L’ancien diplomate Vijay Makhan souligne dans une correspondance à Le Mauricien sous forme de questions-réponses que « le Royaume-Uni a reconnu la droite souveraineté de Maurice sur les Chagos. Il doit maintenant l’appliquer. « L’enjeu aujourd’hui n’est plus une question de souveraineté, c’est une question de crédibilité du droit international », met-il en exergue.
La situation sur les Chagos a-t-elle fondamentalement changé ?
Non, elle n’a pas changé sur le plan juridique, mais elle a évolué sur le plan politique.
Le droit est aujourd’hui clair. La Cour internationale de justice a établi que la décolonisation de Maurice n’avait pas été complétée légalement. Cette position a été entérinée par l’Assemblée générale des Nations unies et surtout reconnue par le Royaume-Uni lui-même dans l’accord signé le 22 mai 2025 avec Maurice. Donc la souveraineté n’est plus en débat. Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est sa mise en œuvre. Un droit reconnu mais non appliqué finit par perdre sa force.
.
Il est maintenant rapporté que le Royaume-Uni aurait mis en veille le projet de loi sur Diego Garcia, au point qu’il pourrait ne pas figurer dans le prochain discours du Roi en marge de la nouvelle législature britannique. Est-ce un retard ou un recul politique ?
Si ces informations se confirment, nous ne serions plus dans un simple retard procédural, mais dans une forme de recul politique préoccupant. Le Royaume-Uni a non seulement reconnu la souveraineté de Maurice en droit, mais il a également signé un accord en ce sens. Mettre en suspens le dispositif législatif nécessaire à sa mise en œuvre reviendrait à créer un décalage profond entre engagement international et action interne. Cela pose une question de cohérence fondamentale.
Un État ne peut pas, d’un côté, affirmer son attachement à l’État de droit sur la scène internationale, et de l’autre, différer indéfiniment l’application d’un accord fondé sur ce même droit. À ce stade, il ne s’agit plus simplement d’un calendrier parlementaire. Il s’agit de savoir si un engagement reconnu sera effectivement respecté.
Certains au Royaume-Uni plaident pour une renégociation de l’accord. Est-ce envisageable ?
Non, ce serait un retour en arrière. Maurice n’a pas obtenu cette reconnaissance par hasard, mais à travers un long processus juridique et diplomatique. Revenir sur l’accord reviendrait à rouvrir une question déjà tranchée. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de négocier. Il s’agit d’appliquer.
Les actions récentes de certains groupes se réclamant des Chagossiens compliquent-elles la situation ?
Elles la compliquent, oui. Il faut être clair : la cause des Chagossiens est légitime et mérite d’être traitée avec sérieux et dignité. Mais elle ne doit pas être instrumentalisée à des fins politiques. Des actions unilatérales et spectaculaires ne font pas avancer les droits. Elles risquent au contraire de retarder leur mise en œuvre.
Le rôle des grandes puissances, notamment les États-Unis, vous inquiète-t-il ?
Ce qui est préoccupant, ce n’est pas leur rôle en soi, mais l’évolution du contexte. D’ailleurs on a vu le tantôt oui tantôt non de Monsieur Trump. Il ne faudrait pas que les Britanniques se cachent derrière la posture changeante de Trump pour retarder le traité. Lorsque la mise en œuvre d’un accord est retardée, l’espace se crée pour des repositionnements géopolitiques. Une question juridique peut alors être transformée en objet de négociation stratégique.
C’est précisément ce qu’il faut éviter.
Maurice risque-t-elle d’être marginalisée ?
Il y a un risque si elle reste passive. Mais Maurice a démontré qu’un petit État peut faire prévaloir le droit lorsqu’il agit avec constance. Elle doit aujourd’hui rester engagée, visible et ferme dans ses positions.
Quelle posture Maurice doit-elle adopter maintenant ?
Une posture d’équilibre. Ni passivité, ni rupture. Maurice doit continuer à engager ses partenaires, à rappeler les fondements juridiques et à insister sur la nécessité d’aboutir.
C’est une fermeté fondée sur le droit, pas sur la confrontation.
Votre message au Royaume-Uni ?
Mon message est très simple. Le Royaume-Uni a reconnu le droit. Il doit maintenant l’appliquer. L’enjeu aujourd’hui n’est plus une question de souveraineté.
C’est une question de crédibilité du droit international.

