La deuxième réunion convoquée par le ministère des Finances avec les représentants des centrales syndicales, dans le cadre de la préparation du budget 2026-27, a démarré, hier, par un Walk-Out des dirigeants de la National Trade Union Confederation (NTUC). Raison évoquée : la réunion était présidée par le Junior Minister, Dhaneshwar Damry, et non par le ministre des Finances, Navin Ramgoolam, comme réclamé par ces dirigeants syndicaux. De leur côté, le Mauritius Labour Congress (MLC) et la Confédération des Travailleurs des Secteurs Public et Privé (CTSP) ont également boudé la réunion, tandis que d’autres centrales syndicales ont choisi d’y participer.
Dans une déclaration à la sortie de la réunion, le président de la NTUC, Narendranath Gopee, a affirmé que les dirigeants de cette centrale avaient, dès le départ, conditionné leur participation à la présence de Navin Ramgoolam. « C’est à notre grande surprise que nous avons constaté que le Premier ministre n’était pas là. Étant donné que le budget est un exercice national très important, il ne peut être présidé par un Junior Minister. Il y a des questions auxquelles Dhaneshwar Damry ne sera pas en mesure de répondre. J’aurais demandé au Premier ministre et ministre des Finances qui a eu l’idée d’appliquer la Basic Retirement Pension (BRP) à 65 ans. On lui aurait aussi demandé pourquoi, lors des consultations de l’année dernière, il n’en a pas parlé et pourquoi la population a été prise par surprise », a fait ressortir Narendranath Gopee.
« Nous n’avons pas l’intention de participer à un exercice à sens unique, où seuls les syndicalistes parlent et où le gouvernement ne communique aucune information. De plus, Navin Ramgoolam a déjà annoncé que le budget sera difficile. Puisque nos questions resteront sans réponse, cela ne vaut pas la peine de participer à cette réunion. Nous avons donc décidé d’effectuer un Walk-Out », a-t-il ajouté.
Il a également précisé que la NTUC a déjà soumis ses propositions au ministère des Finances. « La principale revendication de la NTUC est la réintroduction de la BRP à 60 ans, l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire, la révision du système de transport gratuit et le contrôle de l’inflation. Nous sommes aussi contre toute forme de privatisation », a-t-il indiqué.
Devanand Ramjuttun, un des dirigeants de la NTUC, a, pour sa part, souligné que les dirigeants de cette centrale ne sont pas mandatés par leurs membres pour discuter avec un Junior Minister.
« Il ne siège même pas au sein du Cabinet et n’est pas en position de prendre des décisions. Notre position est claire : le monde est déçu d’avoir voté pour l’Alliance du Changement. Rien de concret n’a émergé du budget 2025-26. Au contraire, ce budget a remis en question les droits des travailleurs et des citoyens, avec le retrait progressif des allocations sociales. C’est une grande déception. Aujourd’hui, Navin Ramgoolam dit qu’il ne faut pas s’attendre à grand-chose dans ce budget. D’autre part, le Junior Minister dit qu’il faut connaître la réalité du terrain. Je me pose la question : est-il sur le terrain pour écouter la population ? », fait-il ressortir.
Le président de la General Workers Federation (GWF), Clency Bibi, également membre de la NTUC, a précisé que sa fédération ne refuse pas le dialogue. « Cet exercice est très important pour revoir le système économique. Notre modèle économique est dépassé et doit être repensé. Nous ne pouvons pas continuer avec un modèle ultralibéral où seule une partie de la population supporte le fardeau économique. Nous étions prêts à discuter avec Navin Ramgoolam. Il doit assumer ses responsabilités. Notre mémorandum aborde la sécurité énergétique : le pays a importé pour Rs 12 milliards d’énergie fossile l’année dernière. Chaque citoyen paie environ Rs 200 000 par an pour le fioul et le charbon. Il faut faciliter l’installation de panneaux solaires. Nous avons aussi des propositions sur la sécurité alimentaire et la relance de l’agriculture. Le ministre concerné n’était même pas au courant de la réforme de la BRP. Comment discuter avec un Junior Minister dans ces conditions ? Notre porte reste ouverte au ministre des Finances », indique-t-il.
Sanjay Sembhoo (CDS)
« Un budget n’est pas seulement un exercice économique »
« Le corps syndical est un partenaire social. Il faut de la transparence dans les discussions. Par respect pour ce partenariat, nous aurions dû être informés concernant la Basic Retirement Pension, même si nous n’étions pas d’accord. La quasi-totalité de nos revendications n’a pas été prise en considération l’année dernière.
« J’avais évoqué les effets des pesticides par rapport au cancer. En dix ans, le nombre de cas a augmenté de 10 % par an. Aucune action n’a été prise. Certains pesticides cancérigènes, interdits depuis 25 ans dans plusieurs pays, sont toujours utilisés à Maurice. Les bouteilles en plastique continuent de polluer l’île. Il faut produire des alternatives biodégradables. Un budget ne doit pas être uniquement économique.»
Deepak Benydin (CITU)
« Un Walk-Out n’aurait pas servi à grand-chose »
« Nous avons tenu à être présents car un Walk-Out n’aurait rien apporté. Nous nous battons pour le dialogue social, et nous avons obtenu un engagement : avant la présentation du budget, une nouvelle rencontre aura lieu.
« Nous traversons une situation exceptionnelle avec la crise au Moyen-Orient. Ce budget devra protéger la population. Il ne faut pas continuer à augmenter les prix. Nous avons demandé la mise sur pied d’une Parastatal Service Bodies Commission pour mettre fin au favoritisme dans les corps paraétatiques. Il faut aussi améliorer la situation des jeunes pour éviter l’exode et mettre en place une Trade Union House. »
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Ramesh Ramnarain (MTUC)
« Un malaise généralisé se profile »
« Nous avons souligné qu’un malaise social généralisé se profile à l’horizon. Le moindre faux pas dans ce budget pourrait avoir de graves conséquences. Le pays est assis sur un volcan. Il n’y a pas que l’économie : Maurice a besoin de paix sociale. »
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Prakash Baluckram (GSEA)
« Non à des fardeaux additionnels sur la population »
« Nous avons rappelé au Junior Minister que les Mauriciens ont voté massivement. Il ne faut pas les sous-estimer. À chaque budget, on a tendance à faire peser le fardeau sur la population au lieu de corriger les déséquilibres budgétaires. »

