Au temps où les mots avaient encore leur signification première, le 1er Mai était un hommage à tous ceux qui s’étaient battus pour faire avancer la cause des travailleurs, souvent traités comme des esclaves, en arrachant aux patrons, après de longues luttes et parfois des grèves, des améliorations de leurs conditions. On allait aux meetings avec ses propres moyens pour célébrer des luttes menées ensemble et en promettant de faire mieux l’année prochaine en étant mieux organisés, plus solidaires les uns des autres pour faire avancer la lutte. Dans les années 1970, la revendication syndicale s’étant rapprochée de la politique, les meetings furent organisés conjointement. Mais l’assistance se déplaçait toujours par ses propres moyens — parfois à pied — pour montrer son engagement et sa détermination. À un moment, au cours de ces années-là, alors que la lutte culturelle rejoignait les mêmes objectifs politiques, les meetings se terminaient par une fête culturelle, pas un concert. Dans les années 1980, après que la vague de l’espoir s’est fracassée sur les réalités économiques et les cassures, la politique politicienne a pris le dessus sur le syndicalisme. La fête du Travail devint une démonstration de force politique, filmée par une MBC servilement au service du pouvoir en place. Il fallait pouvoir dire qu’on avait attiré la plus grosse foule. Pour ce faire, on commença par offrir des autobus aux sympathisants pour se rendre sur le lieu du meeting, et quand les bus n’étaient pas remplis, on faisait appel aux premiers travailleurs étrangers ou aux associations du troisième âge pour grossir la foule. Comme l’enthousiasme politique ne suffisait plus à déplacer les foules, il fallut trouver d’autres moyens pour remplir les autobus. C’est alors que le meeting du 1er Mai devint une escale avant un pique-nique à la plage avec briani et boissons gazeuses ou alcoolisée. Mais l’enthousiasme diminuant et le budget augmentant, les politiciens rendirent leur fête aux syndicats, pour des manifestations plus modestes, mais plus en phase avec le symbolisme du 1er Mai.
Mais qui a pu conseiller au gouvernement d’organiser un grand concert le jour même où, pour des raisons d’austérité économiques, les tarifs d’électricité étaient augmentés ? Quelle est cette bande de comiques qui a suggéré au gouvernement de célébrer cette augmentation et ses multiples conséquences en faisant rouler gratuitement le métro ? Est-ce pour mettre en pratique ce précepte, venu de la Rome antique, selon lequel la meilleure manière de calmer la colère du peuple est de lui offrir du pain et des jeux ? Dans sa version mauricienne : enn dialsa ! Mais pour célébrer, pour faire la fête, encore faudrait-il qu’on ait des raisons de le faire, qu’on ne soit pas obligé de se serrer la ceinture, de compter ses roupies. Décidément, il est grand temps que le gouvernement recrute un vrai communicateur au lieu des comiques autoproclamés dont les initiatives ne font que le ridiculiser comme cela a été le cas avec son grand concert du 1er Mai. Le public ne s’est pas déplacé et les photos publiées sur les réseaux sociaux montrent qu’il y avait plus de policiers que de public. Sans compter les commentaires qui soulignent tout ce qui rend ce grand concert insultant. C’est qu’il a été financé des caisses publiques, que le gouvernement n’arrête pas de dire que son prédécesseur a vidées. Ce concert fiasco confirme ce que l’on sent de plus en plus depuis les élections : le gouvernement manœuvre à vue, sans gouvernail, sans plan, ne sait pas faire, est incapable de prévoir, réagit en improvisant mal. Et quand on sait que les meilleures improvisations sont celles qui sont préparées à l’avance …
On retiendra donc du 1er Mai 2026 le grand concert fiasco boudé par la foule pour devenir un sujet de moquerie contre son organisateur, le gouvernement. Mais il faudra aussi retenir qu’avec son manque d’organisation et sa communication lamentable, le gouvernement a réussi un autre exploit : faire les leaders des confédérations syndicales boycotter la réunion tripartie en refusant de négocier avec le Junior Minister des Finances, pour réclamer la présence de celui qui détient le portefeuille depuis les élections. Il n’est pas sûr que le sourire légendaire du Junior Minister des Finances réussira à faire les leaders syndicaux revenir à la table des négociations. D’autant qu’il se chuchote qu’ils auront à avaler une hausse de la TVA dans les prochains jours. Pour célébrer l’annonce du report de l’âge de la pension annoncée dans le dernier budget ? On va finir par croire que le gouvernement de l’Alliance est soy.
Jean-Claude Antoine
Humeur : Le grand concert fiasco
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