« Konsomater simik ek ladrog pe rod nisa, sansasion for. En revanche, le gandia ne procure rien de tout cela ! »
C’est le point de vue de nombreux médecins, généralistes et spécialistes, œuvrant pour certains au sein du ministère de la Santé, et d’autres, dans le privé. Les débats et consultations populaires autour de la légalisation du cannabis, sous la férule de la National Agency for Drug Control (NADC), qui se sont déroulés dans le courant de la semaine dernière, amènent cette montée au créneau de ces professionnels de la santé. D’entrée de jeu, des intervenants, qui optent pour l’anonymat pour de multiples raisons, avertissent : « les trafiquants de drogue opèrent au sein des réseaux criminels. De fait, pour ce qui est tant des ados que des adultes, le contact avec les marchés du cannabis peut définitivement accroître leur exposition à d’autres produits illicites, comme l’héroïne et les drogues synthétiques. De fait, au lieu de réduire la consommation de drogues dures, la légalisation du gandia finirait par contribuer à élargir la prise de drogues, au lieu de provoquer l’effet contraire ! Quand on sait qu’actuellement, l’on trouve toutes sortes de drogues dans le pays – héroïne, amphétamine, MDMA, cocaïne, champignons, LSD, ecstasy, couplées ou non aux drogues de synthèse (simik) – la vigilance et la prudence sont plus que jamais de mise. »
Ces représentants du corps médical expliquent leur prise de position. « L’un des principaux arguments avancés en faveur de la légalisation est la réduction du trafic. Une entreprise parallèle qui génère, nous en sommes tous bien conscients, maintenant, du gros capital; un marché underground, où corruption et toutes sortes d’autres fléaux sont engendrés dans son sillage. » Et ce, avant d’arguer : « Toutefois, l’expérience de certains pays montre que les marchés noirs perdurent malgré la légalisation ! Donk, pou nou, enn ti pei kouma Moris, li enn risk enorm ki pou pran la ! » font-ils ressortir.
Jeunes particulièrement vulnérables
Autre élément que mettent en avant ces médecins : « Les trafiquants proposent souvent des produits moins chers, ciblant, de ce fait, les mineurs exclus du marché légal. Et, pour faire proliférer leur business de la mort, ils introduisent des substances plus puissantes et plus dangereuses, simultanément. Les réseaux criminels organisés parviendraient ainsi à continuer à prospérer malgré les politiques de légalisation! Seki defeat the purpose enn politik legalizasion. Nou trouv sa domaz ki bann seki an faver legalization pann realiz sa ! »
Maurice est un petit état en développement, disposant, élaborent ces professionnels de la médecine, « de services spécialisés en addiction limités ; d’infrastructures psychiatriques limitées ; d’une forte densité de population ; d’une jeunesse particulièrement vulnérable et faisant face à des défis persistants dans la lutte contre le trafic de drogue. » Eu égard à ce contexte social et économique spécifique, ils font ressortir ceci : « Les politiques adoptées dans de grands pays ne sont pas nécessairement adaptées à notre contexte ! Notre pays dispose-t-il d’une capacité réglementaire suffisante ; d’infrastructures adéquates de laboratoire; de systèmes de surveillance performants et de mécanismes de contrôle suffisants pour gérer une légalisation en toute sécurité ? »
Légaliser le gandia, poursuivent ces médecins, « pourrait contribuer à normaliser la consommation de drogues au sein de la société. Les conséquences possibles, qui sont graves, incluent une augmentation de la consommation récréative ; une baisse de la productivité au travail ; une augmentation de l’absentéisme ; une instabilité familiale ; une augmentation des accidents de la route et des risques accrus en milieu professionnel. Il ne faut pas oublier non plus le fait que le coût économique et social de la toxicomanie pourrait finalement dépasser les éventuels bénéfices fiscaux ! »
« Pourquoi la NADC s’obstine avec la légalisation ? »
Ces médecins déplorent le fait que « ces éléments sont, à nos yeux, les premières priorités que la NADC aurait du Tackle aussitôt que cet organisme a démarré ses opérations. À la place, nous remarquons que leur priorité gravite autour de la légalisation du gandia ! Comme s’il s’agirait d’une solution miracle. Les attentes de la population, qui rejoignent les nôtres, sont évidemment très fortes. Premie fwa dan listwar Moris enn linstans koumsa finn met an plas ek avek otan pouvwar. Pourtant, nous remarquons que ses priorités – soit, celles de ceux qui dirigent l’organisme, plutôt – ne rejoignent pas les Expectations de tout le monde ».
Au lieu de légaliser le cannabis, souhaitent ces médecins, « le gouvernement devrait renforcer les programmes de prévention dans les écoles; les campagnes de sensibilisation communautaire ; les programmes d’intervention précoce ; le soutien aux familles ; les services de réhabilitation et de désintoxication ; les services de santé mentale et le contrôle des frontières et les opérations anti-trafic. Desann lor terin, al ver popilasion ! Ale zwenn dimounn lor koltar, dan zot kartie. Zordi problem la antie partou dan Moris. La donne a totalement changé. Nous n’avons pas des régions davantage frappées que d’autres. Toutes les régions – urbaines et rurales – sont infestées de drogues, surtout les Simik. »
Ces médecins estiment qu’une attention particulière devrait être accordée à la lutte contre le trafic de drogues synthétiques ; au renforcement du renseignement policier ; à la surveillance communautaire et aux programmes d’encadrement des jeunes. « Ces mesures ne sont pas onéreuses, donc pas impossibles à concrétiser », affirment-ils
« Eski kan legaliz gandia problem simik rezoud ? »
Par ailleurs, ces représentants du corps médical se demandent : « Eski legaliz gandia sel solision problem simik ? Kouma sa pou arive ? Eski kan legaliz gandia, problem simik pou rezoud ? À notre humble avis, les consommateurs de substances psychoactives – soit les drogues de synthèse – et ceux qui fument du gandia de manière récréative, ne peuvent être mis dans le même panier ! Il est clair que ceux qui prennent les Simik – tout comme ceux qui prennent des drogues – sont en quête de sensations fortes. Zot pe rode nisa. Tou dimounn konn sa. Par contre, le gandia ne procure rien de tout cela. »
Cela, avant de citer le fait que « nombre d’entre nous rencontrent, dans le cadre de notre travail, mais aussi comme simples citoyens, des toxicomanes actifs, ou leurs proches et parents. Quand nous évoquons la question de légalisation du gandia avec eux, surtout les usagers de drogues synthétiques, leur réponse est claire : Nou pe rod nisa. Simik donn nou sa nisa la. Me gandia pa donn nisa ! Gandia fer plane, fer reve. Pa sa ki nou pe rode . »
De plus, affirment ces médecins, « la légalisation du cannabis comporte des risques importants sur les plans sanitaire, psychologique, social et sécuritaire, en particulier pour les adolescents et les populations vulnérables.»
Bien que la hausse de la consommation de drogues synthétiques et d’héroïne constitue une préoccupation nationale majeure, « la légalisation du cannabis ne représente, à notre sens, pas une solution durable. Nous craignons, d’ailleurs, qu’une telle décision puisse, au contraire, contribuer à la banalisation et à l’expansion de la toxicomanie dans la société. »
En revanche, proposent-ils, « nos décideurs politiques gagneraient à privilégier une approche prudente et protectrice reposant sur la prévention ; l’éducation ; la réhabilitation ; un renforcement aux soutiens en santé mentale et une application rigoureuse de la loi. »
En guise de conclusion, ces professionnels laissent entendre : « La protection de la jeunesse, la préservation de la santé publique et le maintien de la stabilité sociale doivent demeurer les priorités fondamentales de la politique nationale en matière de drogues. »
Ces médecins souhaitent, d’ailleurs, que le gouvernement « maintienne l’interdiction du cannabis à usage récréatif; renforce l’éducation du public concernant les dangers des drogues ; développe les services de traitement et de réhabilitation ; intensifie la lutte contre les drogues synthétiques et les drogues dures ; renforce le soutien psychosocial aux adolescents et encourage les programmes de développement sain de la jeunesse. Une approche forte axée sur la prévention demeure plus sûre et plus adaptée au contexte mauricien que la légalisation. »
Dangers pour ados et jeunes adultes
Le cerveau continue de se développer jusqu’à environ l’âge de 25 ans. Pour ces scientifiques, « l’exposition au cannabis durant cette période critique peut affecter durablement le développement cérébral ; les capacités d’apprentissage ; la régulation émotionnelle ainsi que la capacité de prise de décision. La légalisation risque de banaliser la consommation du cannabis chez nos jeunes en créant l’impression que cette substance est sans danger ou socialement acceptable. »
Ils mettent en avant que « les expériences internationales démontrent que la légalisation est souvent suivie d’une augmentation de l’expérimentation chez les adolescents ; d’une initiation plus précoce aux drogues et d’une diminution de la perception du danger. » Notre pays, font-ils ressortir, « fait déjà face à des problèmes liés à l’absentéisme scolaire, à la délinquance juvénile et à la toxicomanie. La légalisation pourrait accentuer ces difficultés ! »
Il existe, sur le plan international, affirment-ils, « une perception erronée selon laquelle le cannabis serait une drogue douce, donc, sans danger. Les preuves scientifiques démontrent pourtant que le cannabis peut entraîner des effets néfastes importants, notamment chez les adolescents et les personnes vulnérables. La consommation de cannabis est associée à une altération de la mémoire et de la concentration ; une diminution des capacités cognitives ; un manque de motivation ; des troubles psychiatriques peuvent survenir ; une dépendance et une addiction émerger, provoquant de ce fait, de mauvais résultats scolaires ainsi qu’une augmentation de comportements à risque. »
La puissance des produits modernes à base de cannabis, alertent ces professionnels, est « de nos jours, beaucoup plus élevée qu’auparavant, augmentant ainsi les risques sanitaires et psychiatriques ».
En l’occurrence, retiennent-ils, « bien que ce sujet fasse encore débat dans certains milieux scientifiques, des préoccupations importantes subsistent concernant le rôle potentiel du cannabis comme drogue passerelle (gateway drug) vers des substances plus dangereuses. Les consommateurs de cannabis sont davantage susceptibles d’expérimenter des drogues synthétiques ; d’évoluer vers des substances plus dures et de développer une polytoxicomanie. Eski nounn pare pou sa ? »
Sur un plan purement médical, ajoutent ces médecins, la consommation de cannabis est associée à plusieurs troubles psychiatriques, notamment « les troubles anxieux ; la dépression ; les psychoses ; la schizophrénie chez les personnes prédisposées et les tendances suicidaires. L’usage fréquent de cannabis à forte teneur en THC augmente considérablement le risque d’épisodes psychotiques, particulièrement chez les adolescents et les jeunes adultes. »
Ils estiment que « Maurice dispose déjà de ressources limitées en matière de psychiatrie et de réhabilitation. La légalisation du gandia et les problèmes engendrés pourraient exercer une pression supplémentaire sur les services de santé mentale ; les services d’urgence et les systèmes d’aide sociale. Deza pe dir pei dan bez, lakes vid. Avec tous les problèmes sociaux que nous avons, devons-nous en ajouter ou plutôt les diminuer ? » Ces praticiens disent constater, de surcroît, que « ce n’est pas parce que le Premier ministre a déclaré que le budget de la NADC serait d’un milliard de roupies annuellement qu’il ne faut pas prendre en considération tous ces éléments… »

