Paul Bérenger, Fron Militan Progresis : « Le budget est une double occasion manquée »

La réforme des pensions demeure, aux yeux de Paul Bérenger, ancien Deputy Prime Minister, le symbole des incohérences qui marquent le budget 2026-27. Lors de son intervention, il estime que le gouvernement a créé « une confusion totale » autour d’un dossier qui touche directement des milliers de Mauriciens.
Selon lui, l’exécutif n’aurait jamais dû annoncer une réforme avant la publication du rapport final de la commission d’experts chargée d’étudier l’avenir du système de retraite. « Il faut tout reprendre », a-t-il insisté, plaidant pour une véritable concertation avec les personnes concernées, les syndicats et l’ensemble des partenaires sociaux.
Paul Bérenger estime que les futurs retraités, notamment ceux âgés entre 60 et 65 ans, demeurent dans l’incertitude la plus complète. Il réclame des explications précises sur le remplacement du mécanisme d’Income Support, sur les prestations auxquelles ils auront droit ainsi que sur le fonctionnement futur du National Pensions Fund (NPF). « Les pensionnés ont droit à la clarté, pas à la confusion », fait-il ressortir
Au-delà du dossier des retraites, Paul Bérenger considère que le budget présenté vendredi dernier constitue « une double occasion ratée ». Alors que plusieurs ministres affirmaient ces derniers jours que les finances publiques offrent désormais une marge de manœuvre supérieure à celle de l’an dernier, il estime que cette amélioration aurait dû permettre au gouvernement de poursuivre deux objectifs simultanément : combattre efficacement l’inflation et relancer durablement l’économie.
À ses yeux, aucun de ces deux objectifs ne sera atteint. « L’inflation continuera de progresser tandis que la croissance économique restera insuffisante », a-t-il averti, évoquant le risque de voir Maurice basculer dans une situation de Stagflation, combinant hausse persistante des prix et ralentissement de l’économie.
S’appuyant sur les prévisions de la Banque de Maurice, Paul Bérenger note que l’inflation pourrait atteindre 5,5% en 2026, voire dépasser les 6% en fonction de l’évolution du conflit au Moyen-Orient. Il souligne que cette hausse des prix constitue « la taxe la plus injuste », frappant en priorité les ménages les plus modestes.
Paul Bérenger juge dès lors très insuffisantes les mesures prévues dans le budget pour contenir cette inflation. D’après lui, la marge financière retrouvée aurait permis d’alléger les nombreuses taxes qui continuent de peser sur l’essence et le diesel et qui se répercutent sur l’ensemble des prix. Il plaide également pour un renforcement de la législation sur les monopoles et les cartels afin de mieux lutter contre les abus de certains importateurs. La Competition Commission devrait, selon lui, disposer de pouvoirs beaucoup plus étendus, tandis que le Price Stabilisation Fund devrait être utilisé de manière plus efficace. Il s’inquiète également de la dépréciation de la roupie, évaluée à environ 3% depuis le début de l’année, « un facteur qui contribue directement à alimenter les tensions inflationnistes. »
Sur le plan économique, Paul Bérenger estime que les perspectives demeurent préoccupantes. Les prévisions de croissance de la Banque de Maurice et du FMI, autour de 2,8% pour 2026, lui paraissent insuffisantes pour remettre le pays sur une trajectoire de développement soutenu. Il a dit regretter que le budget d’investissement reste inférieur à 5% des dépenses publiques totales, et souligné que les investissements privés, qui représentent près de 80% de l’investissement national, sont orientés « à la baisse » après un recul enregistré en 2025.
Tout en reconnaissant le potentiel de l’intelligence artificielle, il estime que le gouvernement n’accorde pas suffisamment d’attention aux conséquences que cette transformation pourrait avoir sur l’emploi dans plusieurs secteurs d’activités.
L’ancien Deputy Prime Minister s’est également montré critique contre les orientations retenues pour l’économie bleue. Si le budget évoque le potentiel du secteur, il considère que les mesures proposées restent « largement insuffisantes et se limitent essentiellement à des simplifications administratives pour les permis ». Il regrette notamment l’absence d’une stratégie ambitieuse en matière de biotechnologies marines.
Il a aussi attiré l’attention sur deux infrastructures qu’il juge stratégiques : l’approvisionnement en électricité et le port. D’après lui, malgré les efforts consentis dans les énergies renouvelables, le risque de pénuries d’électricité demeure réel. Concernant le port, il estime que certaines erreurs stratégiques pourraient coûter très cher à l’économie mauricienne dans les années à venir.
Le tourisme, les services financiers et la sécurité alimentaire figurent également parmi les secteurs où, selon lui, le budget manque d’ambition. Il considère que les mesures annoncées ne sont pas à la hauteur des défis auxquels le pays est confronté.
En conclusion, Paul Bérenger a élargi son propos à la gouvernance du pays. Selon lui, les difficultés actuelles dépassent largement le seul cadre budgétaire et traduisent un problème plus profond de pilotage de l’économie. Il a affirmé qu’il appartiendra à un futur Full-Fledged Minister of Finance exerçant de relancer durablement l’économie dans un souci de justice sociale. Il estime également qu’un prochain Premier ministre devra engager un véritable redressement du pays, de son économie, de son système de retraite et de sa gouvernance.

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