Fenêtres —0 years old

Ajouter en tant que source préférée sur Google

Vendredi 25 septembre, 17h30. Dans Port-Louis qui se vide lentement de son agitation à mesure que se vident ses bureaux, la voix fluette d’une petite fille s’élève de l’esplanade de la municipalité. Elle s’appelle Amel, elle a 8 ans, et avec son papa, son frère et sa sœur, elle est venue, après l’école, participer à « Know their names – Sak zanfan ena so nom ». Une initiative de Never Again Olive Resistance, mouvement créé et animé à Maurice par un groupe de femmes, pour organiser des actions de dénonciation et de conscientisation autour du génocide en cours à Gaza. Pour Sarah, Laïla, Tania, Emily, Valérie, il s’agit là, au-delà des statistiques désincarnées, de rendre à la mémoire vive non seulement la mort, mais aussi l’existence humaine de chacun-e des quelque 22 000 enfants tués par l’armée israélienne au cours de ces trois dernières années.

- Publicité -

Maya Ahmed Mansour Sukkar – 8 ans

Rafiq Nimer Bassem Al-Shanshir – 8 ans

- Publicité -

Aline Walid Asaf – 8 ans

Hussein Muhammad Hussein Kereizim – 8 ans

- Advertisement -

Lana Basil Hisham Mustapha – 8 ans

Maria Rizq Ali Orkouq – 8 ans

Nassim Karim Rashad Samour – 8 ans

Noor Alaa Omar Al-Nimr – 8 ans

Ibrahim Eyad Sobhi Bakheet – 8 ans

Khalil Mustafa Khalil Tamos – 8 ans

 

La voix d’Amel tremble sur chacun de ces noms. 8 ans, ces enfants avaient 8 ans, comme elle.

Comme elle, ils allaient à l’école, avaient des jeux, des amis, des parents, des peurs d’enfants, des rêves d’enfants.

Mais d’eux aujourd’hui, il ne reste que ces noms, privés de présent, privés d’avenir.

Selon les Nations Unies, un enfant est tué toutes les 30 minutes à Gaza. Et cette liste égrène quelque 22 000 noms, en commençant ainsi :

Maryam Nour Al-Din Wael Daban – 0 years old

Adam Mohammed Sabeer Abu_ajwah – 0 years old

Elina Moumen Riad Al-Rifi – 0 years old

Celine Ehab Ayman Al-Bahtiti – 0 years old

George Sobhi George Al-Soum – 0 years old

Aliya Abd Al-Noor Sami Al-Souri – 0 years old

Ismail Ahmed Ismail Farhat – 0 years old

Lana Yasser Nassif Hijazi – 0 years old

Maria Yasser Kamal Al-Masry – 0 years old

Khaled Fadi Khaled Al-Baba – 0 years old

 

0 years old. Douze pages. Des centaines de noms d’enfants qui auront été tués par l’armée israélienne avant d’atteindre l’âge d’un an.

Dans le même temps cette semaine, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a pris la parole à l’Assemblée générale des Nations Unies à New York. Alors même qu’il est officiellement sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis le 21 novembre 2024 par la Cour Pénale Internationale (CPI), jugé coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité perpétrés à Gaza. 124 États membres de la CPI sont depuis tenus d’arrêter Netanyahou s’il entre sur leur territoire. Mais les États-Unis n’en ont cure. Et sur le sol américain, il a attaqué dans son discours les États occidentaux qui reconnaissent un État palestinien. Ce, alors même que les délégués d’un certain nombre de pays choisissaient de quitter la salle.

Un peu partout à travers le monde, la dénonciation d’Israël enfle. Venant aussi, de plus en plus, de Juifs. Lors d’une récente édition du Palestinian Literature Festival (Palfest) également tenue à New York, l’écrivain et performer américain Morgan Bassichis, membre de Jewish Voice for Peace (JVP), a livré une prise de parole forte, où il se décrit comme « one of so many Jews around the country and around the world who with our whole beings reject Zionism as the racist colonial ideology that it is. Who with our entire being, stand with Palestinian people in their struggle for freedom, for justice, and for liberation. Who with our entire being reject the weaponization of Jewish pain, and Jewish history, and Jewish tradition, to justify Israeli colonization and apartheid and occupation. And who with our whole beings, reject the smearing and the targeting and the censoring of our Palestinian, our Arab and our Muslim siblings as they speak about the truth of Palestinian life and the importance of ending Israeli colonization and apartheid ».

Il a enchaîné en lisant une lettre des rabbins Alissa Wise et Brant Rosen, qui coprésident le Rabbinical Council de Jewish Voice for Peace. « As rabbis and Jewish leaders, we join you in your despair, your grief, your fear, your terror and your uncertainty. We know all too well that in moments of intensified Israeli aggression, there are accelerated attempts by those who fear peace, by those who fear freedom, to shut down voices who imagine a new world. Given the unspeakable scale of Israel’s current actions in Gaza, the suppression of voices of justice and peace are at an all time high. As people of faith, we believe this silencing must be overcome. Our sacred traditions insist that voices of justice are able to ring out louder and more fiercely than the calls for continued war. Critiquing Israel’s actions is not anti-Semitic. Quite the opposite. Challenging Israel’s behavior is a good way to show solidarity for Jews. It is a good way to be a good friend to Jews. Writers and artists and poets are vital right now to help us imagine new futures and inspire us to get there. We cannot think of a more critical moment to present this landmark event about the struggle for justice in Palestine. We know that so many in this room and beyond it have encountered fierce pushback and retaliation for speaking up. But nothing worth doing in times of crisis and urgency are without risk. This is a time of profound moral reckoning. And history will judge us by what we did or did not do in this moment. We all must have our answe ».

Ce moment de “profound moral reckoning », le chanteur à succès Ed Sheeran en a, contraint et forcé, fait l’expérience en ce mois de septembre. Actuellement en tournée des stades aux États-Unis avec The Loop Tour, il a été confronté à deux semaines d’âpre polémique après que le rappeur américain Macklemore a été viré de ses premières parties pour avoir lancé « Free Palestine » et avoir chanté Hind’s Hall, son titre en hommage à Hind Rajab, jeune enfant palestinienne de 6 ans assassinée par l’armée israélienne. Suite au retrait des autres artistes assurant ses premières parties, et du groupe qui l’accompagnait sur scène, Ed Sheeran a finalement pris la parole au concert de Philadelphie le 19 septembre pour dire notamment qu’il ne voulait pas transformer ses concerts en tribune politique, tout en reconnaissant qu’il existait à Gaza une situation qu’il qualifie de « catastrophique, injustifiable et disproportionnée ». Entre-temps, il avait perdu près d’un demi-million de followers sur ses réseaux sociaux.

En France, la comédienne Adèle Haenel a créé l’événement en dénonçant le silence et la complicité autour du génocide en cours à Gaza lors de l’édition du 9 septembre de l’émission La Grande Librairie. Séquence par la suite enlevée par France Télévisions.

À la Mostra de Venise il y a deux semaines, le documentaire NAZA a été ovationné et a reçu le Prix spécial du jury. Œuvre des réalisateur-trice israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, il livre les témoignages anonymisés de militaires israéliens qui racontent en détails les deux comment l’armée tue sans état d’âme des milliers de civils à Gaza. La réaction n’a pas tardé, avec une menace de déchéance de nationalité à l’encontre des deux cinéastes, accusés de trahison à l’égard de leur pays.

Malgré tous les moyens déployés par Israël et ses alliés pour tenter de justifier leur mortelle politique, nous sommes vraisemblablement à un moment de bascule, avec une opinion internationale de plus en plus conscientisée et mobilisée. Reste à savoir si cela permettra de déboucher sur cet instant zéro qui marquerait le début d’un nouvel univers. Où l’on ne décompterait plus ainsi, impuissants, les décès de milliers de bébés de 0 years old, victimes innocentes des guerres d’hommes qui refusent d’entendre raison humaine…

 

SHENAZ PATEL

EN CONTINU ↻