· Le site Aeronews expose les réflexions du CEO André Viljoen qui affirme que MK envisage sérieusement l’introduction d’avions moyen-courriers dans sa flotte
· Entre A350, A321LR et Boeing 737 MAX, la compagnie nationale prépare son repositionnement régional et international pour les dix prochaines années
La réflexion stratégique autour du renouvellement de la flotte d’Air Mauritius est entrée dans une phase décisive. Entre les Airbus A350 déjà commandés, les besoins urgents en appareils moyen-courriers et la volonté de redéfinir son réseau régional et international, la compagnie nationale se retrouve aujourd’hui face à des décisions lourdes de conséquences financières, opérationnelles et commerciales.
Très peu d’éléments ont officiellement filtré de la réunion tenue jeudi dernier par le Strategic Committee d’Air Mauritius, chargé d’examiner les recommandations du cabinet Seabury Aviation Partners concernant l’évolution future de la flotte à court et moyen termes. Ce comité devra désormais transmettre ses conclusions au board de la compagnie, qui avait déjà eu une première séance de travail avec les consultants il y a plusieurs semaines.
Mais parallèlement aux discussions internes, des éléments importants de cette réflexion ont récemment été repris par la presse aéronautique spécialisée internationale, notamment AeroNews, à partir d’une publication effectuée par le CEO André Viljoen sur la toile le 10 mai, soit deux jours avant la réunion stratégique au sein de la compagnie nationale.
Une flotte à repenser autour des réalités du marché
Air Mauritius exploite actuellement 11 appareils, soit quatre Airbus A350-900, deux A330-900neo, un A330-200 et quatre ATR72-600. Mais la compagnie mène désormais ce qu’André Viljoen décrit comme un vaste « clean sheet network review », soit une réévaluation complète du réseau et de la stratégie de flotte dans le cadre d’un plan de développement sur dix ans (5+5).
Au cœur de cette réflexion figure l’éventuelle introduction d’appareils moyen-courriers de nouvelle génération comme les Airbus A321LR ou les Boeing 737 MAX 8/10. « We may need to augment our aircraft fleet with smaller narrow-body Airbus A321 LRs or Boeing MAX 8 or 10s, which will better suit our services to Johannesburg, Cape Town, Kuala Lumpur, and Mumbai », a écrit André Viljoen.
Selon lui, ces appareils plus petits — d’environ 180 sièges — offriraient davantage de flexibilité opérationnelle et permettraient d’augmenter les fréquences sur certaines lignes régionales et moyen-courriers. « The smaller-gauge aircraft would enable more flights per week on these routes than the airline’s widebody Airbus A330s », souligne-t-il également.
Le CEO précise aussi que ces appareils seraient plus économiques sur certaines routes à faible densité, même s’ils transportent moins de fret que les gros-porteurs.
Le dossier sensible des A350
Mais derrière cette logique opérationnelle se cache une équation financière particulièrement sensible. Air Mauritius reste engagée dans des commandes fermes de trois Airbus A350-900 supplémentaires, dont les livraisons sont prévues en décembre 2026, au premier trimestre 2028 et au dernier trimestre 2028.
Toute décision de report ou d’annulation de ces appareils pourrait entraîner des pénalités contractuelles importantes pour la compagnie nationale. Dans ce contexte, André Viljoen a également tenu à rappeler les qualités de l’A350, qu’il décrit comme « one of the best new-generation widebody aircraft currently available ».
Selon plusieurs observateurs du secteur, Air Mauritius pourrait ainsi être amenée à privilégier une solution restant à l’intérieur même de la famille Airbus — notamment avec les A320 ou A321 — plutôt qu’un basculement complet vers Boeing. Une telle option permettrait de préserver une certaine homogénéité technique et opérationnelle au sein de la flotte.
Boeing reste dans les discussions
Boeing demeure toutefois activement présent dans les discussions stratégiques de la compagnie. Le constructeur américain bénéficie actuellement d’une disponibilité accrue de certains appareils sur le marché mondial après les difficultés rencontrées par plusieurs compagnies américaines, notamment Spirit Airlines et JetBlue. Des délégations de Boeing se sont récemment rendues à Maurice dans le cadre de ces discussions.
Mais dans l’opinion publique mauricienne, le Boeing 737 MAX continue de susciter une certaine méfiance psychologique après les accidents ayant marqué l’histoire récente du programme.
L’évaluation des appareils moyen-courriers s’inscrit plus largement dans un vaste programme de modernisation et de repositionnement de la compagnie. En octobre 2025, Air Mauritius avait déjà lancé un appel d’offres pour des services de conseil liés à son plan de développement de flotte. Ces réflexions interviennent également dans un contexte d’amélioration des performances financières. Pour le premier semestre de l’exercice financier 2025-26 (avril-septembre 2025), Air Mauritius a enregistré un bénéfice net de Rs 1,1 milliard, poursuivant ainsi sa tendance positive.
Aucun détail précis n’a toutefois encore été communiqué concernant le nombre potentiel d’appareils envisagés ni le calendrier d’un éventuel achat, les décisions finales restant liées à l’aboutissement de la réorganisation stratégique en cours.
André Viljoen, revenu à la tête de la compagnie en octobre 2025, poursuit parallèlement la présentation de ses « 10 Future-Fit Game Changer Strategies » et multiplie les publications autour de ce qu’il appelle ses « 10 Future-Fit Game Changer Strategies », une vaste feuille de route destinée à transformer et repositionner durablement la compagnie nationale.
Ces différentes stratégies ont notamment été présentées au board d’Air Mauritius lors d’un « Sharing and Systemic Alignment Retreat » organisé les 25 et 26 mars derniers afin d’aligner les administrateurs sur les priorités de transformation de la compagnie qui peut se résumer ainsi : « Many of our basics are no longer fit for purpose and we therefore decided to launch a comprehensive perfection initiative. We prepared an indepth diagnostic of every function (and all their departments) detailing ‘What Works’, ‘What Does Not Work’ and ‘What Great Looks Like’. This enabled us to identify the immediate and longer term improvements and refining we need to implement. Those improvements and refinements that are significant and future-fit strategic have been seperated and labelled as our Game Changer Strategies. »
Londres, vitrine de la nouvelle stratégie de relance d’Air Mauritius
La récente mission de Laurent Recoura à Londres illustre pleinement la nouvelle vision stratégique que tente actuellement de mettre en place Air Mauritius.
À travers cette rencontre avec plusieurs tour-opérateurs britanniques — dans un environnement dont le luxe contraste fortement avec les difficultés financières traversées ces dernières années par MK —, la compagnie nationale ne cherchait pas uniquement à promouvoir ses vols directs entre Londres Gatwick et Maurice. Elle voulait surtout rassurer ses partenaires internationaux sur sa capacité à redevenir une compagnie stable, compétitive et tournée vers la croissance.
Le Chief Commercial Officer de la compagnie a ainsi multiplié les échanges autour de la connectivité d’Air Mauritius, de son offre commerciale et du maintien du Royaume-Uni comme marché prioritaire dans la stratégie de développement de la compagnie.
Selon Air Mauritius, les retours obtenus des partenaires britanniques ont été positifs, notamment concernant la desserte directe Gatwick–Maurice, considérée comme essentielle pour le tourisme mauricien, mais aussi pour les voyageurs d’affaires et la diaspora.
Cette démarche intervient toutefois dans un contexte plus large de réorganisation du réseau de la compagnie. Depuis mars 2026, Air Mauritius a dû adapter plusieurs trajectoires de vols vers l’Europe en raison des tensions persistantes au Moyen-Orient, avec la sécurité demeurant la priorité absolue du transporteur.
Cette offensive commerciale à Londres reflète aussi la volonté de la direction menée par André Viljoen de repositionner progressivement MK autour d’un modèle plus flexible, capable d’augmenter les fréquences sur certaines destinations clés tout en maîtrisant les coûts opérationnels.
Dans cette logique, le futur choix de flotte — entre maintien des A350, acquisition d’A321LR ou éventuelle ouverture au Boeing 737 MAX — ne représente qu’une partie d’une stratégie beaucoup plus vaste visant à redéfinir le positionnement régional et international d’Air Mauritius pour les dix prochaines années.
Ce qu’en pensent les passagers mauriciens des nouveaux avions envisagés
Les réactions du public mauricien montrent une population profondément attachée à Air Mauritius, mais aussi très méfiante quant aux futurs choix stratégiques de la compagnie.
Beaucoup réclament davantage d’avions et plus de fréquences, notamment vers l’Afrique du Sud, l’Inde, l’Australie ou certaines villes européennes. D’autres craignent au contraire de nouvelles dépenses excessives après les difficultés financières traversées par la compagnie.
Le débat autour du Boeing 737 MAX suscite également de fortes réactions émotionnelles, plusieurs internautes affirmant leur préférence pour Airbus au nom de la sécurité ou de la confiance psychologique. Bien qu’il n’y ait aucun incident notable ces derniers temps sur les 737Max depuis les malheureux crashes de 2018 en Indonésie et 2019 en Éthiopie, les passagers mauriciens demeurent méfiants.
Au final, ces réactions traduisent surtout une attente forte : voir Air Mauritius redevenir une compagnie stable, moderne et capable de soutenir durablement la connectivité aérienne du pays.
Renouvellement de la flotte : Air Mauritius à l’heure des grands choix stratégiques
EN CONTINU ↻

