Il y a (2)*
Il y a des aubes tranquilles. Des fenêtres encore fermées, des horloges immobiles, des coussins rangés en silence. Et des minutes qui accélèrent alors que le sommeil demande encore des heures.
Et il y a des aubes qui s’éveillent.
Il y a des matins pressés. Des réveils trop rapides, des cafés avalés debout, des pensées déjà ailleurs avant même d’être présente. Des journées qui commencent sans entrain.
Et il y a des matins qui réveillent.
Il y a des jours légers. Des journées calmes qui se passent sans heurts, des heures tranquilles qui glissent sans faire de bruit. Des soirées festives avec des éclats de rire pendant que les verres s’effleurent dans un son cristallin. Des parenthèses que l’on savoure sans y penser vraiment.
Et il y a des jours qui marquent.
Il y a des amitiés confortables. Des conversations faciles, des habitudes rassurantes, des messages qui arrivent et qui égaient. Des liens doux qui ne bousculent pas vraiment.
Et il y a des amitiés qui élèvent.
Il y a des rencontres agréables. Des échanges simples, des rires sincères, des présences que l’on remercie. Et puis il y a celles qui dérangent ; celles que l’on n’aurait pas voulues.
Et il y a des rencontres qui bouleversent.
Il y a des sourires vrais. Des visages aimables qui dégagent des joies discrètes. Des expressions douces qui ne demandent rien en retour.
Et il y a des regards intenses et profonds. Ils relèvent.
Il y a des paroles nombreuses. Parfois trop nombreuses. Elles remplissent l’air, occupent la place et s’effacent avant la nuit. Et des mots qui parfois blessent.
Et il y a des paroles qui sauvent.
Il y a des silences ordinaires. Ceux des attentes dans des couloirs, ceux des chagrins et des vides qui s’installent.
Et il y a des silences qui révèlent.
Il y a des blessures visibles. Elles piquent, fatiguent, laissent des traces et demandent du temps. Et puis il y a les blessures invisibles, celles qui crient à l’intérieur. On apprend à vivre avec elles, parfois.
Et il y a des blessures qui façonnent.
Il y a des échecs. Des projets qui s’arrêtent, des portes qui se ferment, des résultats qui déçoivent. Des échecs invisibles vécus seuls.
Et il y a des échecs qui enseignent.
Il y a des réussites éclatantes. Des applaudissements, des regards admiratifs, des instants de fierté partagée. Des sommets que l’on atteint après effort et patience.
Et il y a des réussites qui vident.
Il y a des choix raisonnables. Des décisions logiques, des routes sécurisées, des vies bien construites sur des certitudes. Tout est à sa place, tout est maîtrisé.
Et il y a des choix qui libèrent.
Il y a des chemins bien tracés et sûrs, des directions connues, des horizons déjà nommés. Et des chemins qui égarent.
Et il y a des chemins qui ouvrent.
Il y a des absences discrètes. Des personnes qui ne répondent plus, des liens qui s’étiolent et des adieux nécessaires.
Et il y a des absences qui pèsent.
Il y a des départs silencieux. Des objets encore en place, mais déjà étrangers, des conversations dans un silence, des présences qui s’effacent sans bruit. Et des espaces qui s’élargissent chaque jour un peu plus. Et il y a des départs qui déplacent.
Il y a des existences que l’on remplit. Avec des projets, des rendez-vous, des rêves pour aujourd’hui et pour demain. Des événements qui se succèdent. Et il y a des vies qui se contentent de l’essentiel. Elles reposent.
Il y a des voyages heureux. Des paysages merveilleux, des photos innombrables, des souvenirs inoubliables. Des départs qui attristent et des retours qui réjouissent.
Et il y a les pèlerinages. Ils transforment.
Il y a des jours nuageux où l’orage menace. Des jours où la pluie fait rage et où tout s’assombrit. Les esprits s’embrument. Des jours où l’on préfère rester chez soi, tout simplement. Mais il y a aussi ce bout de ciel qui se dessine entre les contours des nuages et qui laisse passer un rayon de soleil. Une lumière qui réchauffe et qui donne à espérer.
Il y a cet espace qui est une évidence : au-dessus des nuages, il y a toujours un ciel dégagé.
Une nuit étoilée.
Un jour ensoleillé.
(2)*Un texte du Carnet de Camille avec le même titre a été publié le 26 janvier 2025 et portait sur un autre sujet.

