Fort d’un héritage familial, l’agence Cathay Tours, fondée en 1952, élargit ses horizons vers l’univers des croisières. Avec son côté visionnaire, Jimmy Tan Yan a su au fil des années poursuivre le développement de cette entreprise familiale. Des voyages vers l’Europe, l’Asie et d’autres lieux tout aussi emblématiques, à l’accueil de visiteurs à Maurice, puis aux croisières, son parcours raconte une diversification progressive. Avec une conviction : les technologies doivent servir le voyage sans remplacer la relation humaine.
L’Asie, c’est avant tout une histoire familiale. Pionnier du voyage en Extrême Orient, le fondateur de Cathay Tours, Edwin Tan Yan (Ah Vee), le père de Jimmy Tan Yan avait anticipé l’engouement des Mauriciens pour les destinations asiatiques. Épaulée dans sa mission par sa femme, Maude Tan Yan, une collaboratrice importante dans l’agence. Selon les confidences de Jimmy Tan Yan, son père portait déjà en lui la vision stratégique de faire découvrir l’Extrême-Orient – et plus particulièrement Hong Kong, la Chine et Moyang – à ses concitoyens en quête d’évasion. « Cathay Tours a été le pionnier », affirme-t-il. L’attrait des voyages répondait alors autant à un désir de découverte qu’au besoin de maintenir les liens familiaux.
Le directeur de Cathay Tours se souvient d’un déplacement effectué enfant, aux côtés de son père. Des voyageurs achetaient des Vouchers destinés à leurs familles, pour leur permettre d’acquérir un réfrigérateur, une machine à coudre ou une moto. Derrière les itinéraires se dessinaient des histoires de retrouvailles et de solidarité. Singapour, Bangkok et Hong Kong figuraient parmi les destinations prisées de la clientèle, composée notamment d’hommes d’affaires. « Cette ouverture sur l’Extrême-Orient a insufflé à Cathay Tours sa direction », dira Jimmy Tan Yan.
Après ses études à Toronto, Jimmy Tan Yan envisage de rester au Canada. Son père, qui voyage régulièrement, lui fait part de la fatigue liée à ce rythme et lui suggère de le rejoindre au sein de la compagnie. Jimmy décide de tenter l’expérience dans l’entreprise familiale et reprend le flambeau en 1985. Il apprend le métier au quotidien, au sein de l’entreprise Cathay Tours, où sa mère, Maud est également présente et où les conversations familiales portent souvent sur les affaires.
Mais transmettre ne signifie pas reproduire à l’identique. Jimmy veut élargir l’activité au tourisme réceptif : organiser les séjours des visiteurs étrangers à Maurice, en complément des voyages des Mauriciens à l’étranger. L’accès à ce marché lui paraît difficile. Il évoque les investissements nécessaires et les réticences rencontrées lorsqu’il sollicite des partenaires. Il participe aux salons touristiques, de Paris à Berlin, et multiplie les démarches auprès des voyagistes européens.
Vendre Maurice autrement
Dans ce travail de prospection, Jimmy Tan Yan retient l’exemple de sir Gaëtan Duval alors qu’il était ministre chargé du Tourisme à Maurice. Il salue sa manière d’aller personnellement à la rencontre des professionnels étrangers pour promouvoir Maurice. Cette démarche nourrit sa propre méthode : être présent dans les salons, mais aussi prendre le temps de rencontrer les partenaires et d’expliquer la destination. «Il faut aussi aller vers le client, les tour-opérateurs », souligne-t-il. Le contact direct devient un complément essentiel à la visibilité offerte par les grands rendez-vous touristiques. Le développement du réceptif conduit Cathay Tours à travailler avec des hôtels, et à constituer sa propre flotte de véhicules. Jimmy reste néanmoins attentif à la taille de l’entreprise. « Il y a une certaine dimension de la compagnie où il faut trouver l’équilibre », précise-t-il. L’enjeu n’est pas seulement de grandir, mais de conserver une activité maîtrisée.
La crise sanitaire liée au Covid-19 interrompt les activités et oblige l’entreprise à revoir ses priorités. Lors de la reprise, Cathay Tours retravaille sa communication et les produits à mettre en avant. « On a fait un Reset », résume Jimmy Tan Yan. Les croisières occupent une place dans cette relance, même s’il hésite à revenir sur ce créneau, marqué par les difficultés de la pandémie. Une fois la situation stabilisée, il souhaite redonner envie aux voyageurs mauriciens de découvrir cette formule de croisiériste.
L’expérience du voyageur
Son argument tient d’abord à la simplicité du séjour : plusieurs escales, sans devoir refaire ses bagages à chaque étape. Il présente également les croisières comme une expérience susceptible d’intéresser une clientèle plus jeune, au-delà de l’image d’un voyage réservé aux retraités. Les offres de quatre ou cinq nuits permettent, selon lui, d’aborder ce type de vacances. Une croisière peut aussi compléter un déplacement en Europe, notamment pour les Mauriciens qui s’y rendent pour visiter leur famille.
Dans ses récits de voyage, Jimmy Tan Yan évoque également son initiation aux croisières, un univers qu’il a découvert à bord du Grandeur of the Seas. Si cette première expérience s’est d’abord accompagnée d’une certaine appréhension face aux mouvements du navire, l’inquiétude a rapidement laissé place à l’émerveillement. De cette découverte, il retient avant tout la qualité spectaculaire des divertissements, le raffinement de la restauration et le confort des cabines, autant d’atouts qui ont transformé un baptême du feu maritime en un souvenir mémorable. À propos du Legend of the Seas, il dit avoir effectué un voyage récemment grâce à l’invitation de Royal Carribean. «C’est le plus gros paquebot».
Ouvrir de nouveaux marchés
Son enthousiasme traduit la place prise par l’expérience à bord dans sa manière de présenter les croisières. « J’ai eu une très grande expérience de croisière dans les différents coins du monde grâce à Royal Carribean. » L’Asie demeure un autre axe de développement. Il évoque l’attrait de la Corée du Sud, de Shanghai et de Kuala Lumpur, ainsi que le rôle des liaisons aériennes dans l’accès à ces destinations. L’objectif : proposer des itinéraires qui enrichissent le voyage, tout en restant attentif aux conditions de déplacement et au budget.
Jimmy Tan Yan regarde également l’Asie comme un marché pour Maurice. Il souhaite accroître les échanges touristiques avec la Chine et développer la clientèle Asie-Pacifique, en complément des marchés européens traditionnels. Cette ouverture suppose, selon lui, de comprendre la culture et les attentes des visiteurs pour leur proposer un accueil adapté. « Il faut trouver un équilibre pour soutenir notre économie », affirme-t-il. L’idée de faire de Maurice un pôle de croisières participe à cette ambition. Elle reste une perspective à approfondir plutôt qu’un projet détaillé dans cet entretien. Pour Cathay Tours, la suite passe par de nouvelles destinations et par les possibilités offertes par la technologie. Jimmy Tan Yan pose toutefois une limite: « Ne pas trop dépendre de l’IA, mais développer aussi cette touche humaine. » Une manière de prolonger l’héritage familial sans renoncer à faire évoluer le métier.
Si Cathay Tours a traversé les décennies, c’est avant tout grâce à un capital rare : la confiance. D’une génération à l’autre, l’agence s’est inscrite comme le passeport discret des souvenirs mauriciens. Soixante-quatorze ans de bons et loyaux services… L’histoire est loin d’être terminée. Le prochain grand départ est déjà programmé.
Embarquement pour… 2027
En collaboration avec leurs partenaires Air Mauritius et Royal Carribean, Cathay Tours organise une croisière pour 2027. Celle-ci est prévue du 9 au 16 juillet, pour deux adultes qui souhaitent faire un parcours des îles grecques, en passant par Athènes et incluant deux escales en Turquie. Le coût est de Rs 77 100, tandis qu’une croisière de 4 nuits sur le Spectrum of the Seas est proposée au tarif Rs 57 500 pour deux adultes. Ce prix comporte que la croisière.
Renseignements : Cathay Tours (Tél. : 212 8585) Email: cathay@intnet.mu

