Justice et vérité | KRAK et ICJM — Conférence internationale sur la justice réparatrice en août

Catalyser l’implémentation institutionnelle des conclusions de la Commission Justice et Vérité (CJV), notamment à travers la restitution des terres, les excuses formelles de l’État ainsi que les réformes institutionnelles et électorales nécessaires pour garantir une véritable réconciliation nationale. Tel est l’objectif de la première conférence internationale sur la justice réparatrice prévue les 1er et le 2 août prochain au collège BPS, à Beau-Bassin. Les grandes lignes de cette initiative ont été dévoilées, mercredi à l’Institut Cardinal Jean Margéot (ICJM), à Rose-Hill, par le Kolektif Reparasyon Avansman Kreol.

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Placée sous le thème « Histoire corrective et réparations : restaurer la vérité, préserver la mémoire et réclamer la dignité », cette rencontre ambitionne de transformer les recommandations de la CJV en mesures concrètes. L’événement est porté par le Kolektif Reparasyon Avansman Kreol (KRAK), en collaboration avec l’Institut Cardinal Jean Margéot (ICJM). Il réunira près d’une centaine de participants issus de Maurice, de l’océan Indien, d’Afrique, des Caraïbes et d’Europe. Juristes, historiens, défenseurs des droits humains, universitaires, responsables politiques, jeunes leaders et représentants de la société civile échangeront autour des grands enjeux de la justice réparatrice.

Pour Me José Moirt, membre exécutif du KRAK, cette conférence marque un tournant. « Il faut toutefois bien préciser l’équité structurelle. L’équité n’est pas la même chose que l’égalité », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse tenue. Pour lui, la notion d’équité structurelle va bien au-delà d’un traitement identique pour tous.

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« L’équité structurelle reconnaît le fait que certaines personnes (ou un certain groupe de personnes) font face à des obstacles historiques, sociaux et économiques. L’équité structurelle cherche à corriger ces désavantages à la source. La communauté dite Pep Kreol Morisien, qui constitue 30 % de la population nationale, continue de faire face à d’importantes disparités économiques, à une marginalisation culturelle et à une surreprésentation de plus de 60 % au sein de la population carcérale nationale. Cette première conférence internationale vise à catalyser l’implémentation institutionnelle des conclusions de la Commission Justice et Vérité (CJV), notamment la restitution des terres, ainsi que les réformes institutionnelles et électorales nécessaires pour garantir la réconciliation nationale, entre autres », avance-t-il.

Les travaux de la conférence seront articulés autour de trois axes stratégiques. Le premier pilier, « Restaurer la vérité », sera consacré à l’histoire corrective et à la réparation des préjudices, notamment ceux subis par les femmes réduites en esclavage. Les discussions porteront également sur la valorisation de la résistance des Marrons et sur une meilleure connaissance de la traite négrière dans l’océan Indien.

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Le deuxième pilier, « Préserver la mémoire », mettra l’accent sur le patrimoine culturel et l’éducation. Les organisateurs souhaitent notamment promouvoir une meilleure intégration de l’histoire de l’océan Indien dans le cursus scolaire, en langue kreol morisien, tout en plaidant pour l’institutionnalisation d’une Journée nationale de la vérité et de la réconciliation célébrée le 1er février.

Le troisième pilier, « Réclamer la dignité », abordera les réparations sous leurs dimensions institutionnelle, juridique et intersectionnelle.

À ce sujet, Me José Moirt a annoncé qu’une proposition légale sera élaborée pour la création d’une Commission nationale des réparations statutaire auprès de l’État mauricien. « Le pilier 3 prévoit l’élaboration d’une proposition légale pour la création d’une Commission nationale des réparations statutaire auprès de l’État mauricien sur le modèle déjà en vigueur aux Caraïbes », a-t-il expliqué.

La conférence internationale s’inscrira dans le prolongement du Cadre mondial d’Accra 2026 sur la justice réparatrice ainsi que de la résolution A/RES/80/250 de l’Assemblée générale des Nations unies. L’objectif affiché est clair : faire de Maurice un acteur régional incontournable sur les questions de justice réparatrice. Les travaux déboucheront sur la signature de la Déclaration d’Accra-Le Morne pour la justice réparatrice, également présentée comme le Manifeste de l’océan Indien.

Ce document entend porter plusieurs revendications majeures, parmi lesquelles des excuses formelles des anciennes puissances coloniales européennes, des compensations financières destinées à soutenir la recherche sur certaines maladies chroniques comme le diabète et l’hypertension, la reconnaissance de la parité entre le travail des esclaves et celui des engagés, des réformes constitutionnelles et électorales ainsi que la création d’un fonds régional de réparation climatique.

La conférence internationale constituera le point culminant d’une Semaine des réparations, organisée entre le 31 juillet et le 5 août. Le premier rendez-vous sera consacré au lancement officiel de la Sir Henry Barkly Foundation, au Sant Zenes Barkly. Cette cérémonie marquera également la visite de la Dre Alison Dow, historienne publique britannique et descendante de Sir Henry Barkly, ancien gouverneur de Maurice entre 1863 et 1870. Le second temps fort est prévu le 5 août avec le lancement du concept de Heritage Tourism, un modèle de tourisme patrimonial et mémoriel.

Cette initiative entend replacer les communautés locales au cœur de leur propre récit historique, tout en utilisant le patrimoine comme moteur de développement économique durable et de justice réparatrice.

Pour José Moirt, quinze années se sont écoulées depuis la publication du rapport de la Commission Justice et Vérité sans que les principales recommandations aient connu une mise en œuvre significative. À travers cette conférence internationale, le collectif KRAK et l’ICJM souhaitent ouvrir une nouvelle étape, où les discussions académiques laisseraient progressivement place à des mécanismes institutionnels concrets. Les organisateurs estiment que les réparations ne sauraient se limiter à une reconnaissance symbolique du passé. Elles doivent également prendre la forme de politiques publiques capables de corriger durablement les inégalités héritées de l’histoire.

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