Joe Lesjongard (ex-leader de l’opposition) : « La classe moyenne s’appauvrit et disparaît à vue d’œil »

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Pour la première fois depuis les dernières élections générales, Joe Lesjongard ne sera pas sur le Front Bench de l’opposition. Il cèdera sa place à son successeur, Chetan Baboolall. Des parlementaires et la population en général reconnaissent qu’il a fait un bon travail durant son passage à la tête de l’opposition. Dans une interview accordée à Le-Mauricien cette semaine, il déclare qu’il continuera à intervenir lors de débats sur les projets de loi.
« Ce n’est pas un simple changement de position sur un terrain de foot », lance Joe Lesjongard. Il se dit satisfait d’avoir apporté sa contribution dans la lutte contre la réforme du système de pension. « Je pense avoir apporté ma pierre à l’édifice sur le combat contre la réforme de la pension avec plusieurs PNQ adressées au Premier ministre et au ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron, qui ont permis d’exposer le crime que ce gouvernement a commis », affirme l’ex-leader de l’opposition. Quant à la situation en général dans le pays, il déplore le fait que la classe moyenne « s’appauvrit et disparaît à vue d’œil ».

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Vous avez consacré 20 mois à la tête de l’opposition. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience parlementaire ?

C’était une grande responsabilité. Le poste de leader de l’opposition est constitutionnel et dans la conjoncture politique qu’on était fin 2024, ce n’était pas évident. Nous n’étions que deux dans l’opposition, et il fallait représenter toute la population en quelque sorte, car même ceux qui ont voté l’Alliance du Changement attendaient des résultats du gouvernement.
Et en tant que leader de l’opposition, je devais affronter seul, en tant que membre du MSM, 64 membres de la majorité. Mon souvenir, c’est d’avoir pu faire entendre la voix du peuple sur les sujets d’intérêt national – j’espère que le peuple est satisfait – et faire face à un bloc composé de vétérans tels que Navin Ramgoolam, Paul Bérenger, Rajesh Bhagwan ou encore Arvin Boolell, après une défaite cinglante n’était pas chose facile. Mais en toute humilité, je pense que j’ai tiré mon épingle du jeu.

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Vous aviez été ministre dans l’ancien gouvernement durant cinq ans. Est-ce que cela a été un avantage pour opérer comme leader de l’opposition ou un handicap du fait que les parlementaires de la majorité se référaient à votre propre performance dans le passé ?

Le fait d’avoir été ministre de 2000 à 2005 et de 2019 à 2024 m’a permis de mieux connaître certains secteurs et des dossiers importants. Mais soyons honnête, ce gouvernement remet en question chaque semaine les décisions prises par l’ancien gouvernement, et face à une très forte majorité, c’était difficile au début. Mais ensuite, avec le soutien des membres de la population qui me disaient depuis le début du mandat : « Joe bizin manz ar zot », cela m’a permis de comprendre que le peuple attendait une vraie opposition.
En tant que ministre du Tourisme au début du mandat de 2019 à 2024, j’ai dû faire face au Covid-19. C’était la première fois que notre pays était confronté à une telle situation. À mon niveau, il fallait gérer la quarantaine pour ceux qui revenaient de l’étranger, la réouverture des supermarchés, la distribution des vivres pour des dizaines de milliers de familles et les différentes conférences de presse que je tenais. On disait même à l’époque que je faisais du Social Distancing dans mes conférences de presse. Tous ces fonctionnaires qui ont aidé pendant le Covid doivent être salués.
Aussi, il y a eu une mauvaise campagne sur le secteur de l’énergie. Les projets Agri-PV, par exemple, ont été lancés avant 2024. Mais les bases sont là. J’ai commencé la démocratisation du secteur de l’énergie.
Maintenant si l’adversaire du jour veut me faire porter le chapeau pour tout ce qu’il qualifie de « scandale » et mauvaise gestion de tout un régime de 2014 à 2024, alors que je fus ministre du Tourisme brièvement, et ensuite ministre de l’Énergie et des Utilités publiques de 2020 à 2024, tant pis. C’est de bonne guerre.

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S’il fallait faire un bilan, qu’est-ce que vous considériez comme une réussite particulière de votre passage comme leader de l’opposition ?

Je pense avoir apporté ma pierre à l’édifice sur le combat contre la réforme de la pension avec plusieurs PNQ adressées au Premier ministre et au ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron, qui ont permis d’exposer le crime que ce gouvernement a commis. J’estime aussi avoir acculé le gouvernement sur plusieurs dossiers qui concernent directement le peuple mauricien comme le coût de la vie et la situation du Law and Order, surtout la drogue synthétique, et démontré que le gouvernement est actuellement à court d’idées pour ramener la sécurité dans le pays et restituer le pouvoir d’achat au peuple.
J’ai aussi exposé les largesses de ce gouvernement avec des conseillers sans qualifications et grassement payés qui pullulent au bureau du Premier ministre et qui sont les vrais dirigeants du pays.

Paul Bérenger évoque le fait que son parti n’a pas demandé votre démission auprès du président de la république, mais qu’il avait simplement rappelé que M.Baboolall était le leader de ce parti au Parlement. Pourquoi avez-vous donc démissionné ?

L’article 73 de la Constitution est clair là-dessus. C’est le président de la république qui décide. Le fait que le FMP ait notifié le président de la république au sujet du leadership au Parlement montre clairement que leur intention était de prendre le poste de leader de l’opposition. Il n’y a pas d’autre raison. Le président m’a informé de son intention de consulter les autres membres, Adrien Duval et Franco Quirin. Donc, la meilleure des choses c’était de démissionner. Je l’ai dit plusieurs fois, je n’étais pas attaché à ce poste.

Pourquoi ne l’avoir pas fait au moment de l’arrivée des trois parlementaires dans l’opposition ?

Le FMP n’avait pas encore été créé à cet instant. Et Paul Bérenger et Joana Bérenger avaient souligné ne pas vouloir le poste. Paul Bérenger m’a, du reste, informé qu’il n’avait pas l’intention de demander ce poste alors. Mais les choses ont évolué et Baboolall s’est fait plus pressant. Et c’est normal, selon la Constitution, que le poste revienne au FMP puisqu’il représente un groupe majoritaire actuellement.

Les PNQ et les débats parlementaires font-ils encore le poids nécessaire pour contraindre le gouvernement à rendre des comptes ?

Je pense que j’ai fait mon possible avec les moyens limités et un nombre très faible dans l’opposition. À un certain moment, rappelez-vous, on n’était que deux face à 64 membres de la majorité. J’ai porté les sujets d’intérêt national et à travers les questions, le peuple a pu constater la mauvaise gestion, le dysfonctionnement entre l’exécutif politique et l’administration publique, et même que le Premier ministre est mal informé de ce qui se passe dans le pays. Il y a aussi les décisions prises et publiées du conseil des ministres qui sont ensuite démenties. Les PNQ ont montré que les promesses de l’Alliance du Changement ne sont en fin de compte qu’une grosse escroquerie politique. Ils arnaquent le peuple en ne respectant pas les engagements pris lors de la campagne électorale. Où sont la pension de Rs 21 500 et les baisses du carburant et de l’électricité ? Où est l’Appointment Committee ?

En fait, quelle est, d’après vous, la responsabilité d’un leader de l’opposition dans une démocratie parlementaire ?

Un leader de l’opposition, au moment de sa nomination, n’est plus l’élu d’un parti ou d’une alliance, mais il devient le représentant de toute la population, y compris ceux qui ont voté en faveur du gouvernement. Sept Mauriciens sur dix avaient voté pour que l’essence baisse par Rs 20, pour que le tarif d’électricité baisse, pour l’Internet et transport gratuits. Ils n’avaient pas voté pour l’enlèvement de la pension. Alors aujourd’hui, vers qui ces gens-là se sont tournés ? C’est pour ça que le titulaire doit savoir mettre les émotions de côté, prendre de la hauteur et devenir le porte-voix de tout un peuple.

Quel jugement portez-vous aujourd’hui sur les 20 premiers mois du gouvernement de Navin Ramgoolam ?

Catastrophique ! Dans l’histoire de ce pays, on n’a jamais vu pire. Vingt mois, et le pays a fait du surplace. Pis encore, nous avons reculé. La classe moyenne s’appauvrit et disparaît à vue d’œil. L’investissement étranger a, à peine, bougé. Les PME qui contribuent à plus d’un tiers du PIB sont aujourd’hui contraintes à mettre la clé sous le paillasson à cause des nouvelles mesures fiscales.
Le secteur de la construction, qui soutient de manière directe et indirecte 100 000 familles à Maurice, est à l’arrêt total. En 20 mois, le gouvernement n’a créé aucun nouveau pôle de croissance. Comment allons-nous remplir les caisses de l’État ? En enlevant les acquis comme la pension et les allocations CSG au peuple et en créant de nouvelles taxes ?

Sur quels dossiers estimez-vous que le gouvernement a échoué ?

C’est clair aujourd’hui que le gouvernement a échoué sur toute la ligne. Dans chaque ministère, il y a une tendance. On critique les décisions déjà prises. On prend de nouvelles décisions sans consultation. Et ensuite, on doit reculer. Partout, c’est un fonctionnement à l’envers. Et face à l’échec, on ne fait que renvoyer la balle à l’ancien régime. Mais quand il s’agit de couper des rubans et d’inaugurer les projets de l’ancien régime, les membres de ce gouvernement se bousculent aux portillons pour apparaître au premier plan sur les photos.
Dans le domaine de la protection des enfants et des jeunes contre les méfaits des réseaux sociaux et l’utilisation des portables, ce gouvernement vient d’inclure le portable comme outil d’enseignement alors que les autres pays ont passé des lois pour diminuer son utilisation par les enfants et les jeunes. Concernant l’IA, on fonce tête baissée sans se donner les moyens pour se protéger contre les risques pour notre économie, pour l’emploi.

Y a-t-il néanmoins des décisions du gouvernement que vous considérez comme positives ?

Le congé menstruel, la hausse des sanctions contre la pollution sonore. Mais, il faudra voir la mise en pratique.

Le débat sur la réforme des pensions a profondément marqué la première partie du mandat. Le gouvernement a-t-il suffisamment expliqué sa réforme à la population ?

Le gouvernement a été démasqué avec la tentative d’introduire le Means Test. C’est une mesure annoncée dans le budget 2026-27. Et quand le Premier ministre lui-même l’a annoncée avec conviction devant tout un peuple, les élus ont tous “tap latap” et défendu cette mesure pendant 48 heures dans les médias. Avant de faire volte-face devant la fronde populaire. Je le redis et je le maintiens : il y a un agenda caché derrière cette réforme. Remarquez le nombre de publicités pour des plans de pension privés qui ont surgi de nulle part depuis quelques mois. Avec cette réforme, beaucoup qui sont aujourd’hui âgés de 30 ans à 50 ans vont sans doute être obligés de considérer une pension privée pour subvenir à leurs besoins à 60 ans.

Pensez-vous que la question des pensions peut encore devenir un enjeu électoral majeur ?
La pension universelle est un droit acquis. C’est sacro-saint. Même Ashok Subron le disait lorsqu’il était syndicaliste. Nos aînés se sont battus pour que nos aînés touchent une pension à 60 ans. Ce n’est pas avec la pension de vieillesse que nous allons remplir une caisse soi-disant vide. Logiquement, c’est une décision qui va peser lourd dans la balance pour les prochaines élections.

Le leader du MSM a annoncé son retour sur la scène politique lors de son meeting à Centre-de-Flacq. Comment se présente la situation de ce parti politique sur le terrain ? Quel rôle serez-vous appelé à jouer ?

Le rassemblement de Flacq a été le déclic que l’on voulait. Nous avons une bonne dynamique et l’accueil est très chaleureux sur le terrain. Nos partisans mais aussi les citoyens mauriciens veulent voir Pravind Jugnauth, et écouter ce qu’il a à dire sur la manière dont le pays est géré en ce moment. La machine orange est en branle et compte poursuivre le travail sur le terrain, après un rassemblement au no 4, jeudi dernier. Quant à moi, mon rôle reste le même, être un parlementaire et assumer pleinement mon rôle de président de parti sur le terrain.

Quitter le poste de leader de l’opposition signifie-t-il pour vous prendre du recul ou simplement changer de rôle ?

Comme l’a été le poste de leader de l’opposition, le poste de président du Public Accounts Committee est nouveau pour moi, et j’espère être à la hauteur des attentes de la population. Et puis, maintenant que je ne suis plus leader de l’opposition, cela me permettra de poser plus de questions lors des séances à l’Assemblée nationale, et d’aborder beaucoup plus de sujets d’intérêt national. Et les dossiers ne manquent pas. Le coût de la vie demeure un souci majeur, de même que le fléau de la drogue et la situation de Law and Order. Il y a aussi les accidents et le dossier Chagos. Je continuerai aussi à intervenir lors des débats sur les projets de loi. Disons que c’est un simple changement de position sur un terrain de foot.

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