Une jeune mère de famille qui rentre chez elle un peu avant minuit, un vendredi, après une journée de travail que l’on devine bien remplie. Au lieu d’arriver paisiblement à son domicile pour converser avec son époux et embrasser sa petite fille, elle est conduite d’urgence à l’hôpital parce qu’un gabelou – tout autre nom serait ici inapproprié – lui a tiré dessus. Voilà pour le décor ! Bienvenue au Far-West !
Selon la description des faits du chauffeur du van « contract » qui la reconduisait chez elle, des policiers lui avaient barré la route au motif que la chaussée était obstruée plus loin. Le conducteur a bien dit qu’il avait pour mission de ramener la dame jusqu’à sa résidence, mais les agents de l’ordre, du désordre plutôt, auraient insisté pour qu’il ne bouge pas. Les policiers s’attendaient peut-être que le chauffeur débarque sa passagère en pleine rue au milieu de la nuit et qu’elle se rende à cette heure tardive à pied jusqu’à son domicile. Mais c’est du grand n’importe quoi !
Comme le chauffeur a, avec raison, insisté pour conduire la dame jusqu’à l’entrée de son domicile, un des flics en délire ou peut-être même sous influence, allez savoir – plus rien venant de la police n’étonnant vraiment de nos jours –, aurait pointé son arme à feu sur sa tempe. Plutôt que de parlementer interminablement avec ce « san konpran » au milieu de la nuit, le chauffeur a continué son chemin et c’est là que le policier, do nt on espère qu’il aura été soumis à des tests alcool et drogue compris, a tiré, blessant grièvement la caissière qui rentrait chez elle.
C’est lorsque l’affaire a, samedi matin, commencé à prendre des proportions considérables et que les pires réactions, genre février 99, étaient redoutées, que la hiérarchie de la police a commencé à s’agiter et à faire savoir à la presse que le policier à la gâchette facile avait été interpellé et détenu.
Et, comme toujours, ce n’est ni le ministre de l’Intérieur ni le commissaire de police qui sont montés au front pour rassurer, mais le porte-parole de la police – celui dont le caquet avait été sèchement rabattu par le directeur des poursuites publiques (DPP) – qui est venu nous entretenir de son petit couplet insipide.
Suhail Lidialam avait imputé au DPP la décision de libérer l’auteur d’un accident mortel à Camp Levieux qui avait coûté la vie au jeune Muzammil Hussenboccus, sans dire que le dossier du chauffard comportait de grosses omissions, comme conduite sans permis et sous influence de la drogue, et bouteilles de boissons alcoolisées dans le véhicule incriminé.
Pourquoi encore et toujours Camp Levieux ? Les manifestations de l’eau ont eu lieu durant la semaine écoulée dans plusieurs localités de l’île, dans la circonscription du ministre des Services Publics, Patrick Assirvaden, route St Paul, Hermitage, Camp Fouquereaux et à Allée Brillant qui se trouve à un jet de pierre de la résidence du Premier ministre.
Obstruction, pneus et matelas brûlés, expression d’une grande colère assortie de menaces, mais aucune interpellation jusqu’ici, les circonstances plaidant pour les manifestants, sauf à Camp Levieux où des arrestations de mineurs notamment ont été effectuées.
Quelles sont les directives reçues ? Get lendrwa ek figir avan azir ? Le Commissaire de police, Rampersad Sooroojbally, celui que Neelkanth Dulloo se plaît à désigner comme « Fantomas » tant il est complètement absent des opérations et de la communication publiques, va-t-il assurer que tous les citoyens sont traités sur le même pied d’égalité ? Et que cela ne provoque pas des frustrations localisées qui peuvent potentiellement dégénérer en troubles sociaux ?
Même sur le feuilleton salace du poste de police de Sodnac, il aurait dû sortir du bois et livrer toutes les informations sur ce dossier qui donne une image encore plus dégradée d’une police déjà bien démonétisée. Ce n’est pas tous les jours qu’un commissariat est transformé en sitcom digne de Netflix et que de sombres combines se déroulent entre policiers et prévenus, de surcroit, impliqués dans un trafic présumé de drogue.
Relations intimes, fête d’anniversaire, lessive assurée et shopping au supermarché pour choisir ses produits de prédilection. On dirait ces maisons de passe maquillées en salons de massage. Et, au final, quelles sanctions pour ces indélicatesses inédites ? Quelques transferts seulement. On aura tout vu !
Les agitations de la semaine autour de l’eau sont venues mettre en exergue le sens inversé des priorités que cultivent les gouvernements successifs. Il a fallu que des citoyens descendent dans la rue pour que des solutions soient trouvées en catastrophe. Comme si tout cela ne pouvait pas être anticipé !
En 2014, Lalians Lepep s’engageait solennellement à distribuer l’eau 24/7. Dix ans après, le constat était accablant : ce fut le 24/sec. Au lieu de prendre ce problème urgent à bras le corps, la priorité est aujourd’hui l’autoroute M4 et le bétonnage continu du pays, et l’élimination des arbres et forêts, pour se désoler après que la pluie se fait rare… Et dire que l’on a mobilisé tant d’argent et tant d’énergie sur la vision 2050 pendant que les robinets, eux, sont aujourd’hui devenus décoratifs !
PS : On n’est pas encore le 1er avril, mais un drôle de poisson a été balancé par le PMO. Il paraît que la police britannique s’intéresse à un banal cliché de Navin Ramgoolam et de son épouse, dans une posture de citoyens lambda, attendant que le feu passe au vert pour traverser une avenue londonienne.
Vraiment ? Pourquoi donc ? Sont-ce des photos personnelles volées ? Qu’y a-t-il dans cette photo qui puisse mobiliser des enquêteurs de sa majesté le Roi Charles, alors que des élus et des membres de la famille royale britannique sont régulièrement pris en photos lorsqu’ils effectuent des déplacements publics ? La photo du Premier ministre est intéressante dans la mesure où cela montre qu’à Londres, Navin Ramgoolam adopte une attitude décontractée sans cavalcade ni voiture blindée.
Autant que l’on s’en souvienne, aucune enquête de la police britannique n’avait suivi la publication en exclusivité par Week-End, le 13 avril 2014, de photos de Navin Ramgoolam, alors aussi Premier ministre, valise à la main non loin de sa Rolls Royce immatriculée RR 10 Ram, un sans domicile fixe, se trouvant dans les parages, l’affublant même du sobriquet de « the banker ». On peut vouloir tout expliquer et tout justifier, mais ne pas trop en faire. Parce que le ridicule n’est jamais loin.

