux femmes mènent un combat de l’ombre : la stérilisation. Une par une, avec une patience infinie et au prix de sacrifices financiers, elles attrapent les femelles et les mâles pour les emmener chez le vétérinaire. C’est leur manière de briser le cycle de la souffrance et d’offrir un avenir plus serein à cette communauté de quatre pattes.

Le prix du sacrifice

Le couple possède également un carnet de vie, note scrupuleusement la date de chaque mise bas et conduit les petits en clinique dès qu’ils sont prêts pour être castrés ou stérilisés. Cette démarche, entièrement à leur charge, représente également un gros poste de dépense. C’est, selon elles, la seule solution éthique et durable pour endiguer les abandons.

Cette activité de nourrissage quotidien repose entièrement sur leurs propres épaules. Sans aucune subvention, le couple puise sans compter dans leurs ressources. Accompagner chaque chien chez le vétérinaire, financer les opérations et veiller sur leur convalescence au milieu des champs demande une énergie surhumaine. Le regard de gratitude de ces oubliés de la canne demeure leur plus belle récompense et le moteur de leur combat quotidien. Toutefois, reconnaît Diane, « le plus dur c’est d’attraper les femelles. Certaines d’entre elles ne se laissent pas faire. « Maman » la doyenne par exemple nous rit au nez lorsqu’on installe une trappe. Nous avons besoin de trappeurs professionnels pour les attrapper afin de les faire stériliser. « 

Si l’énergie de Nathalie Nicolin et Diane Langlois semble inépuisable, leurs ressources financières, elles, ont des limites. Surtout que Nathalie Nicolin sera à la retraite dès le mois prochain. Entre les factures de vétérinaire et le prix de la nourriture qui augmente, le quotidien devient de plus en plus difficile à assumer seules. Aujourd’hui, elles ouvrent progressivement leurs portes aux dons matériels (croquettes). Pendant ce temps, dans la solitude des champs de canne de Médine, loin des regards et des jugements, elles offrent simplement une leçon d’humanité pure. Par la seule force de leur amour et de leur volonté, elles ont transformé un lieu de détresse en un sanctuaire d’espoir.

EN CONTINU
éditions numériques