Réforme du système de pension – Reeaz Chuttoo : « Le Finance Bill déterminant contre la SAP »

Clency Bibi : « Si le GM ne mesure pas aujourd’hui l’ampleur de la colère exprimée dans la rue, il paiera l’addition le moment venu »

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« La sentence de ce gouvernement est déjà prononcée par le peuple s’il ne revient pas à de meilleurs sentiments concernant son intention d’introduire la State Age Pension (SAP). » C’est en ces termes que le président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), Reeaz Chuttoo, s’est exprimé, hier, lors d’une conférence de presse de la Platform Komin Syndikal consacrée au bilan de la manifestation pacifique organisée, samedi dernier, dans les rues de Port-Louis. Il a tenu à préciser qu’il ne fait pas de politique. Pour lui, la mobilisation populaire a constitué « un vote massif et unanime » en faveur du déclenchement d’une grève générale, reflet de la colère grandissante de la population.
« Nous avons affaire à un gouvernement récidiviste. Il persiste à imposer des réformes impopulaires, notamment une réforme qui pénalise à vie toute personne optant pour la State Age Pension à 60 ans en raison du mécanisme de compensation. Le peuple sait que sat bwar dilo so enn sel fwa. C’est pourquoi la plateforme accueille favorablement ce vote. Il est rare, dans l’histoire du pays, de voir un vote aussi unanime réunissant personnes âgées, jeunes et travailleurs », a-t-il soutenu.
Avant de passer à l’action, la Platform Komin Syndikal entend toutefois attendre la publication du Finance Bill pour définir sa stratégie. « Nous sommes en mode attente. Dès que le Finance Bill sera publié, nous déciderons de la marche à suivre. Nous verrons si le gouvernement a compris le message. Nous ne sommes pas intéressés par des calculs mathématiques ou des débats techniques. Le message est clair : ne touchez pas à la pension universelle. Si le gouvernement estime que les plus riches ne devraient pas bénéficier de cette pension, il existe d’autres moyens d’y parvenir sans humilier les citoyens. La logique du gouvernement est simple : plaire au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale. C’est ce que nous appelons un Barbaric Capitalism », poursuit Reeaz Chuttoo.

Le président de la CTSP a également fait comprendre que la Basic Retirement Pension est financée à partir du Consolidated Fund, dont les recettes, d’après lui, progressent de plus de 10% par an, notamment grâce à la contribution des travailleurs étrangers à travers la Taxe à la Valeur Ajoutée (TVA). « Le gouvernement semble souffrir du syndrome de l’Acute Incapacity lorsqu’il s’agit de renflouer les caisses de l’État par la croissance. Zot pe ras manze dan lasiet bann mizerab », s’insurge-t-il.

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Pour sa part, le président de la Confederation of Independent Trade Unions, Radhakrishna Sadien, a fait ressortir que les manifestants étaient venus par leurs propres moyens, sans aucune contrepartie. « Cette foule était enthousiaste malgré un soleil de plomb. Jeunes et moins jeunes sont descendus dans la rue parce qu’ils souffrent de cette réforme des pensions. Après une première résistance, le gouvernement a retiré le Means Test ainsi que le National Pension and Provident Fund du Finance Bill. Pourtant, les mêmes députés avaient applaudi lorsque le budget 2026-27 avait été présenté », a-t-il déclaré.

Le syndicaliste a également mis en garde contre une autre réforme annoncée dans le budget. « La fonction publique et les organismes parapublics ne seront pas épargnés. Une réforme de leur régime de pension est également prévue », a-t-il averti.

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Quant au président de la General Workers Federation, Clency Bibi, il a laissé entendre que le gouvernement sous-estime la colère populaire. « Si le gouvernement ne mesure pas aujourd’hui l’ampleur de la colère exprimée dans les rues de Port-Louis, il paiera l’addition le moment venu. La foule présente, samedi, était représentative de toute la société mauricienne », a-t-il affirmé. Pour lui, les jeunes étaient tout aussi concernés que les retraités. « Ils savent qu’ils seront les premières victimes de cette réforme à l’avenir. Ils sont également descendus dans la rue parce que cette réforme de la BRP ne figurait pas dans le manifeste électoral de l’Alliance du Changement. De plus, le dernier budget ne favorise ni la croissance ni la création d’emplois. La population souffre de la hausse des prix, du carburant et des tarifs d’électricité. Les promesses électorales n’ont pas été respectées », a-t-il ajouté.

La secrétaire générale de la CTSP, Jane Ragoo, a vivement réagi aux déclarations du Premier ministre, Navin Ramgoolam, selon lesquelles la population « ne comprend pas » la réforme. « Vous utilisez des mots qui vous condamnent. C’est vous qui pratiquez la politique de l’autruche, en refusant de voir ce qui se passe autour de vous. La population vous a accordé un mandat de cinq ans avec un score historique de 60-0 pour un changement positif, pas pour un recul. Ki ou pe fer ? Ou finn tourn ledo ar nou ? Ou finn anter ou latet dan disab. Ou pa tann nanye, ou pa trouve, ou pa santi soufrans lepep » déclare Jane Ragoo, réitérant la revendication d’une pension universelle versée à tous, sans discrimination ni condition.

Pour sa part, le président de la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions, Deepak Benydin, a annoncé que les dirigeants syndicaux poursuivront leur campagne de mobilisation à travers le pays. « Dans les jours à venir, nous serons sur le terrain afin de poursuivre la mobilisation et préparer une action syndicale d’envergure. Nous devons remporter cette bataille pour le rétablissement de la pension universelle. La manifestation de samedi dernier était un sok samachar », a-t-il dit.

De son côté, le président de la National Trade Union Confederation (NTUC), Narendranath Gopee, a remercié la population pour son soutien à la Platform Komin Syndikal. « Cette mobilisation nous donne encore plus de courage pour poursuivre le combat que nous avons engagé. La manifestation a connu un succès au-delà de nos attentes. Elle a traduit la colère de la classe laborieuse ainsi que celle de la population en général », a-t-il avancé.

Le président de la Fédération des travailleurs unis, Atma Shanto, a indiqué que les dirigeants de la plateforme ont procédé à une analyse approfondie de la manifestation de samedi dernier. « Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu une telle foule. Le militantisme syndical reprend de la vigueur et la colère généralisée qui règne dans le pays demeure intacte. La mobilisation se poursuit sur les lieux de travail, et nous ne nous laisserons pas intimider par les propos tenus par le Premier ministre à La-Tour-Koenig et à Triolet », estime-t-il.

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