Les chiffres révélés au Parlement le 21 avril dernier dressent un constat préoccupant : en quelques mois seulement, près de 200 cas liés à la violence familiale ont été recensés dans la région nord. Derrière ces statistiques, une réalité plus profonde se dessine : celle d’un système sous pression face à une problématique sociale en expansion.
Entre le 1er janvier et le 17 avril 2026, la Brigade pour la Protection de la Famille de la division nord a traité 198 cas, dont une large majorité concerne des situations de violence domestique. À elle seule, cette catégorie représente 132 cas, mêlant violences physiques, verbales, menaces et abus psychologiques.
Plus alarmant encore, 49 cas d’abus sur enfants ont été enregistrés, dont 40 liés à des infractions sexuelles. À cela, s’ajoutent 17 cas de maltraitance envers des personnes âgées, principalement d’ordre psychologique.
Ces chiffres, concentrés sur une période de moins de quatre mois, traduisent une montée significative des violences intrafamiliales, confirmant une tendance déjà observée ces dernières années.
Face à ces situations, la police intervient en moyenne dans un délai de 15 minutes, signe d’une réactivité opérationnelle réelle. Mais la suite du traitement des dossiers révèle une autre réalité.
Sur les 198 cas recensés :
l 27 seulement ont débouché sur des sanctions judiciaires
l 12 ont été réglés par counselling
l 150 sont encore en cours d’enquête, avec des délais pouvant atteindre 4 à 5 mois
Une situation qui met en évidence l’écart entre l’urgence des interventions et la lenteur des procédures judiciaires et administratives.
La Brigade pour la Protection de la Famille de la division nord ne compte actuellement que 14 policiers, chargés de couvrir un vaste territoire comprenant 14 postes de police, de Tombeau Bay à Grand Baie et de Rivière-du-Rempart à Pamplemousses.
À cela, s’ajoute une instabilité des effectifs : depuis 2023, 13 officiers ont été transférés, remplacés par 12 autres. Si ces rotations sont présentées comme normales, elles posent néanmoins la question de la continuité et de l’expertise dans une unité hautement spécialisée.
Depuis 2022, la fusion entre les unités de protection de la famille et de protection des mineurs a donné naissance à une structure unique. Une réforme qui visait à rationaliser les ressources, mais qui suscite aujourd’hui des interrogations.
Face à la hausse des cas, certains élus plaident pour une restructuration et une séparation des unités, afin de mieux répondre à la spécificité des situations, notamment en matière de protection des enfants.
Les autorités indiquent que des démarches sont en cours pour renforcer les effectifs et améliorer l’organisation, mais ces ajustements restent dépendants de procédures administratives.
Au-delà des chiffres et de l’organisation policière, ces données mettent en lumière une réalité plus large : la violence familiale reste profondément ancrée dans notre société.
Les cas d’abus, qu’ils soient physiques, psychologiques ou sexuels, touchent toutes les catégories – femmes, enfants, personnes âgées – et révèlent des fragilités sociales persistantes.
La réponse à cette problématique ne peut être uniquement sécuritaire.
Elle implique :
l un renforcement des services sociaux
l une meilleure prévention
l un accompagnement des victimes, et
l une sensibilisation accrue de la population
Car si la police intervient, c’est souvent après que les violences ont déjà eu lieu. Ces 198 cas en quelques mois ne sont pas seulement des statistiques. Ils sont le reflet de situations humaines complexes, souvent invisibles, mais profondément marquantes.
La protection de la famille s’impose aujourd’hui comme un enjeu central, à la croisée du social, du judiciaire et du politique. Et une question demeure : les moyens actuels sont-ils à la hauteur de l’ampleur du phénomène ?

