À Balaclava : Face à la mobilisation citoyenne, la reproclamation de la plage à l’étude

Associations environnementales, habitants et représentants de collectivités locales ont uni leurs voix lors d’une visite de site organisée à Balaclava pour réclamer la reproclamation d’une portion de plage de Balaclava déproclamée en 2008. Alors que le gouvernement envisage aujourd’hui de revenir sur cette décision, les militants y voient une occasion de réaffirmer le caractère collectif du littoral mauricien.

La question de l’accès aux plages publiques continue de mobiliser citoyens et organisations de la société civile. À Balaclava, une visite de site organisée récemment par l’organisation non gouvernementale (ONG) Eco-Sud a permis de mettre en lumière les inquiétudes des habitants concernant une portion de plage publique qui avait été déproclamée en 2008, avant d’être intégrée – selon les informations recueillies par les associations – au bail de l’établissement hôtelier Oberoi Resort en 2010. Or, lors de sa réunion du vendredi, le Conseil des ministres a pris note que le ministère du Logement et des Terres étudiait actuellement la possibilité de reproclamer une parcelle d’un arpent et 90 perches située à Pointe-aux-Piments, Balaclava, comme plage publique. Cette annonce a également été relayée sur la page Facebook du ministre Shakeel Mohamed.

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Pour Eco-Sud, cette ouverture constitue un signal encourageant. « Nous saluons la volonté du ministre des Terres de considérer sérieusement la reproclamation de la plage publique de Balaclava », indique l’ONG dans une déclaration. « Cette décision serait un signal fort en faveur du bien commun, de l’accès des Mauriciens à leur littoral, et de la protection de notre patrimoine naturel collectif. » L’organisation exhorte le gouvernement à faire désormais preuve du « courage politique nécessaire », afin de concrétiser cette mesure réclamée par de nombreux citoyens.

En effet, durant la semaine, face à cette situation, plusieurs intervenants ont lancé un appel aux autorités, afin que cette parcelle retrouve son statut de plage publique. Au cœur de leurs revendications, se trouvent la défense du bien commun, l’accès équitable au littoral, et la préservation des espaces côtiers pour les générations futures.

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Prenant la parole lors de la visite, Sébastien Sauvage d’Eco-Sud a expliqué que ce sont les habitants de Balaclava qui les ont contactés pour exprimer leurs inquiétudes. Par ailleurs, la mobilisation visait avant tout à attirer l’attention de l’opinion publique sur l’avenir de cette portion de littoral. Selon lui, les habitants craignent de perdre une partie importante de la plage accessible au public. Les informations recueillies indiquent que la portion déproclamée représenterait près de 40% de la plage publique actuellement disponible sur le site, elle-même déjà très petite. « On est là pour demander que cette portion soit reproclamée », a-t-il déclaré. Pour l’activiste, cette plage constitue, avant tout, « un bien commun » et doit rester accessible à l’ensemble des Mauriciens.

Une lutte qui fait écho à d’autres mobilisations

« Il faut que les Mauriciens puissent se sentir chez eux dans leur pays », a-t-il affirmé, ajoutant qu’« on ne doit pas continuer dans cette logique d’accaparement. » L’ONG souligne que l’enjeu dépasse largement le cas de Balaclava. Il s’agit là d’une réflexion plus globale sur la gestion du littoral mauricien et sur la place accordée aux espaces publics dans un contexte de forte pression foncière sur les zones côtières.

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Présente lors de la visite, Carina Gounden, de l’association Aret Kokin Nu Laplaz (AKNL)/Mru2025, a établi un parallèle avec d’autres combats menés récemment autour de l’accès au littoral. « C’est normal que nous soyons ici. Nous étions à Riambel la semaine dernière », a-t-elle rappelé, estimant que ces différentes mobilisations participent d’un même combat pour la reconquête des biens communs. Selon elle, la situation devient préoccupante, alors que les plages publiques représenteraient une part limitée du littoral national. « On n’a que 15% de plage publique », a-t-elle souligné, avant de lancer un appel direct au secteur hôtelier.

S’adressant aux exploitants concernés, elle a invoqué leur responsabilité sociale et environnementale. « N’accaparez pas cette plage, car il ne restera plus rien pour les habitants. Faites preuve de responsabilité sociale », a-t-elle plaidé, demandant également que les démarches nécessaires soient entreprises pour permettre la reproclamation du terrain concerné. Selon les éléments présentés lors du point de presse, un premier bail aurait été accordé à l’hôtel en 1993.

La portion concernée aurait ensuite été déproclamée en 2008. Puis, en juillet 2010, le premier bail aurait été annulé et remplacé par un nouveau bail incluant cette extension, pour une durée de 60 ans. Les associations affirment également avoir relevé plusieurs conditions attachées à ce bail. Parmi celles-ci, figurerait notamment la mise à disposition d’infrastructures destinées au public, dont des toilettes publiques. Or, selon les militants et plusieurs habitants présents, ces aménagements ne seraient pas visibles sur le site aujourd’hui.

« Les habitants le confirment », a indiqué Carina Gounden, ajoutant qu’il semblerait que certaines conditions du bail n’aient pas été respectées. Plusieurs habitants de Balaclava et des environs ont, de même, pris la parole pour exprimer leur inquiétude. Une résidente a insisté sur l’importance des plages publiques pour les familles qui ne disposent pas des moyens nécessaires pour accéder à des espaces privés de loisirs. Elle a appelé les décideurs à « penser aux gens qui n’ont pas les moyens pour payer d’autres activités à leurs enfants » et qui utilisent les plages pour se détendre gratuitement.

Nos plages déjà saturées

La même intervenante a évoqué la forte fréquentation de certaines plages du Nord, notamment à Pereybère et Mont Choisy. « Nos plages sont saturées, et les gens y sont entassés comme dans une boîte de sardines », a-t-elle lancé. « C’est ce qu’on laisse pour nous ? C’est un scandale ! » Une représentante du Conseil du village de Pointe-aux-Piments a, elle, affiché sa solidarité avec les revendications des associations. « Nous sommes complètement solidaires avec la reproclamation de cette plage », a-t-elle lancé, estimant que retirer près de la moitié d’une petite plage publique constitue une situation inacceptable.

Elle a aussi adressé un appel à l’hôtel concerné ainsi qu’au ministère du Logement et des Terres, prévenant que les citoyens pourraient poursuivre leur mobilisation si leurs revendications n’étaient pas entendues. Un autre résident de Balaclava s’est interrogé sur la nécessité d’agrandir davantage les infrastructures existantes. Évoquant une visite effectuée aux Seychelles, il a souligné l’importance de préserver une certaine distance entre les hôtels et le littoral, afin de garantir un accès réel aux populations locales.

Après le revirement de situation suite à la réunion du vendredi, le Conseil des ministres a pris note que le ministère du Logement et des Terres étudiait actuellement la possibilité de reproclamer cette portion de la plage de Balaclava comme plage publique, les collectifs citoyens restent vigilants. Sur sa page Facebook, l’ONG Eco-Sud estime, toutefois, que la réflexion ne doit pas s’arrêter à Balaclava. Dans sa déclaration, l’organisation interpelle le gouvernement sur la situation de terrains de l’État situés à Bel-Ombre et actuellement proposés à la vente par KPMM (Mauritius) Ltd, alors que la zone se trouve au sein de la Réserve de biosphère reconnue par l’UNESCO.

L’ONG appelle les autorités à envisager une démarche similaire, afin que ces espaces puissent bénéficier d’une vocation publique. « Nos plages, nos lagons et nos terres côtières ne doivent pas être accaparés ni devenir des objets de spéculation foncière, au détriment du bien commun », revendique Eco-Sud. Pour les militants réunis à Balaclava, la bataille dépasse, donc, largement les limites d’une seule plage. Elle pose la question fondamentale de l’accès des Mauriciens à leur littoral et de la place accordée au patrimoine naturel dans les choix d’aménagement du territoire.

À l’heure où le gouvernement examine la possibilité de revenir sur la décision prise en 2008, les défenseurs du site espèrent que cette mobilisation citoyenne contribuera à faire pencher la balance en faveur de la reproclamation de cette portion de plage publique.

 

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