Statistiques — Numérique à Maurice en 2025 — Connectés, mais pas encore pleinement transformés

Les statistiques ICT 2025 décrivent une île largement connectée, où l’accès à Internet est devenu presque universel et relativement abordable. Mais derrière cette réussite se dessine un paradoxe : les infrastructures progressent tandis que l’emploi recule, que la contribution du secteur à l’économie stagne et que les compétences numériques avancées restent rares. Maurice doit désormais passer de la connexion à la création de valeur.

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À première lecture, le bilan numérique mauricien paraît très favorable. Le pays compte 2,24 millions d’abonnements Internet, soit 180,5 abonnements pour 100 habitants. La téléphonie mobile couvre 99% de la population et 99,5% des connexions sont classées dans la catégorie « broadband ». La bande passante internationale utilisée a progressé de 10% en 2025, pour atteindre près de 390 000 Mbit/s.

L’indice de développement des technologies de l’information, calculé par Statistics Mauritius selon la nouvelle méthodologie, atteint 94,8 sur 100 en 2025. Dans le classement international de l’ITU fondé sur des périodes de référence différentes, Maurice obtenait 84,2 en 2024, soit l’un des meilleurs résultats africains.

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La connexion est également devenue plus accessible financièrement. L’offre fixe d’entrée de gamme représente 0,8% du revenu national brut par habitant, contre 0,9% en 2024. Pour le forfait mobile de référence, le ratio est passé de 0,7% à 0,6%.

Ces indicateurs confirment un acquis essentiel : le principal obstacle n’est plus aujourd’hui l’existence du réseau. Il réside davantage dans la qualité des usages, les compétences disponibles et la capacité du pays à transformer sa connectivité en valeur économique.

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Beaucoup d’abonnements, mais une progression qui plafonne

Le nombre d’abonnements Internet n’a augmenté que de 1,1% en 2025. Les connexions fixes sont pratiquement stationnaires, à 356 000, tandis que 84% des abonnements à haut débit reposent sur les réseaux mobiles.

Cette prédominance du mobile facilite l’accès, mais ne garantit pas une utilisation productive. Un téléphone permet de communiquer, d’effectuer un paiement ou de consulter un service public. Il est cependant moins adapté qu’un ordinateur à la programmation, au traitement de données, à la conception graphique ou à la production de contenus professionnels.

Ce décalage apparaît dans les statistiques portant sur les individus. En 2024 — dernière année disponible pour cette partie de l’enquête — 83,2% des personnes de 12 ans ou plus utilisaient Internet, mais seulement 45% utilisaient un ordinateur. Le smartphone est ainsi devenu presque universel sans que la maîtrise des outils informatiques plus avancés suive au même rythme.

La fracture numérique n’est donc plus seulement une fracture d’accès. Elle devient une fracture de capacité : beaucoup peuvent se connecter, mais tous ne peuvent pas tirer d’Internet les mêmes bénéfices économiques, éducatifs ou professionnels.

Des usages davantage sociaux que productifs

Les Mauriciens utilisent massivement Internet pour téléphoner, avec un taux de 96,5%, pour les réseaux sociaux, à 89,1%, et pour le divertissement, à 84,1%. En revanche, seuls 36,1% recourent aux services bancaires en ligne, 25,4% effectuent des achats sur Internet et 23,9% réalisent des transactions avec l’administration.

Plus révélateur encore, les compétences numériques avancées demeurent limitées. Seulement 38,3% des personnes interrogées savent utiliser une formule arithmétique dans un tableur, 23,8% créer une présentation électronique et 27,4% configurer des mesures efficaces de sécurité. La programmation ne concerne que 6% de la population de 12 ans ou plus. Ce dernier taux a certes presque doublé depuis 2020, mais il reste très bas pour un pays qui ambitionne de devenir un pôle technologique.

Un autre signal mérite attention : la proportion de personnes capables de transférer des fichiers entre différents appareils, notamment par le cloud, a reculé de 33,5% à 27,9%. Cette baisse interroge la qualité de l’apprentissage numérique et montre que la familiarité quotidienne avec le smartphone ne produit pas automatiquement des compétences professionnelles.

L’école présente des signes de faiblesse

Le recul observé dans les établissements scolaires est préoccupant. La proportion d’écoles primaires proposant aux élèves un accès à Internet pour étudier est passée de 92% à 86%. Dans le secondaire, elle est tombée de 100% à 93%.

Le ratio demeure également élevé, avec 12 élèves par ordinateur au primaire et 11 au secondaire. De tels ratios rendent difficile une pratique régulière et individualisée des outils numériques.

La proportion de candidats examinés en ICT au School Certificate stagne autour de 41%. Au Higher School Certificate, elle est passée de 17,1% à 14,7%. À l’inverse, les inscriptions dans les filières ICT du supérieur progressent légèrement, de 9,1% à 9,5%, pour atteindre 4 960 étudiants.

Cette évolution reste insuffisante face aux besoins futurs en intelligence artificielle, cybersécurité, science des données, génie logiciel et automatisation. Il faut également distinguer le nombre d’inscriptions de la qualité des formations, du taux de réussite et de l’employabilité réelle des diplômés.

Plus de valeur, mais moins d’emplois

Le secteur ICT a généré Rs 36,25 milliards de valeur ajoutée en 2025, soit une progression nominale de 6,9%. Sa croissance réelle atteint 4,5%, contre 4% en 2024. Mais sa contribution à la valeur ajoutée nationale reste bloquée à 5,7%. Elle atteignait encore 6,7% en 2021. Le numérique progresse donc, mais pas suffisamment vite pour augmenter son poids relatif dans l’ensemble de l’économie.

Dans le même temps, l’emploi dans les grands établissements ICT a reculé de 1,9%, passant de 17 900 à 17 560 postes. Le nombre d’entreprises de dix salariés ou plus a diminué de 106 à 103. La valeur ajoutée moyenne par employé a ainsi augmenté d’environ 9%, ce qui peut traduire des gains de productivité, mais aussi une automatisation accrue ou une croissance concentrée dans des activités nécessitant moins de personnel.

La programmation, le conseil et les services d’information génèrent désormais 43% de la valeur ajoutée du secteur. Les centres d’appels en représentent encore 17%. Maurice avance donc vers des activités à plus forte valeur, mais conserve une exposition aux métiers externalisés, dont certaines tâches peuvent être progressivement absorbées par l’intelligence artificielle.

Des exportations dynamiques, mais toujours un déficit

Les exportations de services ICT ont progressé de 21,5%, à Rs 9,64 milliards. C’est l’un des chiffres les plus encourageants du rapport. Pourtant, les importations de services ICT ont également augmenté de 16,4%, à Rs 12,02 milliards.

Maurice reste donc déficitaire de Rs 2,38 milliards dans les services numériques. Pour les biens ICT, la dépendance est beaucoup plus forte : Rs 14,62 milliards d’importations contre seulement Rs 828 millions d’exportations.

Au total, le déficit des échanges ICT dépasse Rs 16 milliards. Les exportations du secteur ne représentent que 2,2% des exportations mauriciennes de biens et services. La hausse est réelle, mais le numérique ne joue pas encore le rôle de moteur extérieur que son niveau de connectivité pourrait laisser espérer.

Ce qu’il reste à accomplir

La prochaine étape doit être celle de la transformation productive. Plusieurs priorités se dégagent :

  • rétablir l’accès effectif à Internet dans 100% des établissements scolaires ;
  • réduire progressivement le nombre d’élèves par ordinateur ;
  • introduire plus tôt l’apprentissage du code, des données, de l’IA et de la cybersécurité ;
  • mettre en place une certification nationale des compétences numériques ;
  • accompagner davantage les PME, absentes de plusieurs indicateurs du rapport, dans le commerce électronique, le cloud et la sécurité ;
  • développer des incitations liées à des résultats précis : emplois qualifiés, exportations, brevets, logiciels ou propriété intellectuelle créée à Maurice ;
  • aider les centres d’appels à évoluer vers l’analyse de données, les services multilingues spécialisés et la gestion de systèmes d’IA ;
  • renforcer la recherche universitaire et les partenariats entre établissements, entreprises et investisseurs ;
  • mesurer la qualité réelle des connexions — vitesse, fiabilité, latence et couverture territoriale — plutôt que le seul nombre d’abonnements.

Il faudra aussi améliorer les statistiques elles-mêmes. Plusieurs données sur les ménages et les compétences se rapportent à 2024, alors que le rapport porte sur 2025. La définition du haut débit à partir de 256 Kbit/s est devenue trop peu exigeante pour apprécier une connectivité véritablement performante. Les résultats devraient davantage distinguer les PME, les régions, les niveaux de revenus, les sexes et les groupes d’âge.

Maurice a donc largement remporté la bataille de l’accès. Elle doit encore gagner celle des compétences, de l’innovation et de l’exportation. Le véritable indicateur de réussite ne sera bientôt plus le nombre de cartes SIM ou d’abonnements, mais la quantité de technologies, d’entreprises et de propriété intellectuelle que le pays sera capable de créer et de vendre au monde.

 

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