RÉFLEXIONS – Violences : on meurt encore en 2026 d’être une femme ou un enfant

La disparition de la petite Lyhanna, collégienne française de 11 ans, le 29 mai dernier, n’est ni une anecdote ni un énième fait divers. La découverte d’un corps d’enfant ce 4 juin, la montée au créneau des politiques de tous bords autant que de la société civile, et, surtout, la reconnaissance de plusieurs, et par nul autre qu’Emmanuel Macron, président de la République française, qu’il y a eu dysfonctionnement de l’appareil d’État, est hautement révélateur. « Il y a un dysfonctionnement dans l’affaire Lyhanna. Des failles se sont révélées, il faut les clarifier (…) et clarifier les responsabilités de l’État. (…) C’est inacceptable. On ne peut pas regarder en face sa famille et lui dire que tout s’est bien passé. C’est faux ! » a déclaré, dans une allocution en direct sur les médias français, le président Macron vendredi.
Un chef d’État qui prend la mesure d’un drame qui est tout sauf banal. Un président de la République qui concède des failles, des manquements et reconnaît l’échec. Certes, Macron est en campagne. C’est un politique rompu aux exercices de communication. Pourtant, dans ce cas précis, l’homme d’État dépasse l’argumentaire purement politique. Tout à la fois, il se range du côté des parents et du peuple, et prend de la hauteur relativement à ses responsabilités. Il assume et accepte. Reconnaît qu’il y a eu des faiblesses et compte agir pour y remédier. Pour protéger d’autres Lyhanna.
La disparition, la séquestration et la mort de cet enfant rouvrent la plaie douloureuse des mineurs exploités, abusés sexuellement et tués sans scrupule par des pédophiles et autres prédateurs. Le cas de Lyhanna n’est ni isolé ni unique. En France comme à Maurice, et partout ailleurs, surtout dans les pays pauvres, les enfants sont des victimes fréquentes et faciles, dirait-on, d’assassins de tous acabits. Dans le cas de Lyhanna, les soupçons se sont rapidement dirigés vers un quadragénaire qui, depuis 2017, faisait parler de lui dans la justice française. Malgré plusieurs signalements et plaintes, notamment pour comportements inappropriés et viols, carrément, il n’a jamais été inquiété. Jusqu’à ce que disparaisse Lyhanna… Après la mort, la tisane.
Une vie volée. Une autre parce que les prédateurs et abuseurs sont hélas légion. Ici comme ailleurs. Une raison de plus de renforcer la vigilance autour de soi, plus particulièrement autour des enfants qui ne sont pas méfiants. Lyhanna, comme d’autres victimes, c’est une enfance meurtrie, stoppée brutalement. Une famille qui arrête de vivre, traumatisée, et qui cherchera toujours les réponses aux mille questions qu’elle se pose, à commencer par : « Pourquoi nous ? ».
L’exemple français interpelle sur plusieurs aspects. D’abord et surtout la prise de conscience et de parole collective. En avril dernier, le cas d’allégations d’attouchements par un professeur de musique de la Loreto Junior de Curepipe, en l’occurrence Frédéric Pavaday, avait défrayé la chronique. Rappelant une fois de plus combien nos enfants sont vulnérables. À l’école comme à la maison, les menaces les guettent. Dans nos quartiers, où vivent des enfants livrés à eux-mêmes, évoluant très souvent dans une promiscuité quasi normalisée par les gouvernements successifs, l’on ne saurait combien ont et/ou sont victimes d’attouchements, d’abus et de maltraitances.
La DPM Arianne Navarre-Marie monte régulièrement au créneau pour dénoncer, déplorer et annoncer des mesures correctives dans des cas qui sont étalés sur la place publique. En revanche, qu’est-ce qui est mis en place comme système de surveillance, d’identification de victimes, d’encadrement et de soutien aux victimes comme à leurs familles ? Quel travail est effectué sur le terrain, au sein de ces quartiers défavorisés, criblés par les trafics en tous genres, où drogues, prostitution, alcoolisme et sexualité précoce remplacent de manière fulgurante les principes et convictions nourrissant les valeurs familiales ? À ce titre, la National Agency for Drug Control (NADC) et d’autres organismes, comme la CDU, entre autres, n’ont-ils pas pour mandat d’intervenir ? À quand l’urgence ? Quand sera enregistré le prochain drame ? L’oisiveté, qui génère la pauvreté, est mère de tous les vices, dit l’adage.
En 2026, les violences, maltraitances et crimes sur les enfants et les femmes font quasi quotidiennement la une des médias. Femmes et enfants tombent parce que mal protégés. Par manque de structures adéquates, de ressources humaines agissant comme sentinelles et éclaireurs… Par manque de volonté politique.

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