L’Assay Office élargit son champ d’action. Désormais davantage impliquée dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, l’institution se prépare à assumer de nouvelles responsabilités dans la supervision des négociants en métaux et pierres précieux. Cette évolution intervient parallèlement à une modernisation de ses services et à un renforcement des contrôles dans le secteur de la bijouterie.
Derrière chaque bague en or, collier en diamant ou pierre précieuse commercialisée à Maurice se trouve un dispositif réglementaire destiné à protéger les consommateurs et à préserver la confiance dans le marché de la bijouterie. L’Assay Office, connu notamment pour ses services de contrôle et d’authentification, s’apprête à assumer un rôle accru dans la lutte contre la criminalité financière.
Une Anti-Money Laundering and Combatting the Financing of Terrorism (AML/CFT) Unit a ainsi été mise sur pied au sein de l’Assay Office le 24 avril dernier. Cette initiative fait suite à une décision prise par l’Inter-Ministerial Committee on AML/CFT lors de sa réunion du 26 février dernier.
La nouvelle unité est composée d’un Scientific Officer (Assay) et de deux Technical Officers/Senior Technical Officers ayant reçu une formation spécifique en matière d’AML/CFT. Une fois l’article pertinent de la Financial Crimes Commission Act 2023 proclamé, l’Assay Office sera appelée à assurer la supervision de l’application de la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act 2002 auprès des Dealers in Precious Metals and Stones (DPMS).
Le directeur de l’Assay Office, Yugal Lucknauth, considère la création de cette unité comme une étape importante dans le durcissement du cadre réglementaire applicable au secteur des métaux et pierres précieux. L’institution se prépare à assumer cette nouvelle responsabilité avec du personnel formé et avec le soutien de la Financial Intelligence Unit (FIU). Dans le cadre de cette période de transition, la FIU a d’ailleurs détaché deux de ses officiers auprès de l’Assay Office pour une durée de six mois.
Pour le grand public, l’Assay Office reste principalement associée à l’analyse et à l’authentification des bijoux et pierres précieuses. Son rôle est toutefois beaucoup plus large. L’institution est chargée de veiller au respect de la Jewellery Act 2007, qui encadre notamment le commerce de l’or, de l’argent, du palladium et du platine, ainsi que celui des bijoux et des pierres précieuses et semi-précieuses.
La protection des consommateurs demeure au cœur de cette mission. Pour Yugal Lucknauth, il ne s’agit pas uniquement de contrôler les opérateurs du secteur, mais également de permettre aux membres du public d’effectuer leurs transactions avec davantage de confiance, qu’il s’agisse d’acheter, de vendre ou de faire évaluer des métaux précieux ou des pierres.
L’Assay Office dispose notamment d’un Assay Laboratory, chargé d’analyser l’or, l’argent et le platine ainsi que leurs alliages, et d’un Gemmology Laboratory, qui procède à l’authentification et à l’évaluation des pierres précieuses et au classement des diamants.
Les chiffres témoignent de l’importance du secteur et de l’ampleur de la tâche qui incombe à l’Assay Office. À fin décembre 2025, 602 dealers étaient enregistrés, opérant à travers 716 bijouteries et employant au total 2 233 personnes. Durant l’année écoulée, 29 nouveaux dealers se sont enregistrés auprès de l’institution, tandis que neuf ont cessé leurs activités.
L’Assay Office a également effectué 532 inspections inopinées dans les commerces de bijoux en 2025. Ces opérations ont couvert 74,3% des 716 bijouteries enregistrées. Deux infractions, impliquant deux dealers, ont été relevées pour défaut de tenue de registres écrits complets et véridiques. Les deux dossiers ont été transmis au bureau du Director of Public Prosecutions (DPP) pour avis.
Pour le directeur de l’Assay Office, les inspections constituent un élément essentiel du dispositif de contrôle. Elles permettent non seulement d’intervenir lorsqu’une infraction est constatée, mais également d’encourager les opérateurs à respecter les exigences légales.
Le contrôle du secteur concerne également les transactions portant sur les bijoux de seconde main. En 2025, pas moins de 6 683 Ownership Declaration Forms ont été visés par l’Assay Office.
La dimension scientifique constitue un autre volet important du travail de l’Assay Office. En 2025, environ 500 échantillons ont été analysés par l’Assay Laboratory, notamment à travers des méthodes reconnues telles que la coupellation, le touchstone testing et la spectrométrie aux rayons X. L’Assay Office propose également un service d’évaluation de la valeur du contenu en or des bijoux. Au total, 148 pièces de bijoux en or ont été évaluées en 2025.
D’après Yugal Lucknauth, ces services d’analyse indépendants sont particulièrement importants dans un secteur où la valeur d’un bijou peut dépendre de sa pureté, de sa composition, de l’authenticité de la pierre et de sa qualité. Ils permettent ainsi aux consommateurs et aux professionnels de disposer d’une évaluation objective.

