Un épisode El Niño exceptionnellement puissant se développe dans le Pacifique et devrait se maintenir jusqu’en 2027. À Maurice, il ne devrait pas nécessairement provoquer une forte sécheresse ni davantage de cyclones. Les principales menaces seraient plutôt des températures supérieures aux normales, une pression accrue sur les ressources en eau et des pluies plus irrégulières.
El Niño se renforce rapidement. La NOAA estime à plus de 90 % la probabilité qu’il devienne « très intense » durant la fin de 2026 et le début de 2027. Pour la période allant d’octobre à décembre, le risque qu’il dépasse tous les épisodes observés depuis 1950 est évalué à 69 %. Ces projections ne permettent toutefois pas d’affirmer avec certitude qu’il sera le plus puissant depuis plus d’un siècle.
Pour Maurice, les effets seront différents de ceux attendus dans le Pacifique ou en Amérique latine. Une analyse publiée le 10 août par les Services météorologiques de Maurice montre que les grands épisodes El Niño précédents ont généralement été associés à des pluies estivales cumulées proches de la normale, mais à des températures plus élevées. L’activité cyclonique dans le sud-ouest de l’océan Indien a, elle, eu tendance à être inférieure à la normale.
Davantage de chaleur et une pluviométrie normale mais pas régulière
Le premier effet probable sera donc une accentuation de la chaleur durant l’été austral. Des températures diurnes et nocturnes supérieures aux normales augmenteraient les risques d’inconfort, de déshydratation et de stress thermique, particulièrement pour les personnes âgées, les malades chroniques et les travailleurs exposés au soleil.
La demande en climatisation et en électricité pourrait progresser, tandis que l’évaporation plus rapide réduirait l’humidité des sols et accélérerait la baisse des réserves d’eau.
Même si les précipitations cumulées demeurent proches de la normale, leur répartition pourrait être défavorable. De longues séquences sèches peuvent alterner avec des pluies très fortes sur de courtes périodes.
Maurice pourrait donc connaître simultanément des tensions sur l’approvisionnement en eau, des difficultés agricoles et des épisodes localisés d’inondation. Les planteurs devront surveiller l’humidité des sols, adapter l’irrigation et éviter les pertes d’eau.
Pas nécessairement plus de cyclones
El Niño est historiquement associé à une activité cyclonique moins importante que la normale dans le bassin du sud-ouest de l’océan Indien. Cela ne signifie cependant pas que Maurice sera à l’abri.
Une saison globalement moins active peut toujours produire un cyclone intense ou une trajectoire dangereuse pour les Mascareignes. Le niveau de risque dépendra aussi d’autres facteurs, notamment du dipôle de l’océan Indien et des températures de la mer dans notre région.
L’Organisation météorologique mondiale prévoit également le développement d’un dipôle positif de l’océan Indien. L’interaction entre El Niño, ce dipôle et d’autres phénomènes régionaux pourrait modifier la répartition des pluies et les trajectoires des systèmes tropicaux.
Pour Maurice, le scénario le plus probable est donc celui d’un été plus chaud, avec une pluviométrie totale éventuellement proche de la normale, mais potentiellement mal répartie. Les autorités devront anticiper les besoins en eau, protéger les cultures et renforcer la surveillance des fortes pluies comme des périodes sèches. El Niño donne une tendance saisonnière : il ne constitue pas, à lui seul, une prévision précise de ce qui se produira sur l’île.

