De Rs 11 milliards en 2025 à Rs 10,4 milliards cette année
L’industrie sucrière locale traverse une période de fortes turbulences, marquée par une conjugaison de facteurs, dont la baisse des cours mondiaux, la hausse des coûts de production, la diminution des superficies sous canne et une concurrence internationale de plus en plus soutenue. C’est le constat qui ressort des interventions du président sortant du Mauritius Sugar Syndicate, Jean-Michel Maigrot, et du Chief Executive 0fficer (CEO), Devesh Dhukira, lors de l’assemblée générale. Les deux se sont appesantis sur la nécessité de préserver la production, de renforcer la différenciation des sucres mauriciens et d’améliorer la compétitivité du secteur. Sachin Sookna – représentant des petits planteurs – occupera cette année la présidence du Syndicat des Sucres, alors que Jacques Marrier d’Unienville a été élu à la vice-présidence.
Pour la récolte de 2025, le prix ex-Syndicate versé aux producteurs a été arrêté à Rs 24 095 la tonne de sucre, soit une baisse de 12% par rapport aux Rs 27 478 de la récolte précédente. Selon le président sortant, ce prix aurait toutefois pu atteindre environ Rs 25 000 si le Global Cess Waiver, en vigueur depuis 2018, avait été renouvelé. Dans le même temps, les recettes de vente ont atteint Rs 10,4 milliards, contre Rs 11 milliards précédemment. Une baisse limitée à 6%, souligne-t-il, alors que le marché mondial avait reculé de 15% au cours de la même période.
Cette performance s’explique notamment par une stratégie visant à augmenter la part des sucres spéciaux dans les ventes et à orienter le sucre blanc vers les marchés les plus rémunérateurs. La stratégie de couverture de change a également permis un gain d’environ Rs 220 millions, avec notamment le renforcement de l’euro face à la roupie. À ces recettes se sont ajoutées Rs 3 087 par tonne de sucre équivalent au titre de la bagasse et Rs 5 125 pour la mélasse, y compris le prélèvement des distilleries et embouteilleurs. Malgré cela, les revenus cumulés pour la récolte 2025, soit Rs 29 600 pour les planteurs et Rs 27 200 pour les usiniers, sont restés inférieurs aux coûts opérationnels, qui ont fortement augmenté.
Production sous pression
Pour Jean-Michel Maigrot, le principal défi à long terme demeure le maintien d’un niveau minimum de production permettant au secteur de conserver ses économies d’échelle et au Syndicat des Sucres de disposer d’une marge de manœuvre suffisante sur les marchés. Les chiffres demeurent préoccupants. La superficie récoltée est tombée à 33 805 hectares en 2025, pour une production de 220 305 tonnes de sucre. Plus de 10 000 hectares de terres anciennement sous canne resteraient par ailleurs inutilisés. À cela se greffent les difficultés liées à la main-d’œuvre, aux restrictions d’eau, à l’abandon des terres et à l’augmentation persistante des coûts.
La baisse des rendements suscite des appréhensions. En 12 ans, le rendement est passé de près de 80 tonnes de canne et huit tonnes de sucre à l’hectare à 68,7 tonnes de canne et 6,5 tonnes de sucre. Le changement climatique et la dégradation des pratiques agricoles sont présentés comme des facteurs de cette évolution.
Le président sortant a néanmoins souligné les efforts entrepris pour consolider la différenciation des sucres mauriciens. La stratégie repose notamment sur les sucres spéciaux, la certification, la qualité, la traçabilité et la mise en avant de l’origine mauricienne.
Face à cette volatilité, le président sortant a plaidé pour la sécurisation d’une base de revenus permettant aux producteurs d’assurer leur viabilité économique. Il demande notamment une meilleure protection du marché intérieur contre certaines importations de sucre, une révision du prix de la bagasse, fixé à Rs 3.50 par kWh depuis 2021, ainsi qu’une maîtrise des coûts statutaires, entre autres le Global Cess et la prime d’assurance de la SIFB.
La révision du prix de la bagasse est présentée comme un enjeu à la fois pour les revenus des planteurs et pour la transition énergétique du pays. Une rémunération plus adéquate pourrait, selon le syndicat, encourager la production de biomasse et contribuer à l’objectif gouvernemental de porter à 60% la part des énergies renouvelables dans les besoins énergétiques nationaux d’ici à 2035.
Au terme de son mandat, Jean-Michel Maigrot a ainsi dressé le bilan d’une année difficile pour une industrie confrontée à des marchés internationaux très volatils. Mais le message des deux dirigeants du syndicat demeure tourné vers l’adaptation : préserver la masse critique de production, améliorer les rendements, valoriser davantage les co-produits de la canne, développer les sucres à forte valeur ajoutée et exploiter au maximum les atouts liés à l’origine, à la durabilité et à la qualité du sucre mauricien.
Dans son intervention, Devesh Dhukira a replacé la situation locale dans le contexte international. Les prix exceptionnellement rémunérateurs de 2022 et 2023 avaient encouragé les producteurs mondiaux à accroître leurs capacités. La production mondiale est ainsi passée de 175,5 millions de tonnes en 2022/23 à 181 millions de tonnes l’année suivante, avec une contribution particulièrement importante du Brésil. Cette progression de l’offre a provoqué un retournement du marché. Le prix moyen du sucre brut sur le marché mondial est passé de près de 24 cents US la livre en juillet 2023 à environ 19 cents un an plus tard, puis à 16,70 cents en juillet 2025.
Le marché européen, traditionnellement essentiel pour Maurice, a été affecté. L’augmentation de la production de betterave en Europe, combinée à une hausse des importations, notamment en provenance d’Ukraine, a contribué à la constitution de stocks et à la pression sur les prix. Dans ce contexte, Maurice n’a exporté qu’environ 30 000 tonnes de sucre blanc vers l’Union européenne au titre de la récolte 2025, contre 60 000 tonnes en 2023/24. Le syndicat a donc poursuivi sa politique de diversification vers d’autres destinations, notamment le Kenya, Madagascar et la Chine.
Devesh Dhukira a également mis l’accent sur la montée en puissance des sucres spéciaux. Leur part représente désormais 60% de la production, contre 54% l’année précédente et 52% en 2020. Sur les 132 000 tonnes produites par Alteo Milling et Terra Milling en 2025, 122 000 tonnes ont été exportées. Mais là encore, la concurrence s’accentue, particulièrement sur le marché européen, avec l’arrivée de nouvelles origines d’Afrique et d’Amérique centrale, qui proposent des sucres de canne bruns sur des segments autrefois fortement associés à Maurice.
Le surplus mondial estimé à 2,24 millions de tonnes pour 2025/26 en mai a été ramené à 1,14 million de tonnes dans les prévisions d’août, tandis que le surplus anticipé pour 2026/27 s’est transformé en léger déficit. Le syndicat estime ainsi que les prix pourraient se redresser.

