En juillet, les allocations seront réduites de moitié ; les bénéficiares sont inquiets
En juillet prochain, les CSG Child Allowance et CSG School Allowance seront réduites de moitié. Les milliers de familles en situation de précarité économique, inscrites au Social Register of Mauritius (SRM), ne percevront plus que Rs 833 et Rs 667, respectivement, par enfant éligible. Certaines familles reconnaissent d’emblée que ces allocations représentent une manne indispensable pour boucler les fins de mois et faire face aux dépenses de base, dont l’alimentation et les factures du quotidien. La réduction à venir suscite ainsi de vives inquiétudes parmi les bénéficiaires, qui redoutent une aggravation de leurs difficultés financières.
À 24 ans, Rachel tente de garder la tête hors de l’eau. Mère d’une fillette de 7 ans, elle ne sait plus, dit-elle, comment elle parviendra à subvenir aux besoins de son foyer. La baisse de la Child Allowance, qui passera de Rs 1,333 à Rs 667 en juillet prochain, aggreavera, affirme la jeune femme une situation déjà précaire. Entre les dépenses du quotidien et un crédit à rembourser, les fins de mois sont devenues particulièrement difficiles pour la jeune mère et son époux, un maçon âgé de 29 ans. Enceinte de 8 mois, elle attend son deuxième enfant.
Rachel est inscrite au Social Register of Mauritius et, de ce fait, bénéficie de certaines allocations sociales. Comme de nombreuses familles figurant dans ce dispositif, celle de Rachel compte sur les sommes versées sur son compte à la fin de chaque mois pour faire face aux dépenses du foyer. La CSG Child Allowance et la CSG School Allowance, comme leur nom l’indique, sont destinées aux enfants. Mais face à la cherté de la vie et aux impératifs financiers, certaines familles disent ne pas avoir d’autre choix que d’utiliser ces allocations pour rembourser leurs crédits et payer leurs factures. C’est en toute sincérité que Rachel reconnaît que, sur les Rs 1,333 qui devraient être utilisées uniquement pour les besoins de sa fille scolarisée, seulement Rs 300 sont effectivement consacrées à ses dépenses scolaires.
Plus de 30,000 bénéficiaires
Le Social Register of Mauritius recense actuellement entre 7,000 et 7,500 familles bénéficiaires actives, selon les estimations les plus récentes. Ces ménages, identifiés comme les plus vulnérables, représentent environ 31,000 à 41,000 personnes ayant accès aux principaux dispositifs d’aide sociale mis en place par l’État. Depuis janvier 2025, 38,783 bénéficiaires étaient enregistrés sous le CSG Child Allowance, une allocation destinée aux enfants jusqu’à l’âge de trois ans, tandis que 84,478 bénéficiaires percevaient le CSG School Allowance, réservé aux enfants âgés de 3 à 10 ans.
Présenté au Parlement l’année dernière, dans le cadre du Budget 2025-2026, le gouvernement avait annoncé le maintien des allocations sociales liées aux enfants, à la grossesse, et à d’autres aides similaires, avant une suppression progressive prévue d’ici à 2027. Les montants seront ainsi revus à la baisse de manière graduelle. Pour la CSG Child Allowance, elle est passée à Rs 1,667 par enfant en juillet dernier jusqu’à juin prochain, avant d’être réduite à Rs 833 entre juillet 2026 et juin 2027. La CSG School Allowance a été fixée à Rs 1,333 durant la même première période, puis à Rs 667. Quant à la Maternity Allowance, versée sur 9 mois, elle a été établie à Rs 1,333 avant d’être ramenée à Rs 667. La Pregnancy Care Allowance est passée, elle, de Rs 2,000 à Rs 1,000 sur les deux périodes concernées.
Rs 300 sur Rs 1,333
À la naissance de son bébé, Rachel devrait percevoir la CSG Child Allowance d’un montant de Rs 833 jusqu’en juin 2027. « Il y a quelque temps, j’étais éligible à l’allocation sociale en tant que bénéficiaire du SRM. Mais j’ai été informée que je ne le suis plus. Honnêtement, je ne sais pas comment nous allons nous en sortir. Tant que mon bébé sera un nourrisson, nous allons devoir nous débrouiller comme maintenant, mais lorsqu’il grandira, je n’aurai pas d’autre choix que de trouver un travail. Mon époux est maçon ; beaucoup de personnes peuvent penser que nous pouvons nous en sortir parce qu’il exerce ce métier, mais la réalité est autre. Li travay kan li gagne. Li gagn so larzan par zourne. Et nos achats alimentaires se font aussi au quotidien. Dès que l’argent vient à manquer, il demande une avance à son patron. Quand on fait le total de ce que nous dépensons en achat de nourriture et autres besoins, met enn dan lot li fer Rs 25,000 par mwa », confie Rachel.
Asthmatique, cette dernière vit dans une vieille maison construite en amiante, héritée de la famille de son époux, dans une cité. Faute de moyens, le couple ne peut envisager de déménager. Ils ne paient pas de loyer, mais en paient le prix fort : leur santé. Pour éclairer ce logement, qui expose toute la famille à des risques, la facture d’électricité s’élève à environ Rs 1,600 par mois, un montant qui devrait augmenter à partir de ce mois-ci avec la hausse tarifaire prévue. « L’allocation de ma fille arrive au même moment où il n’y a plus rien dans la cuisine. Mo servi larzan-la. Me la ousi manke. Pa ase. Les Rs 300 que je mets toujours de côté servent à lui acheter ce dont elle a besoin lorsque son enseignant en fait la demande, ou à payer une sortie scolaire », indique-t-elle.
« Tou sa fatig latet »
Dans la même cité où vit Rachel, d’autres familles font face à une réalité similaire, notamment celle de Mélissa. Elle occupe également une maison familiale en amiante. Le fils aîné de Mélissa vient de fêter ses 11 ans. L’allocation scolaire dont il bénéficiait jusqu’à ses 10 ans a été interrompue. « Cela s’est fait automatiquement ! », s’exclame-t-elle. Cette suppression entraîne une baisse de Rs 1,333 dans le budget du foyer. Âgée de 31 ans, Mélissa a trois autres enfants, âgés de 8 à 4 ans, qui continuent de bénéficier du CSG School Allowance, ce qui lui assure un total de Rs 3,999 par mois au titre de cette aide.
Mélissa est également bénéficiaire de l’Equal Chance Allowance, d’un montant de Rs 2,000. Son époux, maçon âgé de 39 ans, constitue le seul pilier économique du foyer, mais avec des revenus irréguliers. « Mo pe fek panse kouma mo pou fer kan pou diminie alokasion », confie-t-elle. À terme, ses enfants ne percevront plus que Rs 2,001. Si elle affirme utiliser une partie de ces allocations pour les besoins scolaires des enfants, Mélissa reconnaît qu’elle y recourt aussi pour boucler les fins de mois, surtout lorsque son époux ne travaille pas. « C’est notre voisine qui nous fournit l’électricité. Tous les mois, quand elle me présente la facture, environ Rs 1,200, il faut que je la paie. Delo ! Mo pey ziska Rs 700 parfwa », dit-elle. Dans ce quotidien fragile, les prises de mer de son mari, revendues dans un village côtier, permettent parfois de ramener de l’argent dans le foyer. « Tou sa fatig latet », concède la jeune femme.

