Les porte-parole du gouvernement n’arrêtent pas de dire que la situation économique, qui est mauvaise, empirera, et que les Mauriciens doivent se serrer la ceinture. En oubliant, évidemment, de donner l’exemple en commençant par serrer la leur. Encore une illustration du proverbe Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Et pendant que le peuple est obligé de se serrer la ceinture, il existe un secteur qui ne semble pas connaître la crise : celui des banques et des très grosses entreprises mauriciennes. Leurs bilans et profits, publiés en cette fin d’année financière, s’expriment en milliards de roupies. De quoi donner le tournis au pauvre consommateur mauricien qui ne sait comment faire pour essayer de finir le mois. C’est, sans doute, parce que malgré la situation économique difficile, ces grosses entreprises continuent à faire des profits, que le secteur privé est pratiquement absent du débat public. Une attitude qu’il avait adoptée sous le précédent gouvernement quand ce dernier s’était montré irrité (soyons polis…) par des critiques sur la gestion de la situation économique. Un secteur privé satisfait et repu est un secteur silencieux, affirment certains économistes plutôt anti-capitalistes. Qui ajoutent, en paraphrasant Gaëtan Duval à propos du MSM, que pour le secteur privé le gouvernement actuel « is the best money can buy. » Question qui va déranger tout ce beau monde plongé dans la satisfaction : puisque malgré la crise, des profits plus que confortables peuvent être réalisés, est-ce qu’il ne serait pas logique que le ministre des Finances – ou son Junior qui agit comme tel, ou ceux qui préparent le budget – réfléchisse sur une manière d’inciter (le terme obliger n’a pas été utilisé) le secteur privé à partager un peu de ce qu’il a gagné ? Espérons que Résistans ek Alternativ, qui est censé être la caution de gauche du gouvernement de l’Alliance, saura imposer cette idée au lieu de se contenter de répéter que le secteur privé a trop d’emprise sur le gouvernement.
Il semblerait que certaines enquêtes sur ceux qui se sont grassement servis dans le Reward Money de la police seront bientôt terminées et les conclusions envoyées au DPP. Plus on avance dans ce dossier, plus on réalise que pendant les dernières années du gouvernement MSM et alliés, le gratin de la police a fonctionné comme une véritable mafia, sous la direction de son commissaire, dont le contrat était renouvelé sur une base mensuelle. Sa précarité d’emploi ne l’a pas empêché de demander à la banque d’État, gérant les comptes de la police, de relever le plafond des retraits de Rs 350,000 à Rs 1 million, ce qui a permis de retirer ou de transférer des dizaines de millions en 2024. L’enquête révèle que la demande du CP, pour aussi étrange qu’elle ait été, a été acceptée plus ou moins par les responsables impliqués, ce qui a permis à des officiers de police proches du Commissaire de faire sortir des millions de la banque. Parfois, un million par jour à une cadence qui s’est accélérée à la veille des élections générales. Ce n’est que des mois après que les tranferts des fonds du Reward Money aient été disséminés sur les comptes de policiers proches du CP, que la direction de la banque a suspendu une douzaine d’employés. Dont on commence à dire qu’ils seraient, en fait, des boucs émissaires qui n’ont fait qu’exécuter les directives venues d’en haut, probablement de ministres qui avaient donné carte blanche au Commissaire de police. Est-ce que l’enquête détaillera le mécanisme qui a permis de détourner des millions de roupies du Reward Money, de nommer et d’incriminer les donneurs d’ordres, au lieu de se focaliser, comme certains le redoutent, sur les exécutants, obligés de suivre les consignes ? Est-ce que cette enquête remontera jusqu’aux directeurs et plus haut encore ?
On attendait la première séance parlementaire de la toute nouvelle Deputy Prime Minister auréolée du fait qu’elle était la première femme à occuper à plein temps ce poste symbolique, laissé libre par la démission de son ex-mentor. C’est vrai que dans ce pays où la femme, majoritaire en nombre, occupe une place minoritaire dans les structures où se prennent les décisions, on pouvait parler d’avancée symbolique dans la lutte des femmes pour l’égalité. Mais il ne suffit pas d’être un symbole pour faire avancer une cause, il faut aussi savoir faire le job car, malheureusement, le titre ne fait pas automatiquement la fonction. Si le nouvelle DPM veut imprimer une trace au Parlement, il faudra qu’elle apprenne à écouter les questions supplémentaires, avant de répondre en reprenant la réponse initiale. Cela lui aurait évité de dire au député Francisco François lui posant une question supplémentaire sur la transmission des informations de la météo à Rodrigues, qu’elle y avait déjà répondu, alors que ce n’était pas le cas. Espérons que ce premier faux pas n’était qu’une exception causée par le trac.
Jean-Claude Antoine
Profits, reward money et faux pas
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