Accord historique avec l’UE — Ritesh Ramful : « Un nouveau chapitre pour le commerce, l’investissement et l’intégration »

Une page importante des relations économiques entre Maurice et les États d’Afrique orientale et australe (AFOA), d’une part, et l’Union européenne, d’autre part, s’est écrite hier à Balaclava, avec la conclusion des négociations visant à transformer l’Accord de partenariat économique (APE) existant entre l’Union européenne et les États concernés en un accord de libre-échange moderne et complet. Qualifié d’historique par les différentes parties, ce nouvel accord marque une évolution majeure des relations commerciales entre l’Europe et les petits États insulaires de l’océan Indien. Pour la première fois, un accord de libre-échange aussi ambitieux conclu par l’Union européenne avec un groupe de pays d’Afrique subsaharienne ne se limite plus au commerce des marchandises, mais englobe également les services, l’investissement, le commerce numérique, la propriété intellectuelle et la coopération économique.

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L’accord a été signé successivement par le ministre comorien de l’Économie et de l’Intégration économique, Moustoifa Hassani Mohamed, de la ministre malgache du Commerce, Haingotiana Michela Angèle Andriamadison, la ministre seychelloise des Transports, Veronique Laporte, le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et du Commerce international, Ritesh Ramful et par l’ambassadeur de l’Union européenne à Maurice et aux Seychelles, Oskar Benedikt, représentant le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič. Ce dernier, qui n’a pu faire le déplacement à Maurice comme annoncé, est intervenu par visioconférence lors de la cérémonie de signature. Le Zimbabwe, également membre du groupe AfOA, devrait rejoindre l’accord ultérieurement, ses négociations n’étant pas encore finalisées.
Accord tourné vers l’avenir
Dans leur déclaration conjointe, les parties ont salué un accord « global, tourné vers l’avenir et mutuellement bénéfique », qui devrait renforcer les échanges commerciaux, améliorer la résilience des chaînes d’approvisionnement et soutenir les objectifs de développement durable.

Pour Maurice, les enjeux sont considérables. L’Union européenne demeure le principal partenaire commercial et l’une des plus importantes sources d’investissements, de technologies et de coopération au développement. C’est dans ce contexte que Ritesh Ramful a décrit la conclusion des négociations comme « un signal fort que nos pays demeurent attachés à l’ouverture, à la coopération et à un système commercial international fondé sur des règles. »

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Le chef de la diplomatie indique que le nouvel accord transforme l’ancien APE en un cadre moderne couvrant un éventail beaucoup plus large de secteurs stratégiques. « Pour Maurice, cet accord représente un investissement stratégique dans notre prospérité future », maintient-il. Il met l’accent sur le fait que l’accord place le développement au cœur du partenariat entre Maurice et l’Union européenne grâce à une coopération renforcée dans des domaines tels que la transformation numérique, les énergies renouvelables, l’économie bleue, le développement des compétences et la consolidation de la compétitivité du secteur privé.

Opportunités majeures
L’une des principales innovations du nouvel accord réside dans son extension aux services, secteur qui représente aujourd’hui l’un des piliers de l’économie mauricienne. Jusqu’à présent, l’accord intérimaire portait essentiellement sur les échanges de marchandises. Désormais, les services financiers, les technologies de l’information et de la communication, l’éducation, le tourisme, la logistique et les services professionnels bénéficieront eux aussi d’un cadre plus favorable pour accéder au marché européen. « L’accord offre davantage de certitude et de prévisibilité aux investisseurs et aux entreprises tout en ouvrant de nouvelles perspectives aux fournisseurs de services mauriciens », rajoute-t-il.

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Il estime également que le nouvel accord devrait contribuer à attirer davantage d’investissements européens à Maurice tout en facilitant les investissements des entreprises mauriciennes sur le marché européen.
Thon et textile
Les secteurs de la pêche, en particulier le thon et du textile, figurent parmi les principaux bénéficiaires des nouvelles dispositions négociées. Le ministre Ramful a particulièrement mis en avant les avancées obtenues concernant les règles d’origine. Ces dispositions permettront aux opérateurs mauriciens d’importer du thon provenant de pays tiers, comme le Viêt-Nam, de le transformer localement puis de l’exporter vers l’Union européenne en bénéficiant toujours des préférences tarifaires prévues par l’accord.
La même flexibilité s’appliquera au secteur textile, renforçant ainsi la compétitivité des exportateurs mauriciens. « Les nouvelles règles d’origine offrent davantage de flexibilité et créent de nouvelles opportunités pour l’industrialisation et l’investissement », rassure-t-il. L’accord prévoit également le maintien des quotas existants ainsi que des flexibilités supplémentaires pour les secteurs de la pêche et du textile.
Parallèlement, les négociateurs ont veillé à protéger les secteurs sensibles. Certaines productions agricoles et alimentaires continueront à bénéficier de mesures de sauvegarde afin de préserver la sécurité alimentaire et les intérêts des producteurs locaux, dont le poulet de table.

Vision commune
Pour l’Union européenne, cet accord transcende largement le cadre commercial. L’ambassadeur Benedikt a réitéré que l’Union européenne demeure le premier bloc commercial mondial avec 45 accords couvrant plus de 80 pays. « L’Union européenne ne se retire pas du commerce international. Au contraire, nous contribuons activement à construire sa prochaine phase », fait-il valoir.

Selon lui, cet accord constitue une étape majeure dans la stratégie européenne de partenariat avec l’Afrique, ajoutant que « nous voulons être des partenaires engagés, présents pour coopérer et accompagner le développement économique de l’Afrique, et non pour dominer ou simplement extraire des ressources. »
Il estime que l’élargissement de l’accord aux investissements, aux services financiers et à la propriété intellectuelle permettra de créer un environnement plus favorable à l’innovation, à la croissance et à la création d’emplois. « Nous souhaitons aider les économies africaines à s’industrialiser, à développer leurs chaînes de valeur et à capter davantage de richesse créée à l’échelle mondiale », précise-t-il, faisant état qu’au-delà des bénéfices nationaux, les signataires considèrent ce nouvel accord comme un outil de renforcement de l’intégration économique régionale.
Pour Maurice, les Seychelles, Madagascar et les Comores, cet accord constitue une occasion de développer davantage les échanges commerciaux régionaux, de renforcer la connectivité maritime et aérienne et d’encourager les investissements croisés.
Ainsi, le ministre Ramful estime que l’accord complète les efforts déjà entrepris dans le cadre du COMESA, de la SADC, de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ainsi que de l’Accord de Samoa. L’harmonisation des règles commerciales entre les différents États participants devrait également faciliter la création progressive d’un véritable marché régional intégré. Dans cette perspective, les parties ont déjà évoqué l’organisation prochaine d’un forum régional des entreprises destiné à rapprocher les secteurs privés des différents pays concernés.

Même si les négociations sont désormais terminées, plusieurs étapes restent à franchir avant l’entrée en vigueur du nouvel accord. Le texte doit encore faire l’objet d’une révision juridique approfondie avant sa signature officielle puis sa ratification par les différents États signataires. Les parties engagées ont toutefois réaffirmé leur volonté commune d’accélérer le processus afin que les bénéfices de cet accord puissent être concrétisés dans les meilleurs délais.

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