La nomination d’Arianne Navarre-Marie, née de parents chagossiens, au poste de Deputy Prime Minister (DPM), transmet un message fort à des jeunes de Maurice. Une femme DPM dans le contexte mauricien reste un fait significatif. Non pas comme une exception à célébrer sans recul, mais comme un élément qui contribue à redessiner, pas à pas, les contours de la participation des femmes dans les plus hautes sphères de décision.
Cette nomination n’a pas laissé insensibles des jeunes qui se sont exprimés sans langue de bois et qui indique que ce moment représente bien plus qu’un simple événement politique. C’est un signal d’évolution, un symbole d’ouverture, mais aussi un rappel que le chemin vers une véritable égalité reste encore à être construit collectivement.
Emilie Soogund, 21 ans, étudiante en sciences politiques :
« Une avancée symbolique pour les Mauriciennes »

« La nomination d’Arianne Navarre-Marie est, à mes yeux, un moment profondément symbolique dans l’histoire politique. Après 58 ans d’indépendance, voir une femme accéder à cette fonction montre enfin que les plus hautes responsabilités de l’État ne doivent pas être réservées à un seul profil, à une seule classe sociale, à une seule communauté ou à un seul genre.
« En tant que jeune Mauricienne métisse, issue d’une famille modeste et mixte, cette nomination m’inspire énormément. Elle me rappelle que, malgré toutes les barrières invisibles qui existent encore dans notre société, il est possible de trouver sa place dans les espaces de décision et de leadership.
« Quand on grandit dans un pays comme Maurice, on comprend très tôt que certaines portes semblent plus faciles à ouvrir pour certains que pour d’autres. Alors, voir une femme née de parents chagossiens, ayant grandi à Port-Louis, accéder aujourd’hui au poste de DPM, cela envoie un message fort à toute une génération de jeunes filles et de jeunes Mauriciens qui ne viennent pas forcément des élites traditionnelles.
« Ce qui rend son parcours encore plus marquant, c’est sa constance. Arianne Navarre-Marie n’avait que 21 ans lorsqu’elle s’est engagée en politique. Elle a consacré plus de quarante ans de sa vie au service public et aux combats sociaux. Elle n’a pas seulement occupé des postes. Elle a porté des réformes importantes, notamment autour de la discrimination sexuelle, des droits des femmes et du renforcement des mesures contre la violence domestique. Dans un pays où les questions liées au genre sont encore parfois minimisées ou reléguées au second plan, il faut reconnaître le courage qu’il faut pour porter ces combats dans la durée.
« Je pense sincèrement qu’elle peut encore accomplir beaucoup si on lui laisse le champ libre. Son expérience, sa connaissance des réalités sociales et son parcours politique font d’elle une personnalité qui comprend les défis vécus par de nombreuses familles mauriciennes. Et c’est précisément ce qui peut faire sa force aujourd’hui.
« Mais cette nomination soulève aussi une réflexion plus profonde et plus inconfortable : Pourquoi a-t-il fallu attendre aussi longtemps? Pourquoi faut-il encore qu’une femme doive attendre l’âge de 65 ans pour atteindre ce niveau de reconnaissance politique, malgré des décennies de travail, de loyauté et de résultats ?
« Je ne vois pas seulement cette nomination comme une victoire personnelle pour Arianne Navarre-Marie. Je la vois comme une avancée symbolique pour les femmes mauriciennes, pour les enfants de familles modestes, pour les personnes issues de parcours mixtes et pour toute une génération qui aspire à une politique plus représentative, plus humaine et plus inclusive. »
Ayushi Adarshini Balluck (29 ans), conseillère de village :
« La femme a sa place en politique »

« L’accession d’Arianne Navarre-Marie au poste de Deputy Prime Minister, s’inscrit dans une évolution qui mérite d’être analysée au-delà des considérations individuelles. Ce type de nomination met en lumière, une fois de plus, la place des femmes dans un univers politique historiquement dominé par des figures masculines.
« Le parcours d’Arianne Navarre-Marie, marqué par plusieurs cycles électoraux et une implication de longue date aux côtés de figures comme Paul Bérenger, reflète une réalité bien connue : l’accès des femmes aux hautes responsabilités ne se fait ni rapidement ni facilement. Il s’agit souvent d’un processus long, exigeant, où la légitimité doit être constamment démontrée.
Dans ce contexte, il est difficile d’ignorer les tabous et les barrières implicites qui continuent d’exister. Les femmes en politique font face à des attentes différentes, à des jugements plus marqués, et à une pression accrue sur leur crédibilité, leur image et leur manière de s’exprimer. Là où certaines trajectoires masculines sont perçues comme naturelles, celles des femmes restent parfois scrutées, questionnées, voire contestées.
Et pourtant, ces dynamiques évoluent. Voir une femme occuper un poste aussi stratégique participe à redéfinir progressivement ces normes. Cela ne signifie pas que les obstacles disparaissent, ni que les débats autour de la légitimité cessent. La politique reste un espace de confrontations, d’alliances, d’influences et, parfois, de controverses. Mais dans cet environnement, la présence féminine à ce niveau vient remettre en question des perceptions longtemps ancrées.
« À ce stade : une question plus large: Sommes-nous en train d’assister à une réelle transformation de la place des femmes dans la gouvernance ou à des avancées ponctuelles qui restent encore fragiles ?
« Au final, l’enjeu dépasse largement une personne ou un poste. Il s’agit d’un indicateur des changements en cours dans la société. Les tabous ne disparaissent pas du jour au lendemain, mais ils peuvent être progressivement déconstruits à mesure que de nouvelles réalités s’imposent.
« Une femme Deputy Prime Minister dans le contexte mauricien reste un fait significatif. Non pas comme une exception à célébrer sans recul, mais comme un élément qui contribue à redessiner, pas à pas, les contours de la participation des femmes dans les plus hautes sphères de décision. »
Tania Leung, 22 ans, étudiante en gestion des affaires internationales :
« Un signal d’évolution, un symbole d’ouverture »

« Comme jeune Mauricienne de 22 ans, d’origine indienne et chinoise et ayant toujours eu un intérêt profond pour la politique, voir la première femme accéder au poste de Deputy Prime Minister représente quelque chose de très fort et de profondément inspirant pour moi.
« Depuis mon jeune âge, j’ai suivi avec beaucoup d’intérêt les débats et l’évolution de notre pays. Mais pendant longtemps, la politique m’a aussi semblé largement dominée par les hommes où les plus hautes responsabilités semblaient parfois difficiles à imaginer pour une jeune femme.
« Avec mes racines chinoises, issues d’une communauté qui pendant longtemps a souvent été associée à une représentation à travers le Best Loser System plutôt qu’à une présence politique pleinement visible, je mesure encore davantage la portée symbolique de ce que nous vivons aujourd’hui.
« Voir une femme accéder à un poste aussi élevé me touche profondément, parce que cela dépasse largement le cadre politique. Un message à toute une génération : ni notre genre, ni nos origines, ni parfois le regard que la société peut poser sur nous ne devraient définir nos limites.
« Cela marque une vraie rupture avec certains stéréotypes avec lesquels beaucoup de jeunes filles ont grandi, cette idée silencieuse qu’il faut être discrète ou croire que certains rôles de leadership sont réservés à d’autres.
« Aujourd’hui, voir ces barrières tomber donne de l’espoir et rappelle à chacune d’entre nous que nous avons pleinement notre place là où se prennent les décisions et où l’on peut faire entendre sa voix. Cependant, même si ce progrès est important et encourageant, il ne suffit pas à lui seul pour dire que l’égalité est pleinement atteinte.
« La présence d’une femme à un poste aussi élevé est un symbole fort, mais elle doit aussi s’accompagner de changements dans la manière dont les femmes sont représentées et soutenues en politique, notamment au niveau local et dans les partis. Trop souvent encore, la visibilité féminine reste limitée ou dépendante de circonstances exceptionnelles plutôt que d’un véritable système inclusif.
Cela nous donne la confiance de rêver plus grand, de faire entendre notre voix et surtout de croire que nous aussi, un jour, nous pouvons atteindre de grandes responsabilités à Maurice. Mais cela doit aussi nous rappeler que l’égalité réelle ne se mesure pas seulement à des postes symboliques mais à une participation constante, équitable et durable des femmes dans tous les espaces de pouvoir. Pour ma part, cela renforce aussi ma conviction que la politique n’est pas un monde distant ou inaccessible mais un espace où chaque citoyen et citoyenne peut contribuer à changer les choses. Cela me pousse à croire encore plus en l’importance de la participation des jeunes, de nos voix, de nos idées et de nos perspectives différentes.
« C’est un signal d’évolution, un symbole d’ouverture, mais aussi un rappel que le chemin vers une véritable égalité reste encore à construire collectivement. »
Gwenaëlle Clovis, 22 ans, étudiante en sciences politiques :
« La femme mérite sa place à la table des négociations »

« À 22 ans, je fais partie de cette génération de jeunes femmes que la société mauricienne qualifie souvent de kreol. Grandir avec cette identité, c’est parfois apprendre à naviguer entre fierté et stéréotypes, entre ambition et limites invisibles.
« On nous observe, on nous catégorise, et trop souvent, on ne nous imagine pas dans des positions de pouvoir. C’est précisément pour cela que la nomination d’Arianne Navarre-Marie au poste de Deputy Prime Minister dépasse largement le cadre politique : elle représente un moment historique et profondément symbolique. Elle marque une rupture avec des décennies de normes implicites.
« Pendant longtemps, ces postes ont été dominés par des figures issues des mêmes cercles, des mêmes familles, des mêmes parcours. Aujourd’hui, une nouvelle image du leadership émerge, et elle nous ressemble davantage.
« Pour nous, jeunes femmes mauriciennes, cela redéfinit le champ des possibles.
Ce n’est pas uniquement une question de représentation visible. C’est une question de légitimité. Cette nomination représente un message clair : la compétence n’a ni genre ni origine. Elle confirme que la femme possède les mêmes capacités, la même intelligence stratégique, et la même aptitude à diriger qu’un homme. Mieux encore, elle met en lumière des qualités souvent sous-estimées, la résilience, l’empathie, la capacité d’écoute qui sont essentielles dans la gouvernance moderne. Il est important de mesurer le chemin parcouru.
« Maurice se transforme, lentement mais sûrement, en une nation plus inclusive, où la contribution des femmes est non seulement acceptée, mais valorisée. Cependant, cette avancée ne doit pas être perçue comme un aboutissement. Elle doit être un point de départ. Il reste encore des barrières à surmonter, des mentalités à faire évoluer, et des opportunités à créer.
« Nous espérons que cette nomination ouvrira la voie à d’autres femmes, qu’elles soient mauriciennes ou rodriguaises, issues de tous les milieux. Que davantage de jeunes femmes oseront se projeter dans des rôles de leadership, sans se sentir limitées par leur origine ou les attentes sociales !
« À travers Mme Navarre-Marie, c’est toute une génération qui trouve un modèle. Une génération qui comprend que son identité n’est pas un obstacle, mais une richesse. Une génération qui apprend à croire en sa place, non pas en marge, mais au cœur des décisions. »
Emily Seesungkur, 21 ans, étudiante en médecine :
« Un moment symbolique »

« La nomination d’Arianne Navarre-Marie au poste de DPM constitue un moment profondément symbolique dans l’histoire politique. Au-delà des débats politiques et des circonstances qui entourent cette nomination, je pense qu’elle ouvre surtout une réflexion importante sur la représentation, les barrières sociales et la manière dont les Mauriciens perçoivent encore le pouvoir à travers le prisme du genre et parfois de l’ethnicité.
« En tant que jeune Mauricienne indo-chinoise, issue d’un métissage qui reflète aussi la diversité mauricienne, j’ai grandi avec le sentiment que certaines communautés semblaient naturellement associées au pouvoir politique tandis que d’autres restaient davantage en marge ou symboliquement représentées.
« Très souvent, lorsqu’on parlait de la présence de certaines minorités au Parlement, cela revenait au Best Loser System plutôt qu’à une représentation politique pleinement assumée et reconnue par le vote populaire. Cela crée inconsciemment l’idée que certaines personnes ont leur place de manière naturelle dans les hautes sphères politiques pendant que d’autres doivent constamment justifier leur présence.
« Je n’ai jamais forcément eu d’aspiration politique personnelle. Pourtant, cette nomination m’interpelle énormément parce qu’elle touche à quelque chose de plus large que la politique elle-même : la perception collective de qui est légitime d’occuper le pouvoir à Maurice.
« Je pense que cette nomination peut contribuer, même symboliquement, à faire évoluer certaines mentalités. Pendant longtemps, beaucoup de jeunes Mauriciens ont grandi avec l’impression que certains postes semblaient inaccessibles selon le milieu d’où on vient ou selon le profil que l’on représente.
« Or, les symboles ont un poids énorme dans la construction des imaginaires collectifs. Quand une femme accède à une fonction historiquement dominée par les hommes, cela ouvre déjà une porte. Et lorsque cette femme vient d’un parcours qui ne correspond pas toujours aux profils traditionnellement associés au pouvoir politique, cela brise encore davantage des barrières sociales.
« Le parcours d’Arianne Navarre-Marie rend aussi cette nomination particulièrement marquante. Bien sûr, chacun peut avoir sa propre lecture des circonstances ayant conduit à cette nomination. Mais personnellement, je préfère retenir le symbole qu’elle représente aujourd’hui. Nous n’allons pas nous attarder sur la manière dont elle y est arrivée, mais plutôt sur le fait qu’elle y soit arrivée.
« Parce qu’au-delà de la politique, cette nomination porte l’espoir d’une île Maurice où les jeunes générations pourront peut-être commencer à voir le leadership autrement : moins à travers les clivages communautaires, ethniques ou de genre, et davantage à travers les compétences, l’engagement et le parcours humain. »
Sarvesh Mungur, 22 ans, étudiant en droit :
« Nous nous dirigeons vers une société plus inclusive »

« La nomination de la première femme au poste de Deputy Prime Minister à Maurice constitue un moment historique dans le paysage politique. En tant que jeune homme, cela ne représente pas une surprise, car je crois fermement en l’égalité entre les sexes, mais surtout en l’équité et la méritocratie.
« Son parcours politique remarquable, marqué par une longue carrière et par sa participation à trois victoires électorales 60-0, démontre son expérience et son influence au sein de la politique mauricienne donc elle mérite des félicitations.
« À ma propre réflexion, cette nomination symbolise une avancée importante vers une société plus inclusive, où les femmes occupent enfin des postes de pouvoir stratégique, inspirant ainsi la jeunesse à croire davantage en une politique fondée sur les compétences plutôt que sur le genre. C’est une voix nouvelle et puissante en faveur de l’égalité.
« Cependant, une réflexion essentielle s’impose, cette nomination a-t-elle été attribuée uniquement sur une base méritocratique, ou répond-elle aussi à des considérations communautaires et de représentation politique ? Dans plusieurs démocraties modernes comme l’Australie, le Canada ou la Nouvelle-Zélande, des cadres plus formels de sélection et d’évaluation du leadership permettent de privilégier davantage les compétences, l’expertise et la performance.
« Maurice gagnerait à renforcer cette approche afin de garantir que les plus hautes fonctions nationales soient attribuées avant tout aux profils les plus qualifiés. Ainsi, cette avancée historique doit non seulement être célébrée comme un symbole de progrès, mais aussi servir de rappel que l’avenir politique du pays doit reposer sur une méritocratie solide, transparente et tournée vers l’excellence. »
Juan Pierre, 21 ans, UNFCCC Supervisory Board expert Roaster
: « Une première qui fait date »

« Car jamais une femme n’avait occupé la deuxième chaise du gouvernement. Le 4 mai 2026, le président Gokhool a nommé Arianne Navarre-Marie au poste de Deputy Prime Minister, sur recommandation de Navin Ramgoolam. Née de parents chagossiens, elle a grandi à Port-Louis, fille de docker, militante du MMM depuis des décennies : son parcours est celui d’une femme qui n’a rien reçu et qui a tout construit dans la durée.
« Pour moi qui suis un garçon de Port-Louis, cette image compte plus qu’un discours. Arianne Navarre-Marie est une Chagossienne issue d’un peuple chassé de ses îles, dépossédé par arrangement colonial, absorbé dans les bas-fonds de la capitale. La voir numéro deux de la république est la preuve vivante que la hiérarchie n’est pas naturelle. Elle se construit. Elle se déconstruit. Si elle peut le faire avec tout ce qu’elle a traversé, alors personne ne peut me dire que ma place n’est pas là-haut.
« Cette inspiration-là ne se résume pas à de la fierté identitaire. Elle agit silencieusement : elle pousse à s’engager, à postuler, à refuser d’intérioriser l’idée que l’autorité a un genre ou une origine.
Mais la lucidité s’impose. Les femmes représentent 18% de l’Assemblée nationale, l’un des taux les plus bas de la région. Nommer une femme au sommet sans réformer les structures qui bloquent leur accès au pouvoir, c’est ce que la politologue Iris Marion Young appelle la ‘présence sans redistribution’ : un symbole qui sert davantage à légitimer le système qu’à le transformer.
« La vraie question n’est pas de savoir si une femme occupe le poste. C’est de savoir si les conditions qui rendaient ce poste inaccessible ont changé. Arianne Navarre-Marie n’a pas été nommée parce qu’elle est une femme. Elle a été nommée parce qu’elle a l’expérience, la légitimité électorale et l’autorité. Le fait qu’elle soit aussi femme, chagossienne, issue d’un milieu populaire : c’est la convergence de ces dimensions qui rend ce moment véritablement historique et pas simplement cosmétique.
« Le vrai progrès, ce n’est pas quand une femme brise le plafond de verre. C’est quand il n’y a plus de plafond à briser. Ce jour-là, personne n’aura besoin de rappeler que c’était une première. »

