Pour échapper à l’effervescence des plages publiques, des endroits idylliques offrent une déconnexion totale. L’îlot Bernache, sis au nord-est de Maurice, à quelques encablures de Goodlands et Grand-Gaube, en fait partie. Si ce havre de paix continue à attirer des milliers de touristes chaque année, de sombres taches noircissent le tableau. Soumis à une forte pression liée aux activités humaines, l’îlot a subi une pollution intensive ces dernières années. Patrick Karia, guide touristique professionnel agrémenté et gérant de la société Le Grand Bleu Excursion, a beau multiplier les alertes, les autorités semblent jouer à l’autruche. Le guide et d’autres bénévoles se sont, de nouveau, retroussés les manches, vendredi, pour nettoyer l’îlot. « Hélas, depuis nos précédentes interventions en septembre, décembre et janvier, la situation n’a guère évolué. L’îlot reste recouvert de détritus abandonnés après les pique-niques », dit-il.
Séparé de l’île d’Ambre par un bras de mer, l’îlot Bernache forme la Pointe Bernache face à l’océan. Plus au nord, se dessinent le Coin de Mire, l’île Plate, l’îlot Gabriel, l’île Ronde et l’île aux Serpents. Entre histoire et légende, l’îlot prend parfois le nom d’île aux Bernaches. L’origine est assez controversée, certains l’attribuant à un ancien colon François de Bernage, dont le nom aurait été déformé pour passer de Bernage à Bernache. D’autres associent la dénomination de l’îlot aux Bernaches ou Bernacles, petits coquillages que l’on retrouve sur les rochers et cordes marines immergées. L’îlot Bernache dispose d’environ 150 mètres de belles plages. On y accède par deux points d’embarcation : Bain-de-Rosnay (Goodlands) et Poudre-d’Or. Bateaux, catamarans, speedboats et bateaux de plaisance sont les moyens de transport mis à la disposition du public.
Pour profiter d’un moment de détente en famille sur l’îlot Bernache et l’île d’Ambre, il est possible de réserver, depuis Poudre-d’Or, une excursion en bateau avec l’agence Le Grand Bleu Excursion. Après une trentaine de minutes de navigation sur les eaux turquoise du lagon, vous découvrirez l’îlot s’étalant sur une superficie de 2 arpents.
Promenade en mer, plongée en apnée près de la barrière de corail, déjeuner barbecue, poissons frais sur la plage et baignades. Les atouts ne manquent pas, disposant d’assez de ressources exotiques comme des oiseaux rares – la tourterelle ou le Perdrix – ainsi que des lapins, des palmiers, des fleurs, des papillons et autres arbres fruitiers (goyaviers, manguiers, papayiers…). Reste que l’émerveillement laisse souvent place au dégoût lorsqu’on découvre ce sempiternel fléau qui enlaidit le décor : disséminées ici et là, des assiettes en carton, des bouteilles en plastique et de la nourriture en tout genre souillent le site.
Si l’incivilité règne en maître, ce marasme s’explique aussi par l’incurie dont font preuve les politiques. Sinon, comment expliquer qu’aucune action n’ait été entreprise pour y mettre un frein ? Là où le bât blesse est que ce problème de pollution intensive ne date pas d’hier. En 2015, dans la toute première étude consacrée à un îlot, intitulée « Impacts and Implications of Islet Tourism Development : Ilot Bernache (Mauritius) as a Case Study », Vanessa Gowreesunkar, chercheuse et chargée de cours en tourisme, brossait déjà un sombre tableau de la situation. L’étude soulignait que la pollution est présente, par les émissions d’embarcations, la destruction de l’écosystème marin et celle des coraux, de même que des dépôts d’ordures. Elle déplore notamment que « l’utilisation de l’endroit pour des get-together familiaux, des BBQ, des parties de pêche et la cueillette de fruits posait également problème. Tout cela à cause d’un accès facile et d’un manque flagrant de contrôle ».
« Un contrôle du nombre de bateaux et de visiteurs, l’aménagement de pistes pour éviter la destruction de l’écosystème, une place dédiée pour la cuisson et l’obligation pour les visiteurs de ramener leurs déchets », figuraient parmi les recommandations de Vanessa Gowreesunkar pour assainir la situation. Plus de dix ans après, l’îlot Bernache reste ancré aux rayons de l’archétype des dérives liées à l’activité humaine, comme naguère sur l’île aux Bénitiers…
Donnons du crédit au guide touristique Patrick Karia qui remue ciel et terre depuis plusieurs années pour que des mesures pérennes soient prises par les autorités. « Nous lançons une nouvelle fois un appel à la conscience et au civisme de chacun. Cet îlot est libre d’accès et appartient à tous. C’est un véritable sanctuaire naturel, un lieu précieux qu’il est de notre responsabilité collective de préserver. Mais pour combien de temps encore pourrait-il survivre s’il continue à être transformé en dépotoir ? Nous tenons à remercier chaleureusement tous les skippers ainsi que toutes les personnes qui respectent et protègent notre île », dit-il. À la fin de la campagne de nettoyage effectuée, vendredi, une dizaine de sacs de déchets ont été ramenés de l’îlot.

