Trois jours après la rupture d’un conduit d’eaux usées à Pointe-aux-Sables, les opérations de pompage et de nettoyage se poursuivaient toujours vendredi sur le site affecté. Si les autorités affirment que la situation est sous contrôle et que le lagon a été protégé d’une contamination directe, les habitants continuent d’exprimer leurs inquiétudes face aux conséquences environnementales de l’incident et réclament davantage d’explications.
L’affaire remonte au 10 juin lorsque, lors de travaux de fouille effectués à La Tour Koenig dans le cadre d’un projet de ferme solaire, un conduit de la Wastewater Management Authority (WMA) a été accidentellement endommagé. Selon les explications fournies par le ministère de l’Environnement, cette conduite transportait environ 80 % d’effluents provenant d’activités de teinture de la zone industrielle et 20 % d’eaux usées domestiques.
La rupture a provoqué le déversement d’effluents dans un canal rejoignant un cours d’eau situé à une cinquantaine de mètres du lagon de Pointe-aux-Sables. Les premières constatations effectuées par les autorités ont révélé une eau de couleur violet foncé ainsi que la présence de nombreux poissons morts, parmi lesquels des alevins et des juvéniles.
Une intervention d’urgence des autorités
Alerté dès le 11 juin, le ministère de l’Environnement a mobilisé plusieurs organismes, dont la Police de l’Environnement, le National Disaster Risk Reduction and Management Centre, la WMA, le National Environment Laboratory (NEL), le ministère de la Pêche ainsi que des représentants de l’entreprise RT Knits.
Des prélèvements ont été effectués à différents points du canal afin de déterminer la nature exacte de la pollution et son impact sur l’environnement. Les résultats des analyses sont toujours attendus.
Le ministère indique qu’aucune infiltration des effluents dans le lagon n’a été observée. Selon les autorités, une dune de sable formée naturellement à l’embouchure du canal a joué le rôle de barrière, empêchant les eaux contaminées d’atteindre directement les eaux lagonaires.
Parallèlement, la réparation du conduit a été entreprise sous la supervision de la WMA. RT Knits a réduit ses activités et suspendu temporairement ses rejets dans le réseau concerné.
Afin d’évacuer les eaux contaminées accumulées dans les tranchées et le canal, l’entrepreneur GECC Ltd a entrepris un vaste programme de pompage vers la station de traitement de Montagne Jacquot. Au 13 juin, plus de cent rotations de camions d’assainissement avaient déjà été effectuées. Le ministère affirme également avoir demandé le retrait des déchets contaminés, des poissons morts et le renforcement de la digue de sable destinée à contenir les effluents.
Sur le terrain, une pollution encore visible
Vendredi, la députée Joanna Bérenger s’est rendue sur place afin de constater la situation. Selon elle, malgré les opérations entreprises, les traces de la pollution demeuraient visibles.
Des poissons morts étaient encore présents dans certaines parties du canal et la coloration inhabituelle de l’eau restait perceptible à plusieurs endroits. Une forte odeur persistait également dans la zone, suscitant l’inquiétude des riverains qui fréquentent régulièrement ce secteur.
Pour plusieurs habitants rencontrés sur place, les conséquences de l’incident témoignent de l’ampleur de la catastrophe écologique.
« Ce barachois était propre et clair auparavant. Aujourd’hui, nous voyons des poissons morts partout », affirme un riverain.
Un autre habitant déplore ce qu’il considère comme un abandon de la région : « Pa kapav enn gran lizinn fane e nou bann ti dimounn ki ramass bez. » Selon lui, les conséquences environnementales sont supportées par les habitants alors que les responsabilités n’ont pas encore été clairement établies.
Certains résidents disent également craindre que des personnes récupèrent les poissons morts pour leur consommation, malgré les risques potentiels pour la santé.
Joanna Bérenger réclame des explications
Au-delà de la pollution elle-même, Joanna Bérenger s’est montrée particulièrement critique à l’égard de la communication gouvernementale autour de l’incident.
Elle affirme que les habitants ont dû attendre plusieurs jours avant d’obtenir des informations détaillées sur les circonstances de l’accident. Selon elle, plusieurs questions demeurent sans réponse : comment une conduite aussi importante a-t-elle pu être endommagée ? La signalisation des infrastructures souterraines était-elle adéquate ? Qui devra assumer la responsabilité des dommages causés à l’environnement ?
L’ancienne Junior Minister de l’Environnement estime également que la population est en droit de connaître l’ampleur réelle de la pollution, les résultats des analyses scientifiques en cours ainsi que les mesures qui seront prises pour éviter qu’un incident similaire ne se reproduise.
« Les habitants ont le droit de savoir ce qui s’est passé, qui est responsable, quelle est l’ampleur des dégâts et quelles solutions seront mises en œuvre », a-t-elle déclaré.
Joanna Bérenger s’interroge également sur l’absence visible de plusieurs responsables politiques de la région et appelle les autorités à communiquer de manière plus transparente sur les résultats des analyses en cours ainsi que sur les mesures envisagées pour éviter qu’un tel incident ne se reproduise. Des habitants affirment n’avoir vu ni la vice PM Navrre-Marie, ni le junior minister Fabrice David; Mais rien ne dit pourtant qu’ils n’y ont pas été sur place à un moment s
Rajesh Bhagwan défend l’action du ministère
Face aux critiques, le ministère de l’Environnement met en avant les mesures d’urgence déployées depuis le début de l’incident.
Le ministre Rajesh Bhagwan a indiqué, à travers les communiqués émis par son ministère, qu’un suivi rapproché est assuré quotidiennement sur le terrain. Le directeur de l’Environnement et plusieurs officiers se sont rendus sur place pour superviser les opérations et donner de nouvelles instructions à l’entrepreneur chargé des travaux.
Le ministère souligne que la priorité demeure le retrait complet des eaux contaminées, la protection du lagon et l’élimination des déchets pollués. Les autorités rappellent également que la zone concernée se trouve déjà à l’intérieur du périmètre faisant l’objet d’une restriction de baignade dans le cadre du programme de surveillance environnementale du lagon de Port-Louis.
Trois jours après l’incident, plusieurs inconnues subsistent toutefois. Les résultats des analyses du National Environment Laboratory et des laboratoires du ministère de la Pêche sont toujours attendus. Ils devront permettre de déterminer la nature exacte des contaminants, l’ampleur des dommages causés à la faune aquatique ainsi que les éventuelles responsabilités.
D’ici là, les habitants de Pointe-aux-Sables continuent de vivre au rythme des camions-citernes, des opérations de nettoyage et des odeurs persistantes, dans l’attente de réponses plus précises sur un incident qui a profondément marqué ce secteur du littoral ouest.

