L’enquête de la Financial Crimes Commission (FCC) sur un réseau de blanchiment d’argent présumé, avec en toile de fond la spectaculaire opération menée par l’ex-Special Intelligence Cell (SIC) de la Special Support Unit (SSU) à Vallée-des-Prêtres, le 30 mars 2024, connaît un nouveau développement majeur. L’entrepreneur Muzaffar « Muz » Lallmamode (31 ans), a été arrêté, hier, par des officiers de l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) dans une maison à Grand-Gaube. Il était recherché par la Financial Crimes Commission depuis la veille.
Son arrestation intervient dans le cadre des investigations autour de la disparition présumée d’environ 200 000 euros, soit près de Rs 9 millions, qui auraient été emportées lors de la descente de la SIC au domicile d’un entrepreneur, à Vallée-des-Prêtres. Cette opération, initialement présentée comme une intervention liée à un système présumé de Hawala, est aujourd’hui au cœur d’une enquête de la FCC visant plusieurs policiers, un cambiste et désormais Muzaffar Lallmamode.
Le 30 mars 2024, des éléments de la SIC avaient effectué une perquisition au domicile d’un entrepreneur (32 ans) à Vallée-des-Prêtres. Ce dernier était soupçonné d’être impliqué dans un système informel de transfert de fonds, susceptible de servir au blanchiment d’argent. D’après les éléments recueillis depuis par la FCC, les policiers auraient découvert une importante somme d’argent, estimée à environ Rs 30 millions, comprenant notamment des devises étrangères.
L’entrepreneur avait alors été conduit sous escorte aux Casernes centrales. Pourtant, aucun OB n’a été ouvert concernant cette intervention. Il avait finalement été relâché et, selon les informations disponibles, les policiers lui auraient indiqué qu’aucune enquête ne serait engagée contre lui. Mais les devises, dont le montant serait de l’ordre de 200 000 euros, ne lui auraient pas été restituées.
C’est précisément sur cette « disparition » présumée que la FCC a commencé à remonter la piste. Les enquêteurs soupçonnent qu’une partie, voire la totalité de cette somme, pourrait être liée à Muzaffar Lallmamode, qui résidait lui aussi à Vallée-des-Prêtres à cette période.
Le dossier prend une autre dimension lorsqu’une plainte déposée par l’entrepreneur à la police de Plaine-Verte en mars 2024 refait surface. Il avait alors affirmé que Muzaffar Lallmamode s’était présenté dans son commerce et l’avait menacé de mort, lui ainsi que son épouse. Il avait accusé l’entrepreneur de vol d’argent. Toutefois, ce dernier n’avait pas révélé aux enquêteurs les dessous de l’affaire ni fait état de la disparition des devises.
Quelques semaines plus tard, la FCC s’est saisie du dossier et a commencé par cibler les membres de la SIC soupçonnés d’avoir participé à l’opération de Vallée-des-Prêtres.
Six policiers ont depuis été arrêtés : l’ASP Rajcoomar Seewoo (52 ans), l’inspecteur Ramjeet Deeojee (46 ans), les sergents Viduth Jeewon (57 ans), et Ramkrishsingh Nandrame (47 ans), l’ex-sergent Louis Clifford Argendra (51 ans), et le constable Rishi Gounowry ( 47 ans).
Jeudi, l’enquête s’est également tournée vers le milieu du change. La FCC a procédé à l’arrestation du cambiste opérant clandestinement et ancien manager de BA Exchange, Neetish Seebaruth (42 ans), domicilié à Goodlands. Il est soupçonné d’avoir facilité l’acquisition de devises au moyen de fonds provenant d’activités illicites. Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer s’il existe un lien entre ses opérations et les devises qui auraient disparu après la perquisition de Vallée-des-Prêtres.
Neetish Seebaruth a comparu en Cour vendredi et fait l’objet d’une accusation provisoire de blanchiment d’argent. Il demeure en détention et devra encore fournir sa version aux enquêteurs.
La FCC n’écarte désormais plus la possibilité que le réseau soit plus vaste. D’autres personnes seraient dans son viseur, notamment des cambistes qui opéreraient en dehors du cadre légal et qui pourraient avoir servi à convertir ou transférer des fonds d’origine suspecte.
En marge de l’arrestation de Muzaffar Lallmamode, quatre véhicules, dont une BMW, ont également été saisis par la FCC. Les enquêteurs soupçonnent que ces véhicules pourraient avoir été acquis grâce à des fonds provenant d’activités criminelles. L’interrogatoire de l’entrepreneur devrait intervenir prochainement. Après son arrestation par l’ADSU, il se trouve toujours sous la responsabilité de cette unité, dans l’attente de sa remise à la FCC.
Ce n’est pas la première fois que le nom de Muzaffar Lallmamode apparaît dans une enquête liée à des fonds suspects. En août 2025, il avait été interpellé, Place d’Armes, alors qu’il se trouvait dans un véhicule dans lequel les policiers avaient découvert 16 600 dollars américains. Le dossier avait alors été référé à la FCC.
De la drogue en sa possession
L’arrestation de Muzaffar Lallmamode, vendredi, a été effectuée par une équipe de l’ADSU dans une maison située à Grand-Gaube. Il s’y trouvait en compagnie de deux autres individus lorsqu’il a été appréhendé. Une certaine quantité de drogue a été saisie lors de l’intervention.
L’un des suspects aurait expliqué que la drogue était destinée à leur consommation personnelle. Pour l’heure, l’ADSU poursuit les procédures concernant Muzaffar Lallmamode, avant que la FCC ne prenne officiellement le relais dans le volet financier de l’enquête.
L’entrepreneur est attendu à la Week-End Court ce samedi pour son inculpation provisoire. Il pourrait toutefois, comme cela s’était produit dans le passé, solliciter une assistance médicale en clinique, ce qui pourrait retarder son placement en cellule.

