Le Front commun des syndicats du port affiche ses réserves face au projet de partage de l’actionnariat de la Cargo Handling Corporation Ltd (CHCL). Son président, Gérard Bertrand, met en exergue que cette question avait déjà été évoquée lors d’un comité présidé par l’ancien Deputy Prime Minister, Paul Bérenger. Les syndicats avaient alors exprimé leur opposition à toute forme de privatisation de la compagnie.
« Nous avions alors émis des réserves contre ce projet, car nous sommes contre la privatisation sous toutes ses formes. Maintenant, le projet revient au-devant de la scène. La CHCL est une compagnie profitable. Elle a déjà réalisé des profits records », soutient Gérard Bertrand.
D’après lui, les performances du secteur portuaire et l’évolution du trafic démontrent que « la CHCL dispose déjà des atouts nécessaires pour poursuivre son développement. En termes de trafic dans le port, on a encore enregistré un record et le trafic continue à s’accroître. Les bateaux ont tendance à venir à Port-Louis parce qu’il y a d’abord la sécurité et de bons services. Ils ont choisi Maurice depuis belle lurette. »
Gérard Bertrand avance que, depuis l’ouverture du Mauritius Container Terminal en 1999, les compagnies maritimes ont continué à faire confiance à la CHCL pour leurs opérations de manutention et de transbordement. Il souligne également que le transbordement avait commencé dès 1981, avec des volumes plus modestes sur l’ancien terminal, avant de progresser avec l’agrandissement des infrastructures portuaires.
« La CHCL est une compagnie profitable. Son cash flow est correct. Pourquoi vendre maintenant ses actions au secteur privé ? Je ne vois pas quelle plus-value cela va apporter à la CHCL, parce que le trafic maritime qui passe à travers Maersk et MSC est déjà là », fait-il valoir.
Gérard Bertrand aborde également la capacité actuelle de la CHCL en matière de manutention des conteneurs. « La CHCL est en mesure de manutentionner 800 000 conteneurs de 20 pieds. Le maximum qu’elle peut traiter est d’un million de conteneurs. Il est vrai que les travaux de manutention vont augmenter à l’avenir », explique-t-il.
Pour le président du Front commun, il appartient désormais au gouvernement de démontrer que l’ouverture du capital de la CHCL au secteur privé constituera réellement un avantage pour la compagnie.
« Le gouvernement doit venir nous convaincre que la vente de l’actionnariat de la CHCL sera un plus pour cette institution. Ce projet doit se faire dans la transparence la plus totale. Le gouvernement doit remettre sur pied le comité interministériel dans lequel les syndicats faisaient partie. Il doit venir expliquer aux syndicats les raisons derrière cette vente d’actionnariat », indique Gérard Bertrand. Il affirme également que les garanties annoncées concernant le maintien des emplois ne suffisent pas à dissiper les inquiétudes des travailleurs.
« On nous dit qu’il y a la garantie qu’aucun emploi ne sera supprimé. La garantie de l’emploi est une chose. Mais il ne faut pas dégrader les employés en leur demandant de faire autre chose », poursuit-il. Il aborde toutefois le fait que les syndicats ne sont pas opposés au développement du secteur portuaire. « Les syndicats ont toujours été partie prenante dans le développement portuaire », fait-il ressortir.
Il souligne que les principaux syndicats du secteur se retrouvent désormais au sein d’un même front. Il cite notamment la Port Louis Harbour and Docks Workers Union, la Dock and Wharf Staff Employees Union et la Port-Louis Maritime Employees Union, qui, selon lui, partagent la même position sur le dossier.
« Nous sommes contre la privatisation sous toutes ses formes, mais nous sommes ouverts aux discussions. Nous voulons savoir où nous allons. De quelle manière le projet de vente de l’actionnariat sera-t-il bénéfique à la CHCL ? Nous voulons également des garanties sur les conditions de service qui sont régies par un accord collectif », dit-il.
Pour Gérard Bertrand, seul le gouvernement est en mesure d’apporter ces garanties, puisque la CHCL demeure une compagnie appartenant à l’État. « C’est au gouvernement de venir rencontrer les syndicats pour donner ces garanties. Nous voulons des réponses », insiste-t-il.
Le Front commun estime par ailleurs qu’un autre enjeu se profile avec la création de l’Island Container Terminal. Gérard Bertrand estime que toute décision concernant l’actionnariat de la CHCL doit également tenir compte de l’évolution du trafic maritime et de la concurrence dans le secteur.
« Il y a aussi un danger qui se profile à l’horizon avec la création de l’Island Container Terminal. Donc, si la vente des actions de la CHCL à ces deux grandes pointures permet de maintenir son trafic, nous participerons pleinement à ce projet », affirme-t-il.
Gérard Bertrand estime que les difficultés actuelles de la CHCL ne seraient pas liées à ses employés, mais plutôt à sa gestion. Il dénonce, à cet égard, ce qu’il qualifie de campagne de dénigrement visant les travailleurs du port. « On a fait croire que les travailleurs du port ne travaillent pas assez, alors que les résultats sont là », laisse-t-il entendre.
Pour lui, le principal problème auquel fait face actuellement la CHCL est d’ordre administratif et managérial. « Le seul problème que nous avons maintenant, c’est un problème de gestion. On ne dispose pas d’un bon administrateur. Une fois ce problème réglé, la CHCL marchera très bien », conclut-il.

