L’une et l’autre

Presqu’un non-événement ! C’était une séquence très attendue, mais elle s’est finalement révélée d’une grande fadeur parce que la consigne, d’un côté, celle de la majorité, était le ménagement et l’absence d’étincelles et, de l’autre, ce fut plutôt l’ignorance et l’indifférence. Ainsi s’est soldée la prestation de la Première ministre par intérim Arianne Navarre-Marie.
Sa première en tant que Leader of the House, mardi dernier à l’Assemblée Nationale, pour historique qu’elle est, n’aura pas permis de prendre la mesure de ses capacités à maîtriser les dossiers relevant de la compétence d’un chef de gouvernement ou à improviser intelligemment ni avoir le genre de répartie politique qui sauve souvent les interpellés lorsqu’ils sont confrontés à des questions difficiles et auxquelles ils n’ont pas toujours les bonnes réponses.
Le leader de l’opposition, fair-play, et ne voulant pas embarrasser l’intérimaire à son tout premier essai dans le fauteuil de Premier ministre p.i., a choisi un thème de santé publique pour sa Private Notice, tandis que le reste de l’opposition a choisi de s’occuper d’autre chose que d’essayer de clouer Arianne Navarre-Marie au pilori.
Quant à ses habituelles pourfendeuses, Anabelle Savabady et Stéphanie Anquetil, il semble qu’elles aient été invitées à ne pas faire trop de fracas et de lui donner le temps de trouver ses marques. Sinon, la petite séquence du PM p.i. se rendant à pied à une réunion à la mairie de Port-Louis aura été un petit coup de com bien médiatisé.
D’autres ministres, à l’instar de celui de l’Agro-Industrie, Arvin Boolell le font régulièrement et il y a même eu Shakeel Mohamed qui, dans l’opposition, a fait le trajet cabinet d’avocat / Assemblée Nationale à trottinette. Il n’a malheureusement pas repris ce mode de transport pendant qu’il assurait l’intérim au poste de PM pendant que Navin Ramgoolam était au Congo.
Tout cela pour dire que si, ici, on a été, en tant que petit pays, très loin dans le sécuritaire et les privilèges, dans d’autres grandes démocraties, là où les armes ne circulent pas librement et que des menaces précises et permanentes ne pèsent pas sur leurs dirigeants, il est courant de voir des ministres prendre le train ou se rendre à leurs bureaux à vélo ou autres moyens de locomotion plus respectueuses de l’environnement.
Il y a l’une, puis il y a l’autre. Si la consécration circonstancielle d’Arianne Navarre-Marie a été « célébrée » à sa juste mesure comme participant à la promotion de la femme, peu de cas a été fait de ce qui est advenu de la mairesse de Beau-Bassin/Rose-Hill, Gabriella Batour, éjectée sans ménagement par un pouvoir central qui utilise allègrement un texte qui porte la marque autocratique du MSM et qu’il avait pourtant si violemment critiqué.
Le MMM – dont on découvre certains dirigeants sous leur vrai visage, maintenant que tous les freins ont été enlevés, et qui se sentent en roue libre pour faire tout et n’importe quoi – est à l’origine de l’expulsion d’une dizaine de conseillers, dont l’ancienne mairesse des villes-sœurs. Celle dont collègues et adversaires disent avoir peu de chose à reprocher dans la manière dont elle a conduit les affaires de la ville depuis un an.
Ici, on crie à la victoire des femmes, à un grand geste symbolique et, là, sous prétexte que la mairesse a affiché ses préférences, elle est jetée par dessus bord au mépris du choix des électeurs du deuxième arrondissement de Rose-Hill. Ici, des commentateurs radiophoniques venus de je ne sais où glorifient « l’ascension » d’Arianne Navarre-Marie, mais là, c’est l’impasse et le silence lorsqu’une conseillère qui n’a absolument pas démérité est sèchement renvoyée.
Ne commandant plus une majorité au Conseil, l’ancienne mairesse avait déjà annoncé qu’elle démissionnerait de son poste et poursuivra son mandat de simple conseillère, mais ses anciens amis et le ministre Woochit – celui qui a promis depuis plus d’une année une révision, sinon une révolution de l’administration régionale – se sont prévalus d’une fantaisie législative ponctuelle du Sun Trust pour la débarquer.
Et, pour reprendre ce que Paul Bérenger avait dénoncé depuis le 25 avril, il faut revenir à ce que ceux qui ont botté Gabriella Batour de la marie des villes-sœurs avaient dit lorsque le ministre Anwar Husnoo avait introduit son amendement au Local Government. Son actuel remplaçant Rajiv Woochit avait, au même titre que Ritesh Ramful et Arvin Boolell, dénonçé le caractère anti-démocratique des amendements introduits qui retiraient les pouvoirs dévolus au Chief Executive d’une collectivité locale pour les attribuer au ministre, un politique.
C’est le député de Rose-Hill, ville qui vient de faire partir sa mairesse sans autre forme de procès, et ministre des Sports, Deven Nagalingum qui a été le plus virulent sur les démarches d’Anwar Husnoo qui avait piloté ce texte pour tenter de sauver des agents du gouvernement, menacés de destitution dans certains Conseils de district.
Un vrai délice que de relire l’intervention du ministre dont le portefeuille est, ces jours-ci, réclamé avec une certaine insistance, voire une indécence certaine par Franco Quirin. « The present provision where a Councillor loses his seat based solely on a received letter, even if implied, is basically wrong and antidemocratic. This loophole might enable a majority of Councillors, for unclear reasons, to remove a democratically elected Councillor from their group, particularly if the Councillor holds dissenting views on certain issues… », avait-il dénoncé avec force.
Deven Nagalingum avait été plus loin. « To prevent this form of party autocracy, I propose that when a party leader requests the Chief Executive to declare a Councillor’s post vacant, the concerned Councillor should have the opportunity to explain why the post should not be declared vacant. I propose a transparent enquiry process, ensuring valid reasons and establish an independent oversight body to prevent misuse of power or political influence in resignation case… » Rien que ça !
Et s’il commençait par appliquer ce qu’il prêchait, il y a à peine trois ans. Mais il n’y a rien à attendre de ceux qui ont décidé de profiter des délices du pouvoir et qui ne les abandonneraient pour rien au monde, quitte à renier principes et convictions. Si jamais ils n’en ont vraiment eus.

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