Océan Indien — Souveraineté non-négociable : Chagos Deal : le réveil brutal avec le coup de semonce répété de la Terrible Trump Card

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  • Maurice privilégie le concept de Quiet Diplomacy et le dialogue, croyant pouvoir faire prévaloir le Rule of Law sur la fin du processus de décolonisation
  • Ramful à l’ONU: « We trust that States which laid the foundation of the new post-war legal order will recommit to full respect and compliance with international law and correct this historical injustice without delay »
  • Jeremy Corbyn devant la honteuse volte-face d’Andy Burnham : « The British government should respect international law, cease its illegal occupation »
  • Ramgoolam à Londres dès ce week-end pour dégager une Roadmap sauvegardant les Fundamental Gains du traité anglo-mauricien signé le 22 mai 2025
Les 29 mots prononcés dans la soirée de mardi à New York par le président américain, Donald Trump, sur les Chagos, ont trouvé cette fois des échos favorables auprès de son interlocuteur, le Premier ministre britannique, Andy Burnham. C’est vrai que ce n’est pas la première fois que le chef de l’Exécutif américain dénonce formellement le Chagos Deal. Mais cette fois-ci, les mots suivants — « I don’t support it. I think it’s terrible. It was a terrible deal. Strategically it’s very important… I think the Prime Minister is going to be looking at it » — ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd. À peine les clameurs de réjouissances des anti-Chagos Deal se sont tues, Londres s’est joint au concert. Le Secretary of Defence du gouvernement Burnham, Wes Streeting, s’est transformé en faucon, pour apposer une fin de non-recevoir sans équivoque en affirmant sur BBC 4 Radio que « the deal can’t go ahead without American support. »

La conséquence directe ne s’est pas fait attendre avec des sources autorisées à Whitehall confirmant en fin de semaine à la presse, dont The Times de Londres, que « ministers were under no illusion that the existing deal, signed by Sir Keir last year, could be resurrected. » Ou encore plus grave encore, Andy Burnham n’est pas tenu à mettre à exécution un engagement pris par son prédécesseur, sir Keir Starmer, suite à une démarche politique initiée simultanément à la Chambre des Communes à Londres et à l’Assemblée nationale à Port-Louis le jeudi 3 novembre 2022 par une Première ministre du Parti Conservateur, Liz Truss. Comme quoi, la permanence de l’État peut se retrouver sans difficulté au fond de la poubelle de la Mother of Parliaments. Et cela, au gré des whims and caprices exprimés outre-Atlantique.

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Toutefois, force est de constater que dans la conjoncture politique et diplomatique marquée par le bullying, les dernières voix défendant les traditions et pratiques démocratiques n’ont pas hésité à se faire entendre, même aux risques de prêcher dans le désert. Ainsi, ce n’est nullement un hasard que face à la honteuse volte-face d’Andy Burnham, l’ancien leader du Parti Travailliste britannique, l’un des plus fidèles défenseurs de la cause des Chagos, Jeremy Corbyn, est intervenu avec force dans les débats pour rappeler le devoir attendu du locataire du N°10 Downing Street.

« Earlier this week, Andy Burnham said that he would honour the ICJ judgement and transfer sovereignty of the Chagos Islands to Mauritius. After one meeting with Donald Trump, that commitment is now in doubt. The British government should respect international law, cease its illegal occupation, and finally bring this shameful period of British history to an end. We must continue in our long search for justice for the Chagossians », avait-il posté sur son compte X malgré les déluges conséquents emportant l’accord anglo-mauricien, signé le 22 mai 2025 et accueilli alors favorablement par la communauté internationale comme une victoire du rule of law sur tout autre considération des superpuissances.

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Ainsi, depuis mardi soir, la pression s’est accentuée en vue de faire une croix sur le Chagos Deal, avec le retour des îles de l’archipel des Chagos sous le contrôle de la République de Maurice, le nouveau bail de 99 ans pour la base militaire et nucléaire de Diego Garcia aux Américains. Encore plus le loyer annuel agréé entre Londres et Port-Louis, soit £ 165 millions (Rs 10,2 milliards) sous forme de frontloading pour les trois premières années du bail et £ 120 millions (Rs 7,4 milliards).

Le Defence Secretary britannique n’a pas manqué de donner raison aux Conservateurs, menés par Dame Priti Patel, jusqu’à tout récemment Shadow Foreign Secretary, à la tête de la campagne à la Chambre des Communes contre le Chagos Surrender Deal. Intervenant sur le programme de BBC Radio 4 Today au sujet des paiements convenus dans l’accord du 22 mai 2025, il dira sans hésitation que « not at this stage. We’ve got to get to a point where we can agree a deal … This deal as it is currently constituted can’t go ahead without American support. So we have to get a deal to a place where it commands American support as well as the agreement of the government of Mauritius and our government. »

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Quiet diplomacy

Il ajoutera que « and the reason why that is important is because we are trying to safeguard, not just now but for the longer term, the base at Diego Garcia, and the capability it provides the United Kingdom and the United States for our national and collective security. The payments would be a price worth paying if they secured Britain’s long-term ability to operate from Diego Garcia. »

Et la position de Maurice sous le coup de ce razzmatazz politique et médiatique, relancé à la faveur de la Terrible Trump Card du président américain ? Profitant d’une sortie officielle en matière de santé publique, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, fera comprendre que le gouvernement continuera à privilégier la quiet diplomacy et le dialogue aux dépens de la loudspeaker approach en vue de parachever le processus de décolonisation avec le retour de l’archipel des Chagos sous le contrôle de Maurice. Mais la piqûre de rappel sur le plan du Droit international revêt toute son importance, soit que « la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos n’est pas négociable. »

Ainsi, le dossier des Chagos est revenu à l’agenda du conseil des ministres de vendredi dernier. Premier item dans le communiqué officiel, le gouvernement a tenu à faire le point de la situation, sans abattre les options susceptibles d’être retenues pour la prochaine étape de Chagos The Way Forward. D’abord, il a été question de cet échange téléphonique intervenant en fin de journée de lundi dernier. La teneur du communiqué émis par les services de presse du Prime Minister’s Office ne laissait percevoir aucune indication quant à un éventuel retournement de veste d’Andy Burnham moins de 24 heures après. « Le Premier ministre britannique a réitéré son engagement à continuer à tout mettre en œuvre, avec les États-Unis d’Amérique, pour la ratification du traité, car le Royaume-Uni reconnaît la nécessité de garantir l’utilisation de la base militaire de Diego Garcia pour sa sécurité », souligne verbatim le communiqué.

Le conseil des ministres devait aussi prendre note que « during the meeting which the UK Prime Minister had with the US President on 22 September 2026, the latter reiterated his opposition to the Agreement on the Chagos Archipelago. » Même s’il est question que « in a press statement after that meeting, the UK Prime Minister expressed his commitment to seeking a resolution to the satisfaction of all parties. »

Contre-offensive

En vue de sa contre-offensive, sous l’empreinte de la quiet diplomacy, Maurice compte s’appuyer sur deux facteurs, énoncés dans le communiqué du conseil des ministres, soulignant que les Britanniques n’ont à aucun moment remis en question la souveraineté de Maurice sur les Chagos ou encore que Port-Louis n’a jamais contesté « the continued operation of the military base in Diego Garcia and that the May 2025 Agreement in fact guarantees the long-term, secure and effective operation of the base. »

Pour le premier volet de The Way Forward, Maurice se fait fort de brandir les conclusions de l’Advisory Opinion de l’International Court of Justice de La Haye du 25 février 2019, la résolution 73/295 du 22 mai 2019, et non de 2025, comme indiqué par inadvertance dans le communiqué du conseil des ministres, adoptée à une majorité écrasante de l’assemblée générale des Nations Unies et enjoignant le Royaume-Uni d’évacuer l’archipel des Chagos au plus tard le 22 novembre 2019 et sans conditions, et les jugements de l’International Tribunal for the Law of the Sea (ITLOS) en date du 28 janvier 2021 et du 28 avril 2023. Autant d’arguments dans la manche pour Maurice.

Avec son déplacement cette semaine à Londres pour les besoins d’un check-up médical, Navin Ramgoolam aura des séances de travail avec les conseils légaux du gouvernement sur les Chagos pour passer en revue la situation avec les développements intervenus au cours de la semaine écoulée en vue de charter the Chagos Deal course. Il prévoit également d’avoir une séance de travail avec le National Security Adviser britannique, Jonathan Powell, celui qui a masterminded l’accord du 22 mai 2025 sous le Prime Ministership de sir Keir Starmer.

Les indications devant être recueillies lors de ces échanges devront permettre à la partie mauricienne de jauger le potentiel que Jonathan Powell, sous l’influence agissante des nouvelles relations entre Londres et Washington, s’apprête à « throw the baby out with the bathwater ». Car de plus en plus, le talk of Whitehall rejoint la ligne politiquement contagieuse des Conservateurs anglais, en l’occurrence Kill the Chagos Deal Bill.
Néanmoins, l’antidote de la quiet diplomacy de Maurice saura-t-elle contrer les effets pervers sur Londres de la Trump Card de Washington, où le sort des Chagossiens, forcés à l’exil, est relégué loin derrière des considérations militaires ou encore avec la dernière trouvaille de Donald Trump, considérant les îles de l’archipel comme « a very important piece of real estate, militarily and strategically. » « And that’s it », est-on tenté de rajouter cyniquement.

 

Stratégie de Maurice

En tout cas, dès les petites heures d’hier matin, le ministre des Affaires étrangères, Ritesh Ramful, s’est vu confier la mission de faire entendre la voix de Maurice sur l’importance du respect de l’État de Droit ou encore du Droit international. Intervenant à la tribune de Maurice, en remplacement de Navin Ramgoolam, il a échafaudé les bases de la stratégie de Maurice.
D’abord, profitant de la récente landmark resolution du 20 mai sur le changement climatique, le chef de la diplomatie se félicitera de la pertinence de « the International Court of Justice as a mechanism for the peaceful settlement of disputes and determination of issues of international law. » Il s’empressera de faire appel aux États membres de l’Organisation des Natons unies, qui ne l’ont pas fait jusqu’ici, « to accept the compulsory jurisdiction of the International Court of Justice ». Sans citer Londres et Washington.
Et cela en préambule à la charge politique et diplomatique sur les Chagos en guise de flèche du Parthe à don discours. Réitérant le fait indéniable que « the sovereignty of Mauritius over the Chagos is non-negotiable », il soutiendra que le Chagos Deal du 22 mai 2025 entre Londres et Port-Louis « stands as living proof that trust in multilateralism and UN judicial organs can achieve the peaceful settlement of disputes and the completion of our nation’s decolonisation and restore the rights of Mauritians of Chagossians origin by force of law. »
Sans citer nommément les États membres, Ritesh Ramful, au nom de Maurice, ajoutera que « trust especially amongst neighbours and in the region is reinforced when there is the respect for the rule of law, for the resolutions of the United Nations General Assembly, the ruling of the International Tribunal on the Law of the Sea, and the ICJ’s Advisory Opinion on the Chagos Archipelago, which carries authoritative obligations. » Toujours avec le mot trust en vedette, il fera un appel aux États concernés pour que le processus de décolonisation soit complété dans les meilleurs délais.

« We trust that States which laid the foundation of the new post war legal order will recommit to full respect and compliance with international law and correct this historical injustice without delay, as William Ewart Gladstone, four-term British Prime Minister and great campaigner for peace and freedom put it, Justice delayed is justice denied », s’est-il appesanti en attendant la quiet diplomacy, mais précisant la position de no concession on Mauritian sovereignty sur l’archipel des Chagos ne soit reçue par les États-membres ciblés ou que cette démarche ne restera qu’un vœu pieux de la diplomatie mauricienne face à un différend remontant déjà à plus de 60 ans…

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Tromelin

Appel à la France pour un engagement constructif

À la tribune de l’assemblée générale des Nations unies, le ministre des Affaires étrangères, Dhananjay (Ritesh) Ramful a également évoqué la revendication de Maurice sur Tromelin, outre le dossier de brûlante actualité des Chagos. Il a lancé un appel à la France pour un engagement constructif avec Maurice sur ce dossier.

Le ministre en a consacré deux paragraphes vers la fin de son discours, notamment « l’île de Tromelin fait partie intégrante du territoire de la République de Maurice. Nous avons constamment maintenu notre position concernant la souveraineté de la République de Maurice sur cette île. Nous réitérons notre appel à la France à s’engager de manière constructive en vue du règlement du différend relatif à l’île de Tromelin, dans l’esprit d’amitié qui caractérise les relations entre nos deux pays. »

D’autre part, au début, le ministre a réaffirmé l’engagement de Maurice en faveur d’un système multilatéral « fit for purpose », plus juste et mieux adapté aux réalités du XXIe siècle. Il a souligné la nécessité de réformer l’Organisation des Nations unies, notamment le Conseil de sécurité, afin de garantir une représentation plus équitable des pays en développement, notamment ceux du continent africain et des petits États insulaires en développement. Il a aussi réaffirmé l’appui de Maurice en faveur de l’Inde à un siège permanent.
« Developing nations must have a seat at the table as equal stakeholders. We all acknowledge that the three pillars of the UN Charter are: Peace and Security; Development and Human Rights. The twin institutional pillars provided in the Charter were, and still are, the Security Council and ECOSOC as the apex bodies for achieving these purposes. However, over the years, optimal use has been made primarily of only one of these organs », a-t-il fait ressortir.

Abordant la crise climatique, Maurice a salué l’Advisory Opinion de la Cour internationale de Justice sur les obligations des États en matière de changement climatique et a appelé à sa mise en œuvre. « This was a vindication of the tireless advocacy of Vanuatu and the Core Group of States. Mauritius was proud to stand among them. We call for the full operationalization of this Advisory Opinion, including through the follow-up action requested by this Assembly, in accordance with the UN General Assembly landmark resolution of 20 May 2026, welcoming the Advisory Opinion of the International Court of Justice on the obligations of States in respect of climate change. We also support the legal principle — affirmed by the ICJ- that States are under no obligation to update their maritime baselines or zones to account for climate induced sea level rise. Mauritius calls for the principle that statehood and sovereignty are not impacted by sea level rise, to be formally codified », s’est-il appesanti.

En tant qu’État côtier doté d’une zone économique exclusive de 2,2 millions de kilomètres carrés, Maurice a réaffirmé son attachement à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et à la protection durable des océans. Il a également annoncé que Maurice accueillera, au premier trimestre de 2027, une conférence ministérielle sur la cybercriminalité et la sécurité des câbles sous-marins dans l’océan Indien occidental, avec le soutien de l’Union européenne et de la Commission de l’océan Indien.
Sur les nouvelles technologies, le ministre a souligné que l’intelligence artificielle et les innovations numériques doivent être gouvernées de manière ouverte, transparente et inclusive, afin que leurs avantages soient partagés équitablement et que leurs risques soient gérés collectivement. Il a rappelé que Maurice a lancé une Stratégie nationale sur l’intelligence artificielle pour la période 2025-2029 ainsi qu’une Stratégie nationale sur les technologies financières pour la période 2026-2030.
Maurice a également réaffirmé sa position de principe en faveur du droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à un État indépendant et souverain, ayant Jérusalem-Est pour capitale. Elle a aussi exprimé sa vive préoccupation face à la crise dans le Golfe et aux menaces pesant sur la liberté de navigation, dont les répercussions se font ressentir sur l’économie mondiale, plus particulièrement sur les pays en développement et les consommateurs.

« We are deeply concerned by the effects of regional conflicts and instability on development, economic growth, food security and the achievement of SDGs. The crisis in the Gulf and threats to freedom of navigation have sent shockwaves across the global economy. For a small, open economy such as Mauritius, which depends on maritime trade routes for over 90% of its primary energy imports and more than 70% of its food supply, these effects are felt acutely », fait-il valoir.
Le ministre des Affaires étrangères a conclu en exprimant la confiance de Maurice dans le multilatéralisme et dans la capacité de la communauté internationale, dont environ la moitié est composée de jeunes — qui aspirent à protéger la planète, mieux partager les richesses et utiliser les nouvelles technologies à bon escient — saura relever les nouveaux défis.

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