Même s’il y a des dossiers qui devraient retenir notre attention-comme la chute de l’empire Evaco, sérumisé contre toute logique par les habituelles vannes généreuses de la Silver Bank et de la MIC, le début des débats sur le projet de mise sur pied d’une commission de révision constitutionnelle ou, encore, des failles relevées au niveau de la sécurité publique comme l’absence de toute interrogation, si ce n’est toute interpellation, de celle qui est désormais connue comme la « femme au sabre », pendant que le commissaire de police débite des généralités creuses sur le site du PMO, qui ressemble étrangement à la MBC d’une dégoûtante partisanerie d’autre fois, il y a lieu de revenir sur les incidents qui ont marqué la séance parlementaire de mardi. Ce fut la plus triste séquence de la présente législature. Voyons les protagonistes de ce passage qui a révélé la face honteuse d’un ministre qui se réclame du MMM, ce parti qui a eu pour fondement et pour mission la lutte contre le racisme, le communalisme et les discriminations sous toutes ses formes. Joanna Bérenger a adressé une question sur la situation préoccupante d’une Bangladaise portée disparue. Que les motifs qui aient provoqué cette interpellation aient été politiques ou pas, le sujet, lui, est crucial et d’une brûlante actualité. Notre pays a été critiqué dans plusieurs rapports, dont celui du département d’État américain, sur le trafic humain. En 2024, voilà ce qui était écrit : « La corruption et la complicité de certains officiels dans des crimes liés au trafic restent des sujets d’inquiétude. » Le ministre Soodesh Callychurn avait mis un frein à l’importation de la main d’œuvre du Bangla Desh parce que des milliers de travailleurs issus de ce pays disparaissaient dans la nature. La famille du ministre Uteem avait, donc, bénéficié d’une dérogation du gouvernement MSM pour recruter cette jeune aide-soignante. Les questions posées par la députée étaient légitimes et nécessaires, d’autant que le cas de cette employée avait été traité de manière très particulière. Sur les milliers de ses compatriotes encore sur le territoire sans aucun signalement, ce n’est que dans son cas que l’ambassade du Bangla Desh a cru utile de sortir de sa réserve pour non seulement émettre un communiqué, mais pour offrir aussi, excusez du peu, une récompense à ceux qui aideraient à la retrouver. On est en plein far-west, là ! Mettre une tête précise à prix, alors que ce genre de démarche ne concerne que de dangereux criminels en fuite, est inacceptable. Inviter à la délation et traquer une pauvre expatriée venue sous nos cieux pour une meilleure vie est indigne et monstrueux. Et que l’on ne vienne pas, pour absoudre le fautif et l’indélicat, nous parler de torts partagés. Il n’y a personne d’intouchable ici et dans d’autres Républiques qui se respectent. Parce que, si des perquisitions sont effectuées jusqu’aux salons et autres dorures de l’Elysée et que d’anciens Présidents comme Nicolas Sarkozy sont traînés devant la justice, pourquoi une question sur le traitement des travailleurs et sur les droits humains serait-elle un crime ? Après son concert raté du 1 er mai, le dossier Lexus qui concerne précisément le recrutement de la main d’œuvre étrangère et qui vise deux de ses proches, le ministre Reza Uteem, confronté à ce dossier délicat de la Bangladaise introuvable, a décidé de répliquer par des propos qui sont à connotation manifestement raciste. Lorsqu’on vocifère plus d’une fois : « We are not like you. We were not colonial ! Pena disan kolon dan mo disan mwa ! Pena disan kolon dan mo disan mwa ! », c’est une attaque raciste. Ce monsieur Uteem dévoile son vrai visage depuis quelque temps. On ne sait pas si c’est de la mauvaise conscience ou si c’est un sentiment de culpabilité qui le ronge depuis la scission au MMM, mais franchement, qui aurait dit que quelqu’un comme lui aurait tenu de tels propos infâmes ? Il y a l’histoire de la colonisation « blanche » qui est un fait éprouvé, mais, là aussi, il faut rappeler que tous les esclavagistes n’étaient pas d’une même et seule carnation. Il n’y qu’à se référer à la traite arabo-musulmane et, ici, même à un propriétaire de « meubles », comme on désignait les esclavés, du nom de Sinatambou. C’est dire que balancer des « like you » à la figure de Joanna Bérenger est doublement déplacée. Quant à la Speaker, on ne pense pas que ce soit son lien familial, rapproché ou lointain, avec le ministre Uteem qui l’a conduite à une si piètre prestation durant ce mémorable échange. Mais elle a permis que le ministre se mette debout en même temps que la députée interrogatrice pour proférer sa diatribe sectaire et, elle ne l’a pas en plus stoppé net lorsqu’il a, en deux occasions, répété, son désormais fameux « disan colon » ou, encore, lorsqu’il a parlé de « girl » pour s’adresser à une élue. Et jusqu’à maintenant, on ne comprend pas trop pourquoi avoir réclamé de la députée du FMP qu’elle retire ses propos ? Quels propos ? Étaient-ils semblables à ce qu’avait tenus Reza Uteem ? Non ! Mais pour faire bonne mesure et ne pas sanctionner le fautif comme il se doit, Shirin Amerruddy-Cziffra a décidé de couper la poire en deux. Plus facile et plus commode, sans doute, mais parfaitement injuste. Un autre acteur de cette séquence a été le ministre Shakeel Mohamed qui se positionne sérieusement en remplaçant de choix d’Alan Ganoo en tant que « mister point of order » attitré. La semaine dernière, il a fait bloquer la liste trafiquée des recrues des collectivités locales que voulait déposer le leader de l’opposition et, cette semaine, il a obtenu que Joanna Bérenger ne cite pas des informations du domaine public et relayés dans les médias. Si, dans ces deux cas, le ministre du Logement a obtenu que l’on n’embarrasse pas davantage la majorité, il avait, dans un passé pas aussi lointain que ça, justifié la production de photos de shelters par sa collègue, la whip, Stéphanie Anquetil, qui tenait absolument alors à acculer la ministre des Droits de la Femme, Arianne Navarre-Marie. C’est vrai que c’était avant que celle-ci ne le précède dans la hiérarchie gouvernementale. Oui, mardi dernier aura été un jour très triste pour l’Assemblée Nationale parce que certains ont gravement dérapé, pendant que d’autres n’ont clairement pas assumé leurs responsabilités.

