Assemblée nationale — Fait du jour de la séance d’hier — Le PM : « Les troubles ne peuvent être réduits à la seule pénurie d’eau »

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  • Répondant au leader de l’opposition, le Leader of the House fait état de l’arrestation d’un premier trafiquant de drogue
Navin Ramgoolam et Chetan Baboolall

La reprise des travaux parlementaires, hier, a été dominée par la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Chetan Baboolall, adressée au Premier ministre, Navin Ramgoolam, sur les émeutes qui ont secoué le pays depuis le 9 octobre. Les causes des troubles, l’éventuelle implication de réseaux criminels organisés, les mesures de prévention et de contrôle, la justification du couvre-feu ainsi que la protection des droits constitutionnels étaient au cœur de cette interpellation. Cette rentrée parlementaire a également été marquée par l’installation de Sydney Pierre sur le Front Bench de l’opposition, après sa démission du Parti Travailliste la semaine dernière. Il a pris place aux côtés de la députée Joanna Bérenger. Le Premier ministre a aussi rendu hommage à l’ancien député Rajen Dyalah, décédé le jeudi 17 septembre 2026 à l’âge de 79 ans. Celui-ci a été soutenu tant par le leader de l’opposition que par la Speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, avant que les condoléances parlementaires ne soient transmises à la veuve de Rajen Dyalah.

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En réponse au leader de l’opposition, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a affirmé que les troubles ayant secoué le pays ne peuvent être réduits aux seules protestations initiales contre les pénuries d’eau. Il s’est ainsi engagé dans une chronologie de faits pour étayer que si les premiers rassemblements étaient liés aux difficultés d’approvisionnement en eau dans certaines localités, les événements subséquents ont pris une autre dimension. La propagation des violences, les actes de pillage et les attaques contre des installations publiques l’ont conduit à considérer que certains incidents étaient organisés et ne relevaient plus uniquement de la colère exprimée lors des protestations initiales. « Law and order, Madam Speaker, is not an option. It is an absolute necessity in a country such as ours », affirme-t-il.

Le mercredi 7 octobre, la police avait été informée d’un rassemblement d’une centaine de personnes à Saint-Paul Road, à Phoenix. Les habitants protestaient contre les perturbations de l’approvisionnement en eau et dénonçaient l’absence de réponse à leurs plaintes adressées à la Central Water Authority (CWA).

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84 personnes arrêtées  
La situation avait pu être apaisée grâce à l’intervention de la police et de deux députés de la circonscription. Des camions-citernes avaient ensuite été déployés dans plusieurs localités touchées, notamment à Allée-Brillant, Highlands, Clairfonds, Phoenix et Hermitage. Les habitants s’étaient dispersés pacifiquement, sans dégâts aux infrastructures publiques ou privées et sans arrestation.

Les 8 et 9 octobre, les événements ont cependant pris une tournure plus grave. À Camp-Levieux, des individus avaient placé des débris au milieu de la route et y avaient mis le feu, obstruant la voie publique. « Police were manning a checkpoint, and at a certain point in time, a shot was fired from the service revolver of the police sergeant who was amongst the officers who were manning the checkpoint. The shot was aimed at a van, and the bullet fired hit one of the passengers of the van. The circumstances around this shooting incident are now being investigated by the Independent Police Complaints Commission, which has taken over from the regular police force », indique-t-il, faisant état de concertation au plus haut niveau de l’Establishment.

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Le Premier ministre a relevé le fait que les violences ne s’étaient pas limitées aux localités où les protestations contre le manque d’eau avaient commencé. Au fil des jours, plusieurs commerces ont été attaqués et pillés, des postes de police ont été pris pour cible, un tribunal de district a été saccagé et la station métro à Barkly a subi d’importants dégâts. Des équipements publics, dont des caméras Safe City, des feux de signalisation et d’autres dispositifs de vidéosurveillance, ont également été visés.

« Based on police reports and intelligence gathered, it emerged that there was a degree of coordination between the incidents », a-t-il déclaré, ajoutant que
« this gave rise to the compelling inference that individuals with malicious intentions were behind coordinated attacks on police stations, Safe City security cameras and other surveillance equipment and, more importantly, the attack on and ransacking of a court of law. »

Face à l’extension des troubles, le Cabinet a décidé, le 13 octobre, d’imposer un couvre-feu dans 15 localités en vertu de la section 13C de la Police Act. La mesure a ensuite été prolongée à plusieurs reprises, avec des horaires adaptés à l’évolution de la situation.

84 personnes avaient été arrêtées durant la nuit du 13, portant à 94 le nombre d’arrestations à cette date, tandis que sept policiers avaient été blessés. Le déploiement de plusieurs unités, dont la Special Mobile Force et la Special Support Unit, ainsi que l’installation de barrages et de points de contrôle, ont contribué à contenir les incidents.

Un autre phénomène a également retenu l’attention du gouvernement : les incendies de champs de canne à sucre signalés dans différentes régions de l’île. Le couvre-feu fut prolongé durant le week-end et levé lundi sur recommandation du commissaire de police. « The measures adopted, including the imposition of curfew orders, were not only justified in the circumstances but also entirely proportionate to the incidents being reported », estime-t-il.

Kreol mauricien 
D’autre part, le chef du gouvernement a consacré une partie importante de son intervention à la situation des enfants et aux perspectives offertes aux jeunes. Demandant à la Speaker l’autorisation de reprendre en kreol morisien le message qu’il avait adressé à la nation la veille, il a reconnu que les difficultés observées dans le pays constituaient une source de préoccupation profonde. Il s’est appesanti sur l’importance de leur offrir des perspectives d’emploi et la possibilité de s’épanouir.

Navin Ramgoolam a annoncé le lancement, dès cette semaine, de consultations urgentes avec son équipe et des spécialistes de terrain. Ces échanges devront permettre d’identifier les mesures nécessaires pour donner à chaque enfant du pays la possibilité de réaliser ses aspirations.

En conclusion, Navin Ramgoolam a appelé la population à préserver la paix, affirmant que la stabilité du pays dépend de la responsabilité de chacun.

Baboolall : Combien de barons de la drogue ont été arrêtés depuis que vous les avez accusés publiquement d’avoir financé les émeutes ? Disposez-vous d’un calendrier pour d’autres arrestations ?

Ramgoolam : Je ne peux évidemment pas donner de calendrier pour les arrestations. Nous disposons de renseignements indiquant que des barons de la drogue finançaient ces troubles. Je peux vous dire qu’au moins un baron de la drogue a été arrêté.

CJ : Will the Honourable Prime Minister agree that his fiery rhetoric against drug lords is just a political distraction to hide his own intelligence failure?

Speaker : No, that is not permissible. That is not permissible.

CJ : When did the Prime Minister first receive intelligence regarding these drug barons, and why did his administration fail to act before the crisis erupted?

NR : You mean fail to act before the crisis started? You mean about water supply and all these things? I suppose that’s what you mean. Regarding drug barons, the government had no prior indication that the drug barons were going to instigate these events. It was only when the unrest started that we received this intelligence.

CJ : Can the Prime Minister confirm how many children aged between 12 and 14 have been arrested by the police for defying curfew orders, and exactly where they were detained while in custody?

NR : As far as I understand, no one below the age of 14 was detained. No one below 14.

CJ : Why did the government plan to lower the age of criminal responsibility from 14 to 12?

NR : We looked at the situation. We acted according to the circumstances.

CJ : Does the Prime Minister realise that blaming teenagers for an explosion of unrest caused by government neglect is the ultimate confession of political bankruptcy?

Speaker : These kinds of questions are not allowed.

NR : I think the Leader of the Opposition, if you had listened to my speeches, I said that minors were not arrested. In fact, I appealed to them not to get involved in anything, but they were not arrested.

À une autre interpellation de la Chief Whip, Stéphanie Anquetil, portant sur l’éventuelle implication d’un ancien ministre du précédent gouvernement dans le financement des émeutes ou la fourniture d’argent, d’équipements ou d’autres moyens aux personnes impliquées, Navin Ramgoolam a répondu : « L’enquête est en cours et je ne peux pas révéler des détails à ce stade. »

CJ : Le recours éventuel à la Prevention of Terrorism Act contre les personnes impliquées dans les récents troubles ne risque-t-il pas de transmettre un signal négatif à la communauté internationale au sujet de la stabilité du pays ?

NR : J’aurais pensé le contraire. Cette loi figure dans la législation. L’ancien président avait démissionné sur cette question, si nous nous en souvenons. La décision de son application relève du Directeur des Poursuites Publiques (DPP).

Une question a porté sur l’utilisation présumée d’équipements de surveillance israéliens pour intercepter les communications WhatsApp des citoyens. Le Premier ministre a rejeté cette allégation, la qualifiant de « fruit de son imagination », tout en demandant à son interlocuteur d’indiquer l’origine de ces informations.

2 000 officiers
CJ : Comment les policiers pouvaient-ils maintenir l’ordre alors que la force compterait un déficit d’environ 2 000 officiers et ferait face à un manque important de véhicules opérationnels ?

NR : J’aurais pensé que vous féliciterez la police. Elle a agi brillamment et a fait son travail.
Concernant le manque de véhicules, les conditions de travail et la rémunération des policiers, Navin Ramgoolam a répondu que ces difficultés remontaient à dix ans et que son gouvernement s’employait à redresser la situation héritée de ses prédécesseurs.
Il a également mis en exergue que les véhicules de police incendiés pendant les troubles avaient aggravé les difficultés opérationnelles. « Nous devrons acquérir davantage de véhicules », a-t-il mis en avant, ajoutant que ces dépenses devraient être financées.

Adrien Duval : Le gouvernement est-il disposé à revoir la législation sur le couvre-feu afin de prévoir, si de tels événements devaient se reproduire, des restrictions ciblant certaines catégories d’âge plutôt que l’ensemble de la population ?

NR : Une telle éventualité devrait être étudiée avec prudence. Il faut faire attention au risque que des restrictions différenciées soient perçues comme discriminatoires.

CJ : Comment le gouvernement compte-t-il gérer la crise de l’eau, alors que la population attend des mesures concrètes plutôt que la création successive de comités ?

NR : Bien sûr, les comités ne régleront pas le problème. Nous devons agir. Le gouvernement ne peut pas contrôler les précipitations, mais les infrastructures défaillantes seront réparées avec l’aide du gouvernement indien, qui contribue au remplacement des conduites présentant des fuites. D’autres solutions sont à l’étude. Une délégation saoudienne devait se rendre prochainement à Maurice pour examiner les possibilités offertes par les usines de dessalement.

Reconnaissant l’existence de controverses autour de ces installations, le Premier ministre a affirmé que le gouvernement entendait étudier toutes les options disponibles.

CJ : Le gouvernement envisage-t-il de suspendre temporairement certaines taxes, redevances et contributions sociales afin d’alléger le coût de la vie pour les ménages mauriciens ?

NR : Cette question devrait être examinée par le gouvernement dans le contexte de l’héritage économique hérité de l’administration précédente et des efforts entrepris pour redresser l’économie.

Interpellé par Raviraj Beechook sur la question de s’attaquer aux difficultés sociales, à l’échec scolaire et au manque de perspectives auxquels sont confrontés certains jeunes, Navin Ramgoolam a évoqué la mise en place d’un comité placé sous sa présidence. Différents ministères doivent y être représentés afin d’examiner ces problématiques. Cette démarche vise à élargir la réponse gouvernementale au-delà du seul maintien de l’ordre public.

 

 

 

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