Faits et effets — Une question de méthode

Le Premier ministre a dû battre en retraite, sans jeu de mots, après le tollé provoqué par le SAP introduit unilatéralement dans le budget 2026/2027 et qui avait sapé le moral des milliers de pensionnaires. Il n’avait plus trop le choix, étant donné le mécontentement populaire qui avait fini par convaincre même les plus chauds applaudisseurs du budget aussitôt sa présentation, qu’ils faisaient fausse route et que la pilule de la pension, resservie sous une forme encore plus radicale que celle de l’année dernière, était très difficile à avaler.
En prenant fait et cause pour les experts qui ont soumis un rapport intérimaire, Navin Ramgoolam a pris l’entière responsabilité de la décision qui a fâché une grande partie de la population. Sur ce point, il a néanmoins raison. Les experts qui siègent à ce comité, dont certains moins visibles, médiatiques ou opportunistes et gourmands, sont connus pour être de bons techniciens. Ils ont fait le job mais la décision politique, le feu vert donné pour son application est revenu au décideur en chef, le Premier ministre.
C’est à ce titre que le ministre de la Sécurité Sociale, trop lâche pour s’en prendre frontalement à Navin Ramgoolam, a préféré viser une « clique ». C’est tellement plus commode. Cet épisode de la pension a révélé, encore une fois, une question de méthode.
On sait, sur la base de l’exercice de ses mandats passés, que le leader du PTr, privilégie une notion très personnalisée du pouvoir. « Je suis le Premier ministre, je décide. » Sans discuter avec ses collègues ministres et, Paul Bérenger parti, il n’y a pas beaucoup de membres du gouvernement pour lesquels il a un grand respect ou en qui il a une confiance aveugle, lui le méfiant intrinsèque.
Et ce ne sont pas les nouveaux paillassons de luxe, plus travaillistes que les rouges pur sang eux-mêmes, qui se manifestent dans les rangs d’un MMM défiguré qui contribueront à changer la donne. Le champ est désormais totalement libre pour le PM, et il peut trancher à sa guise. En consultant probablement juste ceux qui aujourd’hui constituent une réplique de la cuisine du MSM.
La République de Maurice n’est même pas la monarchie britannique, où faire partir un chef de gouvernement est devenu un geste ordinaire, les parlementaires de sa majesté n’étant pas adeptes du suicide politique, ni des faussaires qui, une fois élus, peuvent s’asseoir allègrement sur leurs promesses mirobolantes, et ni sont-ils encore moins des suiveurs aveugles et sourds.
La réforme de la pension est une question qui est sur la table depuis pratiquement trois décennies et, à chaque tentative de rationalisation pour assurer sa pérennité, il y a eu contestation, surenchère et démagogie. Si la réforme est impérative, ce n’est pas en se réveillant un matin et en imposant une formule dans laquelle plus personne ne se retrouve, qu’elle se matérialisera.
Comité d’experts, oui, rapport intérimaire, certainement, mais la soumission du document à un Select Committee de l’Assemblée Nationale qui aurait entendu les réactions des principaux concernés avant une décision qui satisfasse et rassure aurait été la meilleure méthode pour essayer de trouver un consensus et sortir d’une impasse persistante. La pension est un sujet trop sensible pour les laisser entre les seuls mains d’experts ou d’une seule personne, fut-elle le Primus inter pares.
Tant que ce genre de méthode, qui n’a pas marché en 2004 et qui bute sur de fortes résistances aujourd’hui, sera utilisé, ce sera l’échec assuré. Si tous les politiques veulent vraiment sauver le système, ils doivent arrêter ce langage démagogique qui garantit des dividendes électoraux mais qui hypothèque l’avenir de ceux qui, aujourd’hui, travaillent.
Les contours du prochain système sont encore flous, le National Pension and Provident Fund provoque des débats et des appréhensions qu’il est nécessaire de dissiper au plus vite. Dans son résumé des débats, avant-hier, Navin Ramgoolam a donné quelques pistes pour combler le manque à gagner que représentera l’abandon de son SAP en son état actuel. Il n’est pas trop tard pour rechercher un accord de toutes les parties et creuser les pistes pour dynamiser les revenus et promettre une juste retraite pour tous.
Ce budget qui a cristallisé un ressentiment profond sur la pension nouvelle formule a quand même permis de grandes découvertes. Entre ceux qui n’ont qu’une seule boussole, celle de se faire bien voir du chef et ceux qui ont pris le parti de s’affranchir des logiques d’appareil, il y a un fossé qui se creuse.
Certains élus ont confondu Parlement et caisse de savon en ne consacrant leur intervention qu’à faire et à refaire le procès du MSM. C’est probablement la réapparition de Pravind Jugnauth qui faisait le tour des cocktails, avant de s’adresser directement à la presse, qui a réveillé les instincts belliqueux de ses adversaires.
Oui, le MSM a pratiquement tout mal géré durant son long règne d’une décennie et rappeler leurs méfaits n’est pas superflu, encore qu’il ne faille pas abuser et tenter ainsi de masquer les failles, déjà trop nombreuses, du nouveau pouvoir.
Certains, se croyant plus fins, à l’instar du ministre du Logement, Sakeel Mohamed, malmené et ridiculisé par Roshi Bhadain sur une radio, juste après la présentation du budget, a allumé un contrefeu pour déplacer le débat encore vif sur la pension sur le terrain des Pas Géométriques et de l’accès aux plages. Malheureusement, si son sujet a occupé quelques espaces sur la toile, la pension a vite repris ses droits.
D’autres ont eu plus de courage. On ne parlera pas des back benchers frustrés qui avaient espéré obtenir un maroquin et qui ne ratent pas une occasion pour se démarquer, dont ceux qui trouvent normal d’obtenir un passe-droit à l’hôpital pour un proche, mais des voix qui sonnent vrai et sincère comme celle du Junior Minister au Tourisme, Sydney Pierre qui a, sans doute, livré l’intervention la plus remarquée de la semaine écoulée.
Lorsqu’un élu de la majorité livre librement sa pensée et qu’il va jusqu’à dire qu’il ne verrait pas cela comme un problème que de passer de l’autre côté, cela traduit un ressenti. Et cela en dit long…

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