« C’est une clique de non-élus qui a induit le Premier ministre en erreur à propos de la réforme du système de pension annoncée dans le dernier budget. » C’est ce qu’a déclaré le ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron, lors d’une conférence de presse tenue à la suite d’une rencontre avec les représentants d’une trentaine de formations syndicales.
Cette réunion a été convoquée, hier, après la décision du chef du gouvernement, Navin Ramgoolam, de geler le Means Test pour le versement de la pension de retraite.
Le ministre a affirmé que la rencontre avec les syndicalistes a permis d’aborder la nouvelle réforme du système de pension basée sur le ciblage. En prélude à cette réunion, une rencontre spéciale des différents partenaires de l’Alliance du Changement avait été convoquée avec les experts de la commission chargée de revoir le système de pension.
« Le Premier ministre est venu au Parlement annoncer que tout le système de Means Testing a été gelé. Cette mesure ne fera donc pas partie du budget, comme cela avait été annoncé vendredi dernier. Je tiens à remercier tous ceux qui ont fait des représentations sans pour autant descendre dans la rue », a déclaré le ministre.
Il a ajouté avoir également rencontré le Premier ministre au Parlement pour lui dire que sa décision requiert de la sagesse.
« Donc, il n’y aura pas de Means Testing. Nous avons aussi abordé avec les dirigeants syndicaux le deuxième volet de la réforme du système de pension. Il s’agit de la réintroduction du National Pensions Scheme et du National Pension Fund. Depuis 1978, un fonds avait été créé. Les employés et les employeurs y contribuaient. Ce fonds était utilisé pour assurer le paiement de la pension des travailleurs lorsqu’ils cessaient de travailler. Mais en septembre 2020, l’ancien régime a décidé de fermer ce fonds. Le nouveau gouvernement a décidé de le faire revivre. Le comité d’experts a recommandé de réorganiser le National Pension Scheme sous le National Pension Fund afin d’y inclure le Portable Retirement Gratuity Fund. Éventuellement, le National Savings Fund y sera également réintégré. Ce fonds avait été mis sur pied dans les années 1990 par l’ancien ministre des Finances, Rama Sithanen », a-t-il poursuivi.
Pour Ashok Subron, les discussions ont également porté sur un troisième volet. « Il y a aussi une proposition visant que tout changement touchant à la réforme soit discuté au-delà du Conseil des ministres, c’est-à-dire qu’il se fasse de manière démocratique. Nous avons abordé avec les syndicats la question de ce qui se passe à l’âge de 60 ans. Les syndicats vont maintenant évaluer quel est le meilleur système entre l’ancienne et la nouvelle formule, puisque le gouvernement a gelé le Means Testing. Il faudra désormais proposer des mesures pour compenser le manque à gagner dans le budget », indique-t-il.
« Une clique de non-élus »
« L’année dernière, malheureusement, la réforme du système de pension a été introduite dans le cadre du budget. Comme les mesures budgétaires sont gardées secrètes, moi, en tant que ministre, ainsi que mes collègues, n’étions pas au courant de ce qui y figurait. C’est pour cette raison que Rezistans ek Alternativ avait adressé une lettre à ses partenaires de l’Alliance du Changement pour faire valoir que cette question aurait dû être séparée du Budget. Malheureusement, je peux le dire aujourd’hui : il y a eu un groupe, voire une clique de non-élus, qui a induit le Premier ministre en erreur sur cette question. J’ai demandé à rencontrer le Premier ministre le 27 mai et nous nous sommes finalement rencontrés le 16 juin, quelques jours avant la présentation du Budget. Kugan et moi avons travaillé sur un document pour démontrer que cette réforme allait couper la pension à des personnes qui en bénéficient déjà. J’ai expliqué la situation au Premier ministre. À côté de moi se trouvait Gilbert Gnany et, à ma droite, le Financial Secretary. Je soutenais que certaines personnes allaient perdre leur pension, mais ils affirmaient le contraire », a fait ressortir le ministre.
« Le Premier ministre a alors convoqué le président de la commission d’experts, qui a lui aussi affirmé que tel ne serait pas le cas. Mais, au final, lorsque le budget a été présenté, tout le monde a compris qu’il s’agissait bien de supprimer la pension à certains pensionnés qui la perçoivent déjà. Nous avions averti le Premier ministre et, sur ce dossier, la sagesse a finalement prévalu », dit-il.
Il est revenu sur le point qu’après le vif débat suscité l’année dernière par la réforme du système de pension, une commission d’experts avait été mise sur pied. « J’ai en ma possession les Terms of Reference de cette commission. Les experts ont rencontré les membres du Steering Committee et ont présenté l’état d’avancement de leurs travaux. Les membres de ce comité sont le Premier ministre, le Deputy Prime Minister, le ministre de l’Agro-industrie, le ministre de la Sécurité sociale, le ministre du Travail, le ministre des Services financiers, le ministre de l’Industrie ainsi que le Junior Minister aux Finances. Nous avons posé des questions et ils étaient censés nous remettre un rapport intérimaire. Nous ne l’avons jamais reçu. Ce rapport intérimaire a été soumis directement au Premier ministre et ses recommandations se sont retrouvées dans le budget. Pour moi, ils ont induit le Premier ministre en erreur. Ce rapport aurait dû être soumis au Steering Committee afin d’être débattu. Malheureusement la balle est partie », a-t-il affirmé, ajoutant que lui et ses collègues ne sont pas toujours en présence de ce rapport intérimaire.
À l’heure des questions
Q : Qui sont ces non-élus qui ont induit le Premier ministre en erreur ?
R : Ce sont des personnes qui lui ont fourni des informations, des statistiques et des propositions. Je n’ai pas envie de citer des noms. Ce sont des non-élus, parmi lesquels figurent des représentants du comité d’experts.
Q : Existe-t-il un gouvernement dans le gouvernement ?
R : Non. Je dis simplement qu’il y a, parmi les membres du comité d’experts et d’autres non-élus, des techniciens qui font leur travail. Mais, selon moi, ils ont mal conseillé le Premier ministre. C’est pour cela que je l’ai rencontré. Il y avait trois personnes à mes côtés lors de cette rencontre.
Q : Ne pensez-vous pas qu’il faudrait sanctionner ceux qui ont induit le Premier ministre en erreur ?
R : Le plus important, c’est la sagesse démontrée par Navin Ramgoolam. Sa compassion pour le peuple a prévalu. Ce n’est pas à moi de dire au Premier ministre ce qu’il doit faire.
Q : Quelle est la position de Rezistans ek Alternativ à la suite de l’annonce faite dans le budget ?
R : Les membres de Rezistans ek Alternativ se sont réunis et toutes les options étaient ouvertes.
Q : Même la possibilité de quitter le gouvernement ?
R : Oui, mais cette possibilité n’est plus d’actualité. Rezistans ek Alternativ se bat pour le pays, le peuple, les pensionnés et la classe ouvrière. Tous les camarades du MMM et du PTr sont sur la même longueur d’onde.

