C’est fait. Le poste constitutionnel resté vacant depuis la démission de Paul Bérenger le 20 mars dernier a finalement été rempli par son ancienne collègue Arianne Navarre-Marie. Si, compte tenu des équilibres ethno-politiques, ce choix avait été évoqué dès le lendemain du départ de l’ex-leader du MMM du gouvernement, Navin Ramgoolam aura pris son temps pour satisfaire la demande de son principal partenaire au sein du gouvernement et accéder à sa demande.
La demande n’avait d’ailleurs rien de bien spectaculaire, les autres candidats du MMM présentant le même profil, Tony Apollon ou Ludovic Caserne, étant des novices qui ne pouvaient prétendre au poste de numéro deux du gouvernement puisqu’ils n’en sont qu’à leur tout premier mandat de député.
Pas de grande surprise donc puisque le critère principal aura été le « respect » du profil sociologique attaché à ce poste, Arianne Navarre-Marie ayant succédé à Paul Bérenger, lui-même ayant pris le relais de Steve Obeegadoo qui, lui, avait remplacé Ivan Collendavelloo, successeur de Xavier-Luc Duval.
Voilà ! Tant mieux pour la militante de longue date et la coréalisatrice avec Paul Bérenger d’un triple 60/0 pour l’accession à ce poste. Même si, au sein du PTr, nombreux sont ceux qui ont cru que les nouvelles données politiques commandaient que ce soit un des leurs qui soit installé dans le fauteuil de numéro deux.
Mais, lorsque les temps sont si difficiles et que la rue l’exprime par le boycott, comme pour le désormais fameux concert du 1er mai, il faut savoir composer, ménager les susceptibilités pour ne pas ajouter la frustration interne à la colère externe.
Maintenant installée et appelée dès le début de la semaine prochaine à assurer la suppléance au poste de Premier ministre, les premières épreuves vont vite se présenter. Mardi, à l’Assemblée nationale, Arianne Navarre-Marie devra déjà essayer de faire mieux que lors de la dernière Private Notice Question de Joe Lesjongard sur les féminicides.
On se souvient d’une ministre bafouillant, faisant dans l’approximation et presque au bord de la panique. Ce fut une prestation, par moments, assez pitoyable, et il n’y a qu’à revoir cette séance du 14 avril pour revivre ce moment d’anthologie parlementaire. Mais qui sait, un changement de fauteuil peut sans doute insuffler une énergie et un dynamisme insoupçonnés.
Mais, sur le fond, il n’y a pas grand-chose à espérer, si ce n’est qu’un prolongement de tout ce qu’on a connu ces dernières décennies. Si, hier, le directeur de la météo Rao Dhurmea était renvoyé par une simple annonce publique du Premier ministre Pravind Jugnauth, parce que les prévisions communiquées par le ministre Husnoo ne correspondaient pas aux inondations enregistrées, aujourd’hui, c’est au tour du Dr Kawol d’être poussé à une retraite anticipée.
La faute imputée à ce dernier c’est d’avoir émis une circulaire invitant les fonctionnaires à adopter le flexitime et le work from home dès le 11 mai, une mesure envisagée et annoncée d’ailleurs après le conseil des ministres du 10 avril dernier.
Le renvoi expéditif du Dr Kawol laisse d’autant plus perplexe que nul autre que Navin Ramgoolam avait condamné la mise à pied cavalière de Rao Dhurmea alors qu’il était dans l’opposition. Suite à une question parlementaire du député travailliste Arvind Babajee à la fin de l’année dernière, il avait de nouveau affirmé que l’ancien directeur de la météo avait été « injustement blâmé pour les erreurs de l’ancien gouvernement ».
Saura-t-on le fin mot de l’histoire ou mentionnera-t-on en coulisse qu’il s’agit d’un acte de sabotage téléguidé par l’ancien gouvernement ? Fallait-il un signal fort pour faire oublier tout ce qui ne marche pas et qui commence à susciter une vive impatience de la population et même des électeurs qui ont porté ce gouvernement au pouvoir ?
Cet épisode rappelle le fameux « pa mwa sa, li sa ». C’est le même scénario qui se déroule aussi à Tamarin. Des travaux illégaux ont été exécutés à coup de pelleteuse sur l’embouchure depuis décembre pour faciliter l’accès des pêcheurs, mais aucune action prise et pas d’enquête policière ni des services de l’environnement sur ce qui constitue pourtant une violation caractérisée de la loi. C’est la fameuse doctrine « gouvernma dan nou lame » qui semble revenir en force.
Et on commence à comprendre un peu mieux pourquoi lorsqu’on découvre que le député de la circonscription Arvind Babajee a avoué avoir mis à la disposition des pêcheurs les outils pour creuser de grands pans de la plage et qui ont accentué l’érosion déjà dévastatrice des lieux. Et au lieu de chercher les vrais coupables du désastre, on a tenté d’appréhender celui qui a agi en lanceur d’alerte et qui a essayé de limiter les dégâts, Percy Yip Tong.
Et pendant que la population demande que les promesses faites soient traduites dans les faits, le Premier ministre a été à la pêche d’un nouveau mandat alors que cela ne fait que 17 mois qu’il s’est réinstallé au Bâtiment du Trésor. Rebelote en 2029 lorsqu’il aura déjà soufflé ses 82 ans. Est-ce bien raisonnable ?
Pour ceux qui étaient à Arsenal mercredi dernier, cela n’était pas du tout une blague pour amuser la galerie, mais un souhait affirmé d’un prolongement de mandat au-delà de 2029. Vraiment ? Mais il y a déjà eu 1995-2000 et les dix longues années 2005-2014.
Quatre ne suffisent pas ? Encore un mandat pour quoi faire ? Recevoir en grande pompe et en compagnie de son Chief — on ne va pas reprendre ici le détournement de ce mot — of Staff, les associations socioculturelles comme si c’était une urgence absolue à quelques semaines de la présentation d’un budget que la population a toutes les raisons de redouter. Mais comme les politiques ont l’art de nous surprendre, attendons-nous à tout.
Cela nous amène au lancement du Fron Militan Progresis hier. Bon début pour le nouveau parti animé par Paul Bérenger et ceux qui lui sont restés fidèles. Ce que l’on aura surtout apprécié, c’est l’absence d’invectives, d’attaques personnelles et d’arguments de bas étage que l’on entend trop souvent sur certaines estrades. Que cela dure…
Josie Lebrasse
