INTERVENTION CHIRURGICALE À L’HÔPITAL JEETOO — Anil Bachoo entre soutiens politiques et pression des syndicats de médecins

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  • La MHOA et la GMDOA réclament des réponses sur le statut du médecin privé présent au bloc
  • Navin Ramgoolam et la VOH prennent sa défense, tandis que Chetan Baboolall envisage une PNQ
L’affaire ne retombe pas. Une semaine après les révélations du « Ça va se savoir » de Week-End sur l’intervention chirurgicale subie par le ministre de la Santé, Anil Bachoo, à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo, les questions demeurent et le dossier prend désormais une dimension à la fois médicale, administrative et politique.

Anil Bachoo maintient que l’intervention a été pratiquée par un chirurgien du service public et que son médecin personnel, exerçant dans le privé, n’était présent qu’en qualité d’« observateur ». Une version contestée par des membres du personnel hospitalier. De leur côté, deux syndicats de médecins réclament désormais des explications précises sur le cadre administratif ayant permis la présence de ce praticien privé au bloc opératoire.

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Sur le terrain politique, le ministre peut en revanche compter sur plusieurs soutiens. La Voice of Hindu (VOH) est montée au créneau pour le défendre et demander au leader de l’opposition, Chetan Baboolall, de consacrer plutôt sa première Private Notice Question au trafic de drogue. Samedi, le Premier ministre Navin Ramgoolam a également pris la défense de son ministre face aux critiques, sans toutefois répondre aux interrogations précises concernant le statut du médecin privé.

Sans avoir été nommé dans l’article initial de Week-End, Anil Bachoo avait rapidement confirmé être le ministre concerné. Il reconnaît avoir subi une intervention à Jeetoo « il y a quelques semaines », mais rejette catégoriquement l’affirmation selon laquelle son médecin du privé aurait pratiqué l’opération.

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Bachoo : « les procédures ont été respectées »

La version du ministre ne varie pas : l’intervention aurait été effectuée par le chirurgien de l’hôpital public. Son médecin traitant privé n’aurait fait qu’assister à l’opération comme observateur.

Anil Bachoo explique être suivi depuis une dizaine d’années par ce praticien, qui l’avait déjà opéré et connaissait donc ses antécédents médicaux. Sa présence aurait été souhaitée afin d’assurer une continuité dans son suivi.

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Le ministre assure surtout que toutes les dispositions nécessaires avaient été prises auprès du ministère de la Santé et que les procédures avaient été « scrupuleusement respectées ».

Il présente également son choix de Jeetoo comme une marque de confiance envers les médecins, infirmiers et infrastructures du service public. Selon lui, il aurait de toute manière été critiqué : une intervention dans une clinique privée aurait pu être interprétée comme un manque de confiance dans le système de santé dont il a la responsabilité, tandis qu’un traitement à l’étranger aurait suscité d’autres commentaires.

Une question demeure toutefois entière : un patient ordinaire aurait-il pu bénéficier des mêmes dispositions ?

Car sa mise au point n’a pas suffi à refermer le dossier.

Des membres du personnel de Jeetoo, souhaitant préserver leur anonymat, affirment que le médecin venu du privé ne se serait pas limité à un rôle d’observateur et aurait participé directement à l’intervention.Pour ces employés, les documents de l’hôpital permettraient de faire toute la lumière : registre du bloc opératoire, notes chirurgicales, composition de l’équipe médicale et témoignages des personnes présentes.

D’autres interrogations concernent les conditions dans lesquelles Anil Bachoo a été pris en charge. Selon des informations rapportées dans la presse, il aurait été accueilli à la Coronary Care Unit et aurait bénéficié d’une chambre particulière avec l’autorisation d’un haut responsable.Des questions sont également posées sur une éventuelle procédure accélérée, sur le choix de l’hôpital Jeetoo plutôt que celui de Flacq correspondant à son secteur de résidence, ainsi que sur les conditions de son transport.

Les syndicats veulent des réponses, documents à l’appui

L’entrée en scène de la Medical and Health Officers Association (MHOA) et de la Government Medical and Dental Officers Association (GMDOA) donne une autre dimension au dossier.

Les deux organisations demandent des explications documentées sur la présence d’un médecin exerçant exclusivement dans le privé au bloc opératoire d’un établissement public.

La MHOA prend soin de préciser qu’elle respecte le droit du ministre, comme celui de tout patient, de choisir son médecin et qu’elle ne porte aucune accusation de faute. Elle souhaite toutefois savoir sur quelle base légale et administrative le praticien privé a été autorisé à accéder au bloc.

Avait-il reçu une autorisation officielle ? Était-il couvert par un contrat ou par un autre dispositif administratif ? Dans quelles conditions les équipements et le personnel de l’hôpital ont-ils été mis à contribution ? Et surtout : un patient ordinaire pourrait-il demander et obtenir les mêmes facilités ?

La GMDOA formule des interrogations similaires. Quel était exactement le rôle du praticien ? Qui aurait assumé la responsabilité en cas de complication ? Comment ses compétences avaient-elles été évaluées ? Une rémunération était-elle prévue ?

Cela ne permet pas, en soi, de conclure à une quelconque irrégularité. Mais cela rend d’autant plus nécessaire la publication du cadre administratif auquel se réfère Anil Bachoo.

Baboolall veut porter l’affaire au Parlement

L’opposition entend précisément obtenir ces réponses.

Chetan Baboolall considère que l’affaire soulève avant tout une question d’égalité de traitement. Il réclame une enquête indépendante et estime qu’Anil Bachoo devrait démissionner pendant la durée de celle-ci.

Le leader de l’opposition veut notamment savoir si un citoyen ordinaire aurait pu faire venir son médecin privé dans le bloc opératoire d’un hôpital public, obtenir une chambre particulière et bénéficier d’autorisations comparables.

Le dossier pourrait ainsi faire l’objet de sa première Private Notice Question à la rentrée parlementaire.

La VOH et Ramgoolam au soutien de Bachoo

C’est précisément cette éventualité que conteste la Voice of Hindu.

Lors d’une conférence de presse organisée vendredi 28 août à Port-Louis, son vice-président, Navin Unnoop, a apporté son soutien à Anil Bachoo et demandé à Chetan Baboolall de ne pas faire de politique autour de la santé du ministre.

La VOH souhaite que la première PNQ soit plutôt consacrée au trafic de drogue, qu’elle considère comme une urgence nationale autrement plus grave. Elle estime qu’Anil Bachoo doit d’abord être considéré comme un patient ayant eu besoin de soins et souligne qu’il a choisi de faire confiance au système hospitalier public.

L’organisation ajoute qu’elle n’aurait pas adopté la même position si l’affaire avait concerné des contrats publics, des commissions ou des allégations de favoritisme. Dans un tel cas, affirme-t-elle, les institutions compétentes auraient dû intervenir.

Samedi, Anil Bachoo a également reçu un appui politique de poids. Interrogé par la presse sur les critiques visant son ministre de la Santé, Navin Ramgoolam a pris sa défense, dénonçant la tendance à considérer que « tout va mal » à Maurice et invitant ses détracteurs à regarder ce qui se passe ailleurs.Le Premier ministre n’est toutefois pas entré dans le détail du dossier Jeetoo.

Entre la version d’Anil Bachoo, les témoignages du personnel, les questions des syndicats, l’offensive de Chetan Baboolall et les soutiens de la VOH et de Navin Ramgoolam, c’est finalement cette question qui reste entière : les procédures appliquées à Jeetoo étaient-elles conformes aux règles et auraient-elles pu bénéficier, dans les mêmes conditions, à n’importe quel autre patient ?

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