Ils ignoraient que leurs conversations téléphoniques étaient interceptées. Certains ont même été bouleversés en découvrant que des échanges privés, qu’ils pensaient avoir eus en toute confidentialité, avaient été enregistrés. Le Central CID a recueilli une série de dépositions de citoyens, placés sur écoute dans le passé avec le système Misie Moustas sous le gouvernement de Pravind Jugnauth. Une démarche qui vise à donner davantage de poids à l’enquête sur l’utilisation présumée d’un système de surveillance à grande échelle.
Les informations d’informations effectuées par Le-Mauricien de sources concordantes indiquent que les enquêteurs ont présenté à ces témoins certaines communications qu’ils avaient effectivement eues. Ils les ont reconnues, tout en affirmant n’avoir jamais été informés de l’interception de leurs conversations. Plus troublant encore, aucune autorisation de la Cour n’a été délivrée pour permettre ces mises sur écoute, selon les éléments portés à la connaissance des enquêteurs et cela en flagrante contradiction des dispositions de la loi, garantissant des droits fondamentaux.
Ces témoignages constituent désormais une pièce importante du dossier. Le Central CID cherche à démontrer qu’au-delà de simples interceptions ponctuelles, sous le précédent gouvernement MSM, un dispositif de “mass data interception, monitoring and surveillance” aurait été mis en place et utilisé pour surveiller les communications de plusieurs personnes. Les enquêteurs s’attachent ainsi à établir l’étendue de ce système, ses modalités de fonctionnement et les conditions dans lesquelles les interceptions auraient été effectuées.
C’est dans ce contexte que l’enquête remonte jusqu’aux décisions prises au sommet de l’ancien gouvernement. L’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth a été confronté, lors de son interrogatoire aux Casernes centrales mardi dernier, à plusieurs documents, portant sa signature. Ces pièces concernent notamment l’acquisition des équipements d’écoute et de surveillance ainsi que les procédures ayant entouré leur mise en place.
Le volet examiné par les enquêteurs ne se limite pas à la simple commande du matériel. Il concerne également tout le processus permettant son installation et son exploitation. La Security Division du Prime Minister’s Office (PMO), qui devait avaliser les différentes étapes de cette procédure, se retrouve ainsi au cœur des vérifications.
La police cherche notamment à retracer la chaîne des décisions et des validations ayant permis l’acquisition et le déploiement de ces équipements. D’ailleurs, l’ACP Lilram Deal, ancien responsable de la Counter Terrorism Unit, avait été arrêté en décembre 2025 par le CCID pour infraction à l’Official Secrets Act.
Dans son communiqué publié après l’audition de Pravind Jugnauth, la police indique lui avoir présenté plusieurs documents relatifs à cette affaire, dont certains porteraient sa signature. Des photographies des équipements concernés ont également été soumises à l’ancien chef du gouvernement et à ses avocats. Selon les Casernes centrales, suffisamment d’informations leur ont été communiquées pour permettre à Pravind Jugnauth de prendre connaissance des éléments examinés et d’y apporter ses explications.
Entendu Under Warning par le Central CID, l’ancien Premier ministre a cependant choisi de ne pas répondre directement aux questions, maintenant un silence sur des aspects de l’affaire. Il a été autorisé à repartir après son interrogatoire. À sa sortie, il n’a pas caché son mécontentement, dénonçant ce qu’il considère comme une « tentative de manipulation politique claire ».
La police, de son côté, rejette toute accusation de traitement orienté dans ce dossier. Elle assure que l’enquête est menée de manière impartiale et que les investigations doivent être guidées par les preuves, indépendamment du statut des personnes concernées.
Entre les témoignages de citoyens qui découvrent aujourd’hui que leurs communications auraient été surveillées et les documents administratifs soumis à l’ancien Premier ministre, les enquêteurs tentent désormais de reconstituer l’ensemble du mécanisme. C’est le Directeur des poursuites publiques (DPP) qui tranchera sur cette affaire dans les prochaines semaines.

