Inévitable carton rouge au ministre Reza Uteem pour son dérapage verbal mardi 26 mai à l’Assemblée nationale. Ce que nul ne comprend, c’est qu’est-ce qui l’a fait péter les plombs avec une telle virulence, invitant le malheureux mot « colon » dans la foulée ! Et pas uniquement dans le fameux Temple de la démocratie, mais sur toutes les lèvres depuis ce triste moment… Le mot de la semaine – et qui le restera hélas ! encore un bon moment et certainement pas pour les meilleures raisons. Et même s’il s’est excusé, la balle a déjà quitté le pistolet depuis belle lurette et accumule des dégâts sur son passage.
Le jeu politique entre Reza Uteem et Joanna Bérenger ne dupe personne. Camarades d’hier et adversaires aujourd’hui, l’un n’épargne pas l’autre depuis le grand divorce mauve. Pourtant les échanges se faisaient dans le respect total. Et même ce fatidique mardi, les débats se déroulaient dans un climat bon enfant, de bonne guerre, même. Jusqu’à ce coup de sang totalement inattendu du ministre du Travail.
Est-ce parce que sa mère est directement concernée que Reza Uteem a ainsi disjoncté ? Pourtant, c’est bien lui, et non Joanna Bérenger, qui mentionne le nom de Mme Uteem dans la séquence des questions-réponses. Et c’est bien lui qui dévie de sa trajectoire, se lance dans un discours empreint de beaucoup de colère et de haine. Il est courant que, dans de nombreuses disputes, prises de bec ou vives altercations, dès qu’il est question de parents, maman ou papa, enfant, soeur ou frère, la tension grimpe brutalement, le sang ne fait qu’un tour et… c’est invariablement l’explosion. Dans notre joli kreol morisien, l’on dirait « enn ta fler sorti ».
Mais c’est au Parlement, ce mardi 26, au sein de cet hémicycle composé d’une nouvelle mouture de politiques qui se sont battus contre les médiocrités sous le tandem Pravind Jugnauth/Sooroojdev Phokeer, que ce dérapage s’est produit. Ce “rush of blood to the head” qui va marquer les annales. Les Mauriciens ont eu droit à un ministre respectable de la République qui s’en est pris avec une virulence injustifiée à une députée. Qui posait des questions relatives à un cas qui le touchait personnellement, mais sans faire d’attaques ouvertes, flagrantes ou gratuites. Le coup de sang de Reza Uteem s’est déroulé sous la supervision d’une autre femme, la speaker, présidente, donc, de l’Assemblée nationale. Au final, cet incident est tristement petit. Et rien ne pourra l’effacer. Car les répliques sont d’une part bien consignées dans le Hansard. Et de l’autre, la mémoire populaire s’est déjà approprié le moment et le dérapage.
Les débats ramenaient sur le tapis la douloureuse question de la condition des travailleurs étrangers. Pour une petite population d’à peine plus d’un million et quelque deux cent mille âmes, le nombre d’étrangers qui viennent prendre de l’emploi chez nous est croissant. Partout : usines de textile, certes, mais désormais boulangeries, transport en commun, supermarchés, restaurants, fast-foods, usines de transformation, chantiers de construction… Ils sont partout ! Malgaches, Bangladais, Népalais, Indiens, Sri Lankais et de plusieurs pays du continent africain. Tous viennent parce qu’ils n’ont pas peur de travailler et ont rudement besoin d’aider leurs familles dans leurs pays d’origine. Tous rencontrent des difficultés financières énormes dans leurs pays et acceptent des sacrifices immenses – le prix du confort du chez-soi, l’entourage des parents et amis, sans oublier des dettes contractées pour décrocher les emplois.
Une fois ici, ces jeunes et adultes, hommes et femmes, s’adaptent du mieux qu’ils arrivent à un contexte qui n’est pas le leur. Une réalité qui est loin de celle dans laquelle ils évoluent habituellement. Un environnement qui leur est souvent… étranger, froid. Sans repères et confrontés souvent à beaucoup d’indifférences, ils persévèrent. Parce que motivés par leurs rêves et projets d’avancer, de réussir, d’offrir à leurs parents et/ou enfants une vie meilleure. Pourtant, nombre d’entre eux se heurtent à des Mauriciens souvent indifférents, froids, insensibles à leurs problèmes complexes parce qu’ils ne sont pas des natifs d’ici.
Tout cela pourrait changer. Devrait changer. Le gouvernement de Navin Ramgoolam a déclaré avoir besoin de main-d’oeuvre étrangère pour remettre l’économie à flot. Its now or never pour des changements majeurs, véritables et qui soient en respect avec les droits humains.
Husna Ramjanally
