HOMMAGE : Idris Lallmahomed, la voix d’or du Qawwali, s’est éteint

Le 6 mai, il figurait aux côtés d’une douzaine d’autres talents mauriciens et recevait pour ses 63 ans de carrière musicale, la Artist Excellence and Lifetime Achievement Awards 2025. Le ministère de la Culture honorait les parcours de quelques artistes locaux qui se sont distingués, à l’instar de Ras Natty Baby – décédé peu de temps avant.

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Également à l’honneur, aux côtés d’Idris Lallmahomed, ce soir-là, au théâtre Serge-Constantin, à Vacoas, étaient célébrés Amarnath Hosany, Nathacha Appanah, Nikhil and the Gang, The Select Singers, Brahms Mahadea et Yves David. Ce samedi 18 juillet, Idris Lallmahomed, figure emblématique de la scène musicale locale, apprécié et célébré pour sa carrière en tant qu’interprète de Qawwali et de ghazals, s’en est allé. Il avait 80 ans.

Idris Lallmahomed, c’étaient les belles années où son timbre de voix si particulier égrenait, dans un ourdou empli de douceur et de puissance, selon le style, ghazal ou qawwali, dans les tympans des mélomanes mauriciens.

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Issu d’une famille de Stanley, bijoutier de profession, l’homme avait forgé sa place dans la constellation des grands artistes incontournables de notre île, par la force de ses cordes vocales, une maîtrise parfaite de ses instruments et une passion sans bornes pour les poésies en ourdou. Ce qui lui avait valu le titre de la voix d’or du pays…

Parmi les nombreuses autres distinctions à son palmarès, l’on retient celle de février 2024. Le Dr Ibrahim Alladin rendait un hommage mérité à Idris Lallmahomed par le biais de son ouvrage, “The Golden Voice of Mauritius”. En 2006, Idris Lallmahomed se vit décerner le titre de citoyen d’honneur de Beau-Bassin/Rose-Hill.

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Idris Lallmahomed déclarait dans ses entrevues aux médias qu’il devait sa carrière de musicien et chanteur de qawwali et de ghazal à son père. Celui-ci l’encourageait dès ses jeunes années, racontait Idris, à apprendre à maîtriser l’ourdou.

Ainsi, à 13 ans, il fréquentait assidûment les “gamaat” de l’époque ! Et deux ans plus tard, les meilleurs chanteurs de l’époque le connaissaient déjà.

La voie vers le succès s’ouvre avec des accents très symboliques pour Idris Lallmahomed. En effet, le 12 mars 1968, alors que le quadricolore se hissait pour la première fois, et que résonnait l’hymne national, le statut de pays indépendant était aussi célébré au son du qawwali, interprété par Idris Lallmahomed et sa troupe ! Se souvenant de ce moment inoubliable, il confiait que « li ti enn moman intans »

Peu de temps après, le chanteur et ses complices font partie de la délégation officielle accompagnant sir Seewoosagur Ramgoolam lors de sa participation au sommet de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine). De là démarre la grande aventure pour Idris et ses sept frères. Le temps passant, des neveux, dont le plus connu actuellement est Bilal Lallmahomed, ont pris le relais.

Les années de gloire d’Idris et ses frères Lallmahomed les amènent à se produire dans la région, notamment à La-Réunion, à Madagascar, en Afrique du Sud et en Inde.

À la ville, entre ses tournées et ses récitals, Idris Lallmahomed se concentre sur sa profession de bijoutier. Il lui faut payer les factures, puisque la passion pour le qawwali et le ghazal a beau séduire des publics, ici et ailleurs, mais elle ne nourrit pas son homme.
Il avait ouvert sa bijouterie, Oranor, qui avait pignon sur rue dans le quartier de la gare Victoria, à Port-Louis.

Hélas, ce brillant ciseleur de notes et de mots, vit son gagne-pain partir en fumée en 2003 quand un violent incendie ravagea sa boutique. Qu’à cela ne tienne, Idris était de ceux qui persévèrent, ainsi qu’il le prouvait avec sa carrière d’artiste. Quelques années plus tard, il se tournait vers l’alimentation et la restauration en lançant Shamiana, à Rose-Hill. Ceux qui venaient y déguster les bons petits plats mitonnés avec soin et amour avaient également l’honneur et le privilège d’écouter Idris Lallmahomed ! Car le chanteur se produisait dans son restaurant.

Le photographe du groupe Le-Mauricien, Brahms Mahadea, qui l’a souvent rencontré pour des raisons professionnelles, avec son complice du terrain, Naseem Ackbarally, le temps de reportages pour Week-End Scope, se souvient d’Idris Lallmahomed comme « un artiste, un humain d’une grande simplicité, couplé d’un talent inné et d’un sens permanent d’apprendre des autres. Je me souviens quand Talat Aziz était venu se produire à Maurice, Idris Lallmahomed s’était fait un point d’honneur d’assister à la représentation et de rencontrer l’artiste. »

La voix d’or du qawwali s’est éteinte. Ses mélodies résisteront au temps…
À ses parents et ses proches, Le Mauricien présente ses sincères condoléances.

 

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