— Tu as vu cette affaire-là, toi ? C’est incroyable.
— Il se passe tellement de choses incroyables dans ce pays ! Tu veux sans doute parler du concert fiasco du gouvernement ?
— Tu veux dire le concert bat lamok ! C’est une la honte, comme aurait dit l’autre. Et pourtant, le gouvernement avait tous les éléments : des artistes, une scène, une sono, des jeux de lumière, des bus et le métro gratuit.
— Il ne manquait que l’essentiel pour faire la réussite d’un concert : le public.
— Et pourtant, le Mauricien, qui manque de distraction, aime le dialsa, surtout quand tout est gratuit.
— C’est vrai ça. Le plus petit concert, la plus petite animation dans un shopping centre attire la grosse foule et bloque la circulation. Pourquoi le Mauricien n’est pas allé au concert du gouvernement ?
— Il avait des tonnes de raisons de ne pas se déranger : le coût de la vie, l’inflation, les scandales et les promesses non tenues du gouvernement. En plus, le matin on avait augmenté les tarifs d’électricité et le soir on demande au Mauricien d’aller faire la fête !
— Tu crois que le Mauricien a fait exprès de ne pas aller au concert, qu’il a boycotté le gouvernement ?
— Normal toi. Il ne faut pas prendre le Mauricien pour un imbécile. Il s’est bien rendu compte que le concert n’était qu’une autre opération du 1er Mai.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Tu te rappelles pas ? Avant le 1er Mai était l’occasion pour le gouvernement de montrer qu’il était populaire, que le peuple était avec lui en foule au meeting. Tu te rappelles pas ? Les autobus, le t-shirts, le pack du déjeuner, les boissons tout était gratuit pour faire le Mauricien aller au meeting. Après le meeting, il y avait le pique-nique à la plage.
— Voilà ! Comme cette année il n’y avait pas de meeting, le gouvernement a pensé qu’il allait réunir une grosse foule et montrer que le Mauricien le soutient avec son concert. Il a été bien déconcerté. Le Mauricien a boycotté son concert !
— Mais il y a une affaire que je ne comprends pas : le gouvernement ne sait pas qu’il est mari impopulaire partout dans le pays ? La police, ses agents, ses députés ne le lui disent pas que ce n’était pas le moment d’organiser un concert ?
— Je crois que le gouvernement est arrivé dans la phase du pouvoir où il n’écoute que ce qu’il veut entendre. Que ce que lui disent ses chamchas, ses souser mayo, comme dit mon garçon. C’est-à-dire qu’il est en train de casser un grand paquet et que le Mauricien est avec lui à cent pour cent.
— Mais personne au PMO ne lit les critiques et les insultes contre le gouvernement qu’il y a sur les réseaux sociaux ?
— Ils doivent dire que ce sont les gens de l’opposition et ne prennent pas compte. S’ils savaient à quel point le gouvernement est impopulaire, jamais Navin Ramgoolam n’aurait osé dire ce qu’il a dit cette semaine.
— Qu’est-ce qu’il a encore dit comme ça ? Que Donald Trump lui avait téléphoné pour l’inviter à la Maison Blanche pour lui demander comment mettre fin à la guerre contre l’Iran ?
— Pas facile avec toi. Navin Ramgoolam a dit qu’il avait besoin d’un deuxième mandat de Premier ministre pour finir le travail qu’il a commencé.
— Tu veux rire ! C’est un joke ?
— Pas du tout. Il l’a dit dans une fonction publique et ça été repris sur tous les réseaux sociaux.
— Comment il peut parler d’un deuxième mandat alors que celui qui est en cours, depuis un an et demi, est mari dan bez et que ses ministres et députés se font traiter de voler pansion par leurs mandants ?
— En tout cas, je peux te dire une chose : sur les réseaux sociaux, il y a beaucoup plus de commentaires négatifs sur la déclaration de Ramgoolam qu’il n‘y avait du monde au grand concert bat lamok ! Un des posts disait, avec raison : pankor fini, pe rod ankor ! Mais de quelle affaire est-ce que tu voulais me parler ?
— Des voyants chinois ambulants.
— Des quoi, des qui ?
— Tu n’es pas au courant ? La police a arrêté quatre ressortissants chinois, trois femmes et un homme, qui se présentaient comme des voyants disant pouvoir lire l’avenir et ont escroqué plusieurs personnes en leur prenant des bijoux et des devises.
— C’est pas un joke ?
— Pas du tout. Les quatre voyants chinois ambulants recrutaient des clients près des gares et promettaient de faire des prières spéciales pour réussir leurs objectifs dans la vie. C’est quand les « voyants chinois ambulants » se sont sauvés avec ses bijoux qu’une personne a déposé une plainte à la police.
— Je savais qu’on importait des travailleurs étrangers, mais je ne savais pas qu’on importait aussi des voyants chinois ambulants !
— Écoute, il existe sûrement un marché, une demande pour ce genre de « service », sinon les voyants chinois ne seraient pas venus ici. Tu sais que nos politiciens font appel à des voyants pour regarder leur avenir, prendre des décisions et faire des déclarations…
— Dis-moi un coup : tu crois que Navin Ramgoolam a consulté les voyants ambulants chinois avant de faire sa déclaration sur le deuxième mandat ?
J.-C.A.
