– De nombreuses plaintes en suspens au ministère du Travail
– Fraude d’envergure présumée sur le site de Maurice et un membre du Higher Management interdit de ses fonctions
Le géant du BPO Concentrix ferme sa branche à Maurice. L’ouverture d’un nouveau site à Abidjan, Côte-d’Ivoire, l’année dernière, avait déjà fait craindre le pire aux employés. Mais ce serait une fraude présumée survenue sur le site mauricien qui aurait précipité la fermeture. Des dirigeants étrangers ont d’ailleurs fait le déplacement pour enquêter à ce sujet et ce sont eux qui ont acté la fermeture. Parallèlement, la compagnie est bien connue du ministère du Travail, où plusieurs plaintes ont été enregistrées par des employés, notamment au bureau de Rose-Hill. Avec la fermeture, tout reste en suspens.
Les bruits de fermeture faisaient déjà le tour des différents plateaux, au bâtiment Cube, à Ébène, où Concentrix s’était installée depuis 2017. L’entreprise américaine, spécialisée dans la gestion de la relation clientèle, est l’un des plus gros opérateurs dans le secteur du BPO à Maurice. D’ailleurs, la branche mauricienne recrutait régulièrement. La dernière campagne de recrutement remonte au mois de mai dernier.
Cependant, les difficultés ont commencé il y a deux ou trois ans, avec la perte de gros clients, notamment, American Express et Etraveli, plateforme permettant de comparer et d’acheter des billets auprès de nombreuses compagnies aériennes. Une autre campagne, Travel Purk, a aussi cessé au mois de juillet. La perte de ces gros clients a conduit à une suppression du personnel qui est passé de 870 à 320 en quelques années. De même, les employés ont vu leurs primes être revues à la baisse au fil des mois. Même les heures supplémentaires devenaient rares. « Avant le mois d’août, qui correspond à la haute saison en Europe, nous n’avons pas fait d’Overtime », confie un employé.
Concentrix Maurice tenait encore la barre grâce à un autre gros client, en l’occurrence la plateforme de réservation Booking.com. L’autre campagne toujours active est celle de Ticket Master, qui fonctionne cependant avec un personnel réduit depuis quelques mois.
L’ouverture d’une nouvelle branche à Abidjan, Côte d’Ivoire, l’année dernière, avait déjà semé le doute du côté d’Ébène. L’ironie est que des Quality Evaluators et des Trainers de Maurice sont partis former les Ivoiriens. « Il y avait des rumeurs selon lesquelles des membres du management avaient déjà démarré des Side Businesses et un responsable nous a clairement dit, il y a quelques mois, de prendre nos dispositions, car nous ne savions pas ce qui peut se passer », a fait part une employée comptant cinq années de service.
Tout aurait basculé, au mois de juin, avec une fraude présumée sur le site de Maurice. De gros chiffres en euros. Un membre du Higher Management a même été suspendu. Des encadrants étrangers ont fait le déplacement pour enquêter sur cette affaire. Depuis, les choses se sont précipitées et la rumeur de fermeture devenait de plus en plus persistante.
Relations industrielles compliquées
Au-delà des difficultés financières, Concentrix a fait l’objet de nombreuses plaintes au bureau du Travail, notamment à la branche de Rose-Hill. Un ex-employé, qui est allé porter plainte pour irrégularités présumées dans le paiement de ses indemnités, témoigne : « les officiers du bureau du Travail m’ont carrément dit que c’était peine perdue de porter plainte car les responsables de Concentrix ne venaient jamais quand ils étaient convoqués. »
Le bureau de Rose-Hill travaillait sur un gros Case, qui risque de tomber à l’eau avec la fermeture annoncée. Les employés ont été invités à assister à une réunion importante la semaine dernière. C’est là qu’ils ont appris, de manière officielle, que Concentrix allait cesser ses activités à Maurice. « On nous a fait signer un document pour confirmer nos années de service et on nous a dit de chercher un avocat, si nous le souhaitons, pour les négociations des indemnités qui débutent le 11 septembre », confirment des salariés.
Un avocat-politicien très en vue aurait été approché pour défendre les intérêts des employés. Les premiers licenciements pourraient intervenir au début du mois d’octobre. Il se pourrait que les Part-Timers soient les premiers à partir. Un deuxième groupe suivra le 20 novembre, avant la fermeture définitive, annoncée pour le 25 novembre.
Un employé a indiqué à ce sujet : « les encadrants étrangers nous ont fait comprendre qu’ils vont respecter les lois mauriciennes. Mais en même temps, nous entendons dire qu’il y aura un barème de Rs 15 000 par année de service pour tout le monde. Nous ne savons pas trop. Nous attendons l’ouverture des négociations pour en savoir plus. »
Dans le milieu, des conditions difficiles de ces derniers mois sont également déplorées, ce qui a poussé beaucoup d’agents à démissionner. « Était-ce une stratégie volontaire pour pousser des gens à la démission et ainsi ne pas avoir à payer leur temps de service ? » se demande une employée. Rien que pour le mois d’août et début septembre, il y a eu de nombreux départs.
Arrêt pour difficultés financières et compétitivité en baisse
Dans une lettre adressée aux membres du personnel, Concentrix attribue l’arrêt de ses activités à Maurice à des difficultés financières. La perte de sept clients importants au cours de ces six dernières années a été évoquée pour expliquer cette situation.
La compagnie parle également d’un recul de la compétitivité et de l’attractivité commerciale de ses opérations à Maurice. La garantie a également été donnée aux employés que leurs droits seront préservés.
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Le ministère du Travail réclame des informations
Le ministère du Travail a été notifié des intentions de Concentrix de cesser ses activités à Maurice. Des informations complémentaires ont ainsi été demandées à l’entreprise afin de décider de la marche à suivre. Voici les réponses du ministère aux questions de Le Mauricien :
Le Redundancy Board a-t-il déjà validé la fermeture de Concentrix à Maurice?
Non. Conformément à l’article 72 de la Workers’ Rights Act 2019, avant de saisir le Redundancy Board, l’employeur a l’obligation de notifier la situation aux salariés et de négocier avec eux afin de trouver d’autres solutions. Concentrix CVG (Mauritius) Ltd (Concentrix) se trouve actuellement en phase de négociations et, si les négociations échouent, l’entreprise devra saisir le Redundancy Board avant de procéder à tout licenciement lié à une fermeture éventuelle.
Combien de plaintes d’employés contre la compagnie sont en suspens au ministère?
À ce jour, aucun salarié n’a déposé de plainte formelle auprès du ministère dans le cadre des négociations liées à la fermeture potentielle de l’entreprise. De 2025 à aujourd’hui, le bureau de travail de Rose-Hill a reçu au total 59 plaintes à l’encontre de Concentrix CVG (Mauritius) Ltd, et 21 dossiers sont en cours de traitement.
Est-il vrai que les responsables de Concentrix ne viennent jamais quand ils sont convoqués au bureau du Travail?
Non, ce n’est pas vrai. Concentrix a toujours collaboré avec le ministère lors des enquêtes menées à la suite des plaintes reçues et lorsqu’elle a été convoquée à une réunion. Il est d’ailleurs une pratique courante que des officiers du ministère du Travail se rendent sur place pour mener des enquêtes.
Quel encadrement le ministère compte-t-il offrir aux 320 membres du personnel qui seront licenciés?
Le ministère a déjà pris contact avec Concentrix afin de demander toutes les informations concernant son effectif, ainsi que des précisions sur les cotisations obligatoires, y compris celles destinées au Portable Retirement Gratuity Fund. Concentrix a jusqu’au 10 septembre pour fournir les informations demandées.
L’article 72 de la Workers’ Rights Act 2019 prévoit des procédures strictes qui doivent être respectées, notamment l’obligation pour l’employeur d’informer les représentants des salariés et de négocier avec eux afin de trouver des solutions alternatives.
Le ministère a été informé qu’il n’existe aucun syndicat reconnu, et que l’employeur a demandé aux salariés d’élire un représentant avant le 11 septembre 2026 pour poursuivre avec les négociations. Une fois les représentants élus, le service de conciliation et de médiation du ministère convoquera toutes les parties afin de faciliter les négociations et trouver un montant d’indemnisation qui serait acceptable aux travailleurs. En cas d’échec des négociations, l’employeur devra saisir le Redundancy Board.
Suite à une éventuelle résiliation des contrats de travail, le ministère veillera à ce que les salariés bénéficient du Workfare Programme Fund, et la division de l’emploi du ministère facilitera l’inscription des demandeurs d’emploi en vue d’un futur emploi.

