Vous avez remarqué cette atmosphère bizarre ces jours-ci, surtout après l’annonce des augmentations de prix déjà faites et à venir ? Ou que l’on passe dans le pays on entend monter la clameur des Mauriciens contre le gouvernement. Ne parlons pas des réseaux sociaux, dont les internautes rouges semblent avoir vire mam et opté pour l’orange du jour au lendemain. Les posts concernant Pravind et Navin ont augmenté. Avec cette différence que le premier est soutenu et regretté, et l’autre critiqué, moqué, ridiculisé. Surtout pour son déplacement en pleine crise économique pour aller assister à la prestation de serment d’un président africain qui remporte les élections avec des taux plus de 80%… depuis quarante ans ! Comme dirait l’autre, ça sent la République bananière ! Navin Ramgoolam avait déclaré que son déplacement était important pour le pays, dans le cadre de sa nouvelle stratégie vers l’Afrique. Si c’est le cas, c’est une tentative ratée de mettre Maurice sur la carte de l’Afrique, puisque la presse du Congo-Brazzaville ne mentionne même pas la présence du Premier ministre mauricien à la prestation de serment. Nos élections générales ont eu lieu il y a seulement 16 mois, le gouvernement du Changement a encore plus de trois ans avant la fin de son mandat et on a, étrangement, le sentiment de vivre une fin de règne. C’est pratiquement le même sentiment ressenti au cours de l’année 2024, quand le gouvernement MSM et Alliés avait réussi — après plusieurs années de règne tout de même — à se mettre à dos une grosse partie de la population pour de multiples raisons. Une colère accumulée qui augmentera encore quand entrera en scène Missie Moustass et ses clips montrant les membres du gouvernement et certains de leurs proches sous leur vrai visage. Cette colère rentrée explosera quand le gouvernement tentera de censurer les vidéos de Missie Moustass en interdisant les réseaux sociaux. En ce faisant, il réussira l’exploit de faire descendre massivement dans la rue la jeunesse mauricienne, que l’on disait amorphe et pas du tout intéressée par la politique locale. Portée par cette vague, l’Alliance du Changement avait tous les atouts en main pour tenir ses promesses électorales et faire la rupture avec les méthodes du passé. Mais dès ses premiers pas, au lieu d’innover, il a essayé de faire du neuf avec du vieux, et de continuer à utiliser les méthodes du passé en affirmant le contraire. On l’a vu avec la nomination des ministres dictée par les règles non écrites, mais scrupuleusement respectées du communalisme, du castéisme, de la fidélité au leader aux dépens des compétences, du poids du machisme — seulement deux femmes ministres dans un pays où les femmes sont largement majoritaires. Ce premier faux pas sera suivi d’autres quand il s’agira de nominations d’ambassadeurs, de présidents de corps paraétatiques choisis plus pour leur fidélité aux partis et aux leaders — parfois pour des liens familiaux avec eux — que sur la base de la méritocratie et de l’efficacité. Grisés par la victoire, les leaders de l’Alliance ont dû se dire que les 60/0 de décembre 2024 étaient un chèque en blanc qui leur permettait de tout faire. Au point de croire qu’ils pouvaient reculer l’âge de la pension sans susciter de réactions. Depuis, où qu’ils se rendent — et même dans leurs fiefs —, les députés de l’Alliance du Changement se font traiter, par ceux qui les avaient élus massivement, de « voler pansion. » Depuis, avec les erreurs et promesses non tenues, la séquence Bérenger v/s les dirigeants de son parti, et les augmentations de prix, la colère n’a fait qu’augmenter. Cette colère des Mauriciens qu’ils avaient utilisée contre le gouvernement précédent est en train de se retourner contre l’Alliance du Changement après seulement 16 mois de pouvoir. Est-ce qu’elle va pouvoir retourner la situation en sa faveur d’ici trois ans ? Mission impossible, disent les partisans du MSM, qui se voient déjà revenir au pouvoir sans même avoir besoin de faire campagne. L’Alliance du Changement étant devenue, par ses erreurs, ses manquements et son manque de courage, son meilleur agent politique. Vous croyez que la colère va baisser avec les prochaines augmentations de prix déjà annoncées, comme une réclame avant le film, par le ministre du Commerce ? Ambiance de fin de règne, je vous dis !

