La célébration de la Fête du travail, le 1er mai, coïncide cette année avec les consultations budgétaires qui se déroulent dans une ambiance maussade, en l’absence de représentants de centrales syndicales. Cet exercice, présidé par le Junior Minister Dhaneshwar Damry, se fait également dans la précipitation, compte tenu du fait que le budget 2026-2027 devrait être présenté en juin.
Les syndicalistes déplorent que cette réunion ne soit pas présidée, ne serait-ce qu’à l’ouverture des travaux, par le Premier ministre qui détient également le portefeuille de ministre des Finances. « Il est inélégant que ces consultations soient présidées par un “Junior Minister” alors que le pays est confronté à des problèmes majeurs comme l’inflation, le manque de contrôle sur les devises et la hausse des tarifs d’électricité et de produits pétroliers qui entraînera des hausses de prix en cascade », lancent-ils. En fait, si personne n’ignore les conséquences de la guerre au Moyen-Orient et la crise économique mondiale qu’elle provoque, ils veulent avoir la garantie du Premier ministre et ministre des Finances que le renforcement des mesures d’austérité sera accompagné de mesures pour alléger le poids pesant sur les plus vulnérables et les PME, entre autres.
De fait, le nœud gordien que doit résoudre le gouvernement, et en particulier le ministre des Finances, est de savoir jusqu’où la stratégie consistant à pratiquer une politique d’austérité peut aller. À première vue, le seul moyen trouvé pour réduire le déficit budgétaire est la réduction des dépenses gouvernementales. C’est logique en termes comptables. Mais il est évident que cela a des conséquences parfois graves. La réduction des dépenses veut également dire le ralentissement des investissements publics, le ralentissement de la consommation et la réduction des recettes de l’État provenant notamment de la taxe à la valeur ajoutée. Il faudrait donc dépasser l’exercice comptable pour imaginer une stratégie économique susceptible d’entraîner une relance économique, aussi faible soit-elle. Il faudra prendre le risque d’introduire des incitations de manière à attirer les investissements et les opérateurs des services financiers à un moment où les opérateurs financiers internationaux cherchent désespérément à quitter des juridictions traditionnelles comme Dubaï, entre autres, pour investir dans des juridictions stables comme Maurice.
Le directeur d’une banque régionale soulignait récemment la nécessité pour le gouvernement mauricien d’intervenir rapidement. Or, il semble que c’est là que le bât blesse. Nous manquons de rapidité. Des dossiers urgents, notamment dans la région portuaire, se font attendre pour des raisons qui ne sont pas encore connues.
Nous attendons avec intérêt le rapport du Fonds monétaire international (FMI), dans le cadre de l’article IV, ce lundi. Il devrait apporter un éclairage important sur la situation macroéconomique du pays ainsi que sur les orientations de politique économique et les réformes structurelles recommandées. À mi-parcours de la stratégie d’austérité annoncée sur trois ans, une évaluation objective de la politique économique s’impose.
Sur le plan politique, l’actualité est marquée par des ajustements au sein de l’exécutif. Alors que le MMM annonce avec insistance la nomination prochaine d’Arianne Navarre-Marie comme Deputy Prime Minister, Navin Ramgoolam, qui déteste agir sous pression, fait durer le plaisir. D’aucuns pensent qu’une décision finale devait être prise cette semaine. Attendons de voir. La question à mille francs est de savoir si la personne choisie pour occuper le poste de DPM sera également le leader du MMM. Entre-temps, Paul Bérenger et son équipe se préparent à lancer leur nouveau mouvement le 9 mai prochain avec un congrès fondateur.
Les négociations autour du dossier des Chagos se poursuivent et semblent désormais dépendre de l’aval des autorités américaines, notamment du président Donald Trump, dont la position est attendue pour faire avancer le processus.
Dans l’intervalle, le Royaume-Uni multiplie les efforts pour gérer l’impatience des autorités mauriciennes. Londres a évoqué plusieurs mesures d’accompagnement, notamment la possibilité pour les Chagossiens d’effectuer des visites patrimoniales sur les îles afin de se recueillir et rendre hommage à leurs proches disparus.
Il est également envisagé qu’une délégation de Chagossiens puisse se rendre sur place dans le cadre d’une visite à caractère mémoriel et symbolique. Ces propositions restent toutefois au stade de discussions dans un dossier toujours sensible. Souhaitons que ce ne soit pas une tentative d’anesthésier les autorités mauriciennes qui menacent de prendre d’autres mesures pour faire aboutir le dossier Chagos.
Par ailleurs, ont eu lieu vendredi les funérailles de Ras Natty Baby. Nos condoléances à sa famille et à ses proches.
Jean Marc Poché
