Le recul du gouvernement au sujet de l’introduction du Means Test pour la pension de retraite continue de susciter de vives réactions. Entre satisfaction prudente et appel à l’abandon total des réformes touchant à la Basic Retirement Pension (BRP), plusieurs acteurs politiques et sociaux estiment que la mobilisation populaire a contraint les autorités à revoir leur copie. Patrick Belcourt, Haniff Peerun et Dave Kissoondoyal saluent la pression exercée par la population, tout en réclamant davantage de consultations, de transparence et le respect du caractère universel de la pension de vieillesse.
Patrick Belcourt (En Avant Moris)
« On traite les Mauriciens comme
des cobayes de laboratoire »
« Bravo au peuple mauricien, bravo à tous les Mauriciens. Que constatons-nous aujourd’hui ? On traite les Mauriciens comme des cobayes de laboratoire. On essaie de leur faire avaler toutes sortes de mesures et de tester jusqu’où ils peuvent accepter certaines décisions.
« Mais, une fois de plus, les Mauriciens ont démontré que, même s’il existe des « yes men » dans les partis politiques et que certains ministres et députés au Parlement continuent d’accepter sans broncher toutes sortes de décisions, le peuple, lui, saura dire non. Dans la rue, nous ferons respecter nos droits.
« Il est donc important que les Mauriciens tirent les leçons de ce qui se passe actuellement. Nous avons vu la confusion entourant certaines nominations. Des millions de roupies ont été dépensées et des personnes démissionnent les unes après les autres.
« Concernant le budget, nous constatons également que des technocrates travaillent depuis des mois sur des projets qui ne tiennent finalement pas la route. Ils sont aujourd’hui contraints de faire machine arrière.
« Encore une fois, nous voyons que certains élus au Parlement restent silencieux et ne sont pas capables de défendre véritablement les intérêts du peuple. C’est pourquoi il est essentiel que les Mauriciens continuent à faire entendre leur voix sur les réseaux sociaux et dans la rue afin que leurs droits soient respectés. Une fois de plus, bravo à tous les Mauriciens. »
Haniff Peerun (MLC)
« Le gouvernement a finalement entendu la voix du peuple »
« Dès le premier jour de la présentation du budget, le Mauritius Labour Congress (MLC) a été parmi les premiers à dénoncer avec fermeté la réforme de la pension annoncée dans le discours budgétaire. Nous avions averti le gouvernement, et particulièrement le Premier ministre, des conséquences sociales et politiques d’une telle décision. Aujourd’hui, le gel de cette réforme démontre clairement que la colère populaire ne pouvait être ignorée. « Nous prenons acte de cette décision. Cependant, elle ne règle pas le problème de fond. Elle soulève au contraire plusieurs interrogations légitimes. Comme disent les Anglais : « What next ? » « Le gouvernement compte-t-il mettre sur pied un nouveau comité d’experts pour revoir sa copie ? Va-t-il revenir à la formule précédente en attendant une nouvelle proposition ? Ou assiste-t-on simplement à un report d’une autre réforme qui reviendra sous une autre forme dans quelque temps ? « Le MLC est catégorique : aucune réforme touchant un acquis social aussi important que la pension universelle ne peut être décidée sans consultation préalable. La société civile, les syndicats, les organisations concernées et les citoyens doivent être associés à toute réflexion sur l’avenir du système de pension. « Le gouvernement doit se rappeler qu’il tient son mandat du peuple et qu’il a le devoir de gouverner dans l’intérêt de la population.
Lorsque les citoyens expriment massivement leur désaccord, il est du devoir des dirigeants de les écouter plutôt que de leur imposer des décisions prises sans consensus. « La pension universelle est un acquis historique introduit par le parti Travailliste. L’histoire jugera ce même parti Travailliste sévèrement qui aura tenté de l’affaiblir ou de la remettre en question sans consultation et sans l’adhésion du peuple. « Plus préoccupant encore, il apparaît que cette réforme n’a pas seulement été rejetée par la population.
De nombreux députés, ministres et partenaires de l’Alliance du Changement semblent également ne pas avoir été consultés avant son annonce. « La rue a parlé. Le peuple a envoyé un message clair et fort au gouvernement. Ce signal ne doit pas être minimisé. Il doit au contraire servir de leçon à tous ceux qui pensent qu’il est possible de toucher aux acquis sociaux sans dialogue ni concertation. « Dans l’attente des résultats concrets et positifs, le MLC demeure mobilisé. Nous continuerons à défendre les droits des travailleurs, les citoyens, la justice sociale, l’égalité, la transparence et l’équité, tout en restant vigilants face à toute tentative de remettre en cause les acquis fondamentaux de la population. »
Dave Kissoondoyal (STOP – San Tous Ou Pension)
« Le gel du ciblage ne suffit pas »
« La décision annoncée par le Premier ministre de geler le projet de ciblage de la Pension de retraite de base Basic Retirement Pension constitue un aveu clair que le gouvernement a sous-estimé les conséquences sociales de sa propre réforme.
« Toutefois, le gel d’une seule mesure ne règle pas le problème fondamental. L’année dernière, le gouvernement a décidé unilatéralement de relever l’âge d’éligibilité à la pension de base de 60 à 65 ans. Cette année, il a tenté d’introduire un système de ciblage fondé sur les revenus et les moyens financiers. Aucune de ces réformes majeures n’a été présentée au peuple mauricien durant la campagne électorale, ni ne figurait dans le programme électoral du gouvernement.
« Cela soulève une question simple mais fondamentale : si le ciblage peut être abandonné parce que la population le rejette, pourquoi l’augmentation de l’âge de la retraite de 60 à 65 ans ne serait-elle pas également retirée ?
« La pension n’est pas simplement une ligne budgétaire parmi d’autres. Elle représente un contrat social entre l’État et ses citoyens. Pendant des décennies, les Mauriciens ont organisé leur vie professionnelle, leurs projets de retraite et leurs responsabilités familiales en partant du principe légitime que ce droit universel serait respecté. Malheureusement, le gouvernement a traité cette question comme un simple exercice comptable. Les budgets sont composés de chiffres, mais les nations sont bâties autour des êtres humains. Le facteur humain ne peut être réduit à des tableaux Excel et à des projections budgétaires.
« Le gouvernement avait pourtant mis en place une commission sur la réforme des pensions. Cette commission aurait dû constituer le cadre d’une consultation approfondie, d’analyses fondées sur des données probantes et d’un véritable dialogue social avant l’annonce de toute réforme majeure.
« Au lieu de cela, le pays s’est retrouvé confronté à des décisions de grande portée concernant les pensions alors que la commission n’avait pas encore achevé ses travaux et avant que les Mauriciens n’aient été véritablement consultés. Il n’est donc pas surprenant que confusion, inquiétude et méfiance du public aient suivi.
« Plus préoccupante encore est la perception que le système universel de pension est progressivement démantelé. D’abord, l’âge d’éligibilité est repoussé de 60 à 65 ans. Ensuite, l’accès à la pension devient conditionnel à un test de revenus. Les Mauriciens se demandent désormais, à juste titre, quelle sera la prochaine restriction.
« Pourtant, il existe de meilleures alternatives. Au lieu de s’attaquer continuellement aux pensions, le gouvernement devrait se concentrer sur la création de nouvelles sources de richesse nationale durable. Maurice dispose de l’une des plus vastes Zones économiques exclusives de la région, offrant d’immenses opportunités à travers l’économie bleue, les industries marines, les énergies renouvelables offshore et la valorisation des ressources océaniques. Associés à une croissance économique plus soutenue et à une gestion plus efficace des ressources publiques, ces secteurs peuvent assurer un financement durable de la protection sociale sans affaiblir l’une des plus grandes réalisations du pays.
« Le message de la population est désormais sans équivoque. Le gouvernement devrait abandonner toutes les réformes qui remettent en cause le caractère universel de la Pension de retraite de base et s’engager publiquement à ne pas revenir sur cette question durant son mandat.
« S’il estime sincèrement que ces réformes sont inévitables, alors l’intégrité démocratique exige qu’il retourne devant les électeurs avec un nouveau programme électoral exposant clairement les réformes des pensions qu’il propose et qu’il sollicite un nouveau mandat du peuple mauricien.
« La pension de retraite n’est pas un privilège. Elle constitue l’un des piliers du modèle social mauricien, une reconnaissance de toute une vie de contribution à la société et un symbole de solidarité entre les générations. Elle ne devrait pas être affaiblie sans le consentement explicite du peuple. »

