DIMANCHE 29 JUIN 1986 — WEEK-END/INTERVIEW : Sir Satcam Boolell : « Je ne réintégrai pas le gouvernement….de sitôt »

— Il votera en faveur de l’annulation de la suspension des cinq députés de l’opposition

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Le leader du Parti travailliste, sir Satcam Boolell, qui s’est distingué sur le plan politique ces derniers temps, en jouant au médiateur, ne compte pas réintégrer le gouvernement de sitôt. Ce qu’il a laissé entendre à Week-Endqui l’interrogeait à ce sujet. Certains petits problèmes subsistent, dit-il, et ce sera à lui de choisir le moment propice pour faire son entrée au gouvernement. Selon sir Satcam, le gouvernement a trouvé sa sérénité et pourrait aller jusqu’au bout de son mandat. S’il souhaite la reconstitution de la plate-forme de’83, avec de meilleures conditions pour son parti, il n’exclut pas tout autre arrangement avec d’autres formations. Fidèle à sa morale « très particulière », sir Satcam dit d’ailleurs : « Il n’y a pas de point final en politique ».

WE — Sir Satcam Boolell, les observateurs politiques ne comprennent toujours pas le rôle que vous jouez depuis votre retour au pays. Révoqué par M. Jugnauth en février 1984, sur la recommandation du Premier ministre lui-même — qui fait l’objet, de votre part, depuis, de nombreuses critiques — vous vous posez aujourd’hui comme le médiateur patenté pour une réconciliation au sein de l’Alliance. Qu’est-ce qui fait courir le leader du Parti travailliste ?

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SSB — Le passé, c’est le passé. Un homme politique doit pouvoir mettre de côté certaines considérations personnelles et ne considérer que l’intérêt supérieur du pays. L’on doit pouvoir ajuster son tir selon les circonstances de l’heure. Pour ce qui est ma révocation, je vous assure qu’après deux ans, je ne connais toujours pas les raisons pour lesquelles j’ai été révoqué. Toutefois, je souligne que c’est depuis ma révocation que l’on connaît cette période de déstabilisation constante au sein du gouvernement.

WE — Lors de vos rencontres récentes avec le Premier ministre, n’avez-vous pas abordé les raisons de cette révocation ?

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SSB — Je lui accorde, dans une certaine mesure, le bénéfice du doute. Peut-être a-t-il des raisons qu’il ne peut me révéler.

WE — Vous avez révélé publiquement avoir accepté le principe de réintégrer le gouvernement. Quand allez-vous retrouver un fauteuil ministériel ?

SSB — Je peux vous dire que je ne vais pas réintégrer le gouvernement de sitôt, car certains petits problèmes subsistent. Ce sera à l’exécutif de décider. Je vais y aller lorsque j’en aurai ainsi décidé.

WE — La rumeur veut que ce petit problème soit le refus de M. Jugnauth que vous entriez au gouvernement comme ministre des Finances…

SSB — Ce n’est pas une question de portefeuille. Je vais choisir le moment propice pour entrer au gouvernement. Si je dois être ministre des Finances ou ministre avec d’autres responsabilités, nous allons voir. Et si au nom de la stabilité, j’ai à me sacrifier, je suis disposé à le faire.

WE — Dans cette affaire de négociations avec le gouvernement, une autre question a surgi, du moins tel que le présente le vice-président de votre parti, M. Mohamed, à savoir que vous n’avez jamais été mandaté par l’exécutif du Parti travailliste pour accomplir une telle mission…

SSB — C’est faux. J’ai été mandaté par l’exécutif. (le secrétaire général du PTr., M. Anil Bachoo, qui assiste à l’entretien, acquiesce de la tête). Dès que certaines questions surgissent qui engageaient le Parti travailliste, je me suis tourné vers les membres de l’exécutif pour obtenir leur aval. D’ailleurs, une réunion de cette instance est prévue pour jeudi prochain pour passer en revue toute cette question. Cette réunion sera précédée d’une autre au bureau politique du parti demain.

Oui à la plate-forme de ’83, mais de

meilleures conditions pour le PTr

WE — Êtes-vous satisfait aujourd’hui que la situation politique s’est décantée et qu’une stabilité a été réinstaurée, et pensez-vous que le régime ira jusqu’au bout de son mandat, soit 1988 ?

SSB — Les demandes formulées par les dissidents sont acceptées, en principe. Et la mise à exécution se fait petit à petit. Ce sont des choses complexes. Dans le cas de la Public Service Commission, son président, selon mes renseignements, a soumis sa démission vendredi au gouverneur général. Il y a eu les commissions d’enquête sur l’affaire de drogue et la Local Government Service Commission. Les demandes sont satisfaites graduellement, et cela, je crois, a amené de nouveau la stabilité au sein du régime. Quant à dire s’il tiendra jusqu’en 88, c’est tout à fait possible si la situation se maintient.

WE — Vous avez également exprimé le souhait que le plate-forme de 1983, à savoir une alliance MSM/PTr./PMSD, soit reconstituée. Mais vous avez vous-même dénoncé les termes de cette alliance lorsque vous avez été révoqué.

SSB — S’il faut reconstituer cette plate-forme dans l’intérêt du pays, il faudra le faire. Mais je m’empresse d’ajouter qu’il n’est pas question que le Parti travailliste accepte les conditions de 1983.

WE — Certains membres de votre parti ont rencontré en plusieurs occasions, et ce à titre officiel, des dirigeants de l’Opposition MMM. Sur quoi ces rencontres ont-elles débouché ? Excluez-vous, à partir de ce que vous avez dit sur la reconstitution de la plate-forme de 83, toute forme d’arrangement avec quelque autre formation ?

SSB — Il n’y a pas de point final en politique. Ce n’est pas la première fois que je le dis. Mais lorsqu’on discute, il s’agit d’être sérieux. Je ne vais pas permettre à qui que ce soit de se servir de moi. Nous voulons d’un arrangement qui soit dans l’intérêt du parti et du pays. Quant aux rencontres auxquelles vous faites allusion, il n’y a aucune confusion à ce sujet. Le vice-président du parti, ainsi que le secrétaire général, MM. Yousouf Mohamed et Anil Bachoo, ont effectivement rencontré des dirigeants du MMM. J’étais au courant autant que l’exécutif l’était. La dernière rencontre avait été organisée pour discuter de certaines questions précises, à savoir le budget 86-87. De toute façon, c’est normal que des partis d’opposition se rencontrent pour accorder leurs violons sur certains sujets importants. Je suis tout à fait pour ce genre de consultations.

WE — Certains événements assez graves se sont produits au Parlement cette semaine et, là aussi, on ne peut dire que c’est facile de saisir votre démarche.

SSB — Écoutez, il y a d’abord eu les incidents de mardi dernier. Je n’étais pas là en début de séance. Il y a eu des walk-out et un brouhaha indescriptible. Tout cela a fait que l’Opposition a raté une occasion en or pour jouer son rôle. Il y a eu du désordre pour rien. Prenez l’exemple de vendredi. La séance s’est déroulée de manière correcte. Quant aux suspensions, je maintiens qu’elles ne sont pas souhaitables et qu’une expulsion de la séance du jour aurait amplement suffit. Aussi, je répète que je voterai en faveur de toute motion visant à annuler les suspensions décidées l’autre jour.

Un peu comme un sage….

WE — Vous avez été convoqué dans le bureau du Speaker avant que les mesures de suspension ne soient proposées. Quel était le but de cette rencontre ?

SSB — Le Speaker m’a fait appeler et, en toute courtoisie, je me suis rendu à son bureau. Il m’a fait écouter l’enregistrement des incidents survenus quelques minutes auparavant. Il y a eu, en effet, un brouhaha incroyable. Pourquoi l’a-t-il fait ? Je ne sais pas. C’est peut-être parce que je suis le doyen à l’Assemblée législative et que j’agis un peu comme un sage…

WE — Vous avez été critique vis-à-vis du Speaker et, par votre entremise, les dissidents ont réclamé son départ, ainsi que celui du président de la PSC. Mais lorsqu’il s’est agi d’un vote au Parlement vendredi dernier, vous avez voté avec le gouvernement dans le cas du Speaker pour ensuite vous abstenir sur la rédaction des salaires du président de la PSC. N’est-ce pas de l’incohérence ?

SSB — Dans le dernier cas, j’étais au courant de son départ imminent, je me suis abstenu, c’est normal. Toutefois, pour ce qui est des salaires du Speaker, on ne peut prendre une telle décision à la légère. Le Speaker, quel que soit l’homme qui occupe la fonction, doit avoir le respect de l’Assemblée législative, et la façon dont la proposition a été faite pouvait avoir des conséquences graves sur d’autres fonctionnaires, alors que c’est le Speaker qui était visé. C’est une question très délicate et, ne pas voter les salaires d’un Speaker est une action anticoncurrentielle.

WE — Que pensez-vous de la proposition faite par M. Harish Boodhoo à l’effet que ce soit un Speaker indépendant qui préside les travaux de l’Assemblée législative ?

SSB — C’est une autre question délicate, car elle implique des amendements constitutionnels. Sir Harilall Vaghjee fut un cas exceptionnel dans le cadre d’une transition importante de la période coloniale à celle de l’indépendance. Il fallait alors assurer la continuité. Aujourd’hui, il y a un problème, certes. Les Speaker sont des élus. Ils sont donc appelés à avoir certaines activités politiques.

Est-ce à dire qu’ils peuvent appartenir aux instances dirigeantes du parti ? Si le Speaker était issu des rangs de mon parti, je ne trouverais pas ça normal. Mais la situation est devenue assez difficile pour les Speakers ces derniers temps, car, du fait de leurs fonctions et de leur absence sur le terrain. Ils deviennent impopulaires. Peut-être faut-il ne pas contester le siège du Speaker ? Je pense que c’est là une des questions sur lesquelles devraient se pencher tous les partis représentés au Parlement, en vue de trouver une solution idéale.

WE — Vous avez été un de ceux qui réclament le départ du Haut commissaire indien, M. Prem Singh. Peut-on connaître les faits concrets que vous lui reprochez ?

SSB — Je vous référence qu’à dit l’éditorialiste du Mauricien dans l’édition de vendredi dernier. Vous savez, un diplomate ne doit en aucune façon s’ingérer dans les affaires intérieures d’un pays. Si demain l’ambassadeur mauricien à New Delhi se permettait, dans une réception, de dire tout haut ses vues sur la politique locale et trouvait à redire sur le comportement de certains dirigeants politiques, je pense qu’il faudrait le rappeler immédiatement. C’est valable pour tous les représentants diplomatiques.

J. L.

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