Invité à Maurice par l’ONG 4Tilapat, le prêtre brésilien João Gomes, dont le combat pour les animaux a été présenté dans la série documentaire Dogs sur Netflix, a rencontré bénévoles, représentants des forces vives et responsables religieux. Au-delà des sauvetages et des adoptions, il défend une politique publique cohérente et appelle les citoyens à élire des députés capables de porter la cause animale au Parlement.
Ouvrir les portes d’une église aux chiens abandonnés pour leur trouver une famille : l’initiative peut surprendre. Pour le père João Paulo de Araújo Gomes, elle répond à une nécessité concrète. Dans l’esprit de saint François d’Assise, ce prêtre brésilien fait de la protection des animaux une dimension de son engagement pastoral. Son passage à Maurice, dans le cadre de la Journée mondiale des animaux, lui a permis de partager cette expérience avec ceux qui affrontent quotidiennement l’abandon et la maltraitance.
À l’invitation de 4Tilapat, il a célébré une messe de bénédiction à l’église Saint-François d’Assise, à Pamplemousses, puis rencontré plusieurs acteurs locaux. Il a accompagné des bénévoles dans un quartier défavorisé de Bambous et échangé avec ceux de Flic-en-Flac, aux côtés de représentants des forces vives et de chefs religieux. À la salle d’œuvre de l’église Saint-Marc, son témoignage a posé une question : comment rendre visibles des animaux auxquels la société ne prête plus attention ?
« Rien n’était planifié au départ », a-t-il raconté. Sollicité pour aider une association, il avait participé à différentes initiatives. Mais certains chiens restaient sans famille. L’idée a alors été de les présenter aux fidèles à la fin de la messe, au moment des annonces. « En trois mois, tous les chiens ont été adoptés et le refuge a fermé », rapporte-t-il. Cette première expérience a donné une visibilité nouvelle à son engagement et montré qu’un lieu de rassemblement pouvait aussi devenir un espace de sensibilisation.
Le prêtre tient toutefois à préciser que les animaux ne sont pas présents à toutes les messes. Les protecteurs et les ONG les recueillent, puis le sollicitent pour faire connaître leur situation. Il relaie ces appels sur ses réseaux sociaux, où se réalise la majorité des adoptions. Lorsqu’un cas ne suscite aucun intérêt, il arrive qu’un animal soit présenté pendant une célébration. Cette démarche reste ponctuelle : elle complète les autres efforts, sans garantir que chaque chien trouvera un foyer.
Ordonné en 1995, le père Gomes, âgé de 56 ans, associe engagement pastoral et formation universitaire. Après des études de lettres et de théologie, il a obtenu un master et un doctorat en histoire de l’Église à l’Université pontificale grégorienne de Rome. Il a exercé dans plusieurs communautés de l’Agreste, dans l’État de Pernambouc, au nord-est du Brésil. Il partage aujourd’hui son activité entre l’enseignement à l’Université catholique de Pernambuco, l’UNICAP, et sa mission d’aumônier à l’hôpital São Sebastião de Caruaru.
À Maurice, Cathy Giraud, Vanessa Laget et Lloyd Calisse l’ont accompagné comme traducteurs. Son rapport aux animaux est aussi personnel : il s’occupe quotidiennement de Cecilia, sa chienne handicapée. « Tout a commencé par de simples vidéos amateurs partagées sur les réseaux sociaux », explique-t-il à propos de la diffusion de son engagement. Son histoire a ensuite été racontée dans la deuxième saison de Dogs, au quatrième épisode, donnant une audience internationale à une action née de besoins locaux.
« Il faut être plus fort que le mal »
Cette démarche n’a pas toujours été bien accueillie. Le père Gomes évoque les critiques de certains confrères et le départ de fidèles qui reprochaient à l’église de sentir les chiens. Face aux tensions, il dit avoir choisi de préserver sa paix intérieure et de se concentrer sur les résultats. « Ce que nous faisons pour les animaux est énorme. On ne peut pas tous les sauver, mais nous avançons face à une réalité concrète », confie-t-il.
À ses yeux, faire entrer des animaux dans une église attire l’attention, mais cette initiative ne résume pas son action. Toutes les religions peuvent contribuer à la sensibilisation, tout comme les écoles, les universités, les centres commerciaux et d’autres lieux fréquentés par le public. L’objectif est de permettre à la société de voir ces animaux, de comprendre leur situation et d’envisager une adoption responsable.
Il décrit également la place que peuvent prendre les chiens auprès des malades. À proximité de sa paroisse, raconte-t-il, leur présence est admise à l’hôpital dans certaines situations, y compris en soins intensifs. « Le visage des patients s’illumine dès qu’un chien entre dans la pièce », témoigne-t-il. Il voit dans ces rencontres un réconfort et une illustration du lien entre le bien-être des humains et celui des animaux.
Son discours devient plus ferme lorsqu’il aborde la cruauté. Maltraiter ou empoisonner un animal, souligne-t-il, doit être considéré comme un acte appelant une réponse judiciaire. Il estime que la violence envers les animaux concerne la société tout entière et plaide pour une législation protectrice, accompagnée de sanctions effectivement appliquées. Le secours apporté par les bénévoles ne peut, dans cette perspective, remplacer la responsabilité des pouvoirs publics.
Un amour qui élargit le cœur
Les obstacles, selon lui, sont nombreux. Le premier consiste à croire qu’aimer les animaux signifie se désintéresser des personnes. Le deuxième est de considérer leur protection comme inutile, au nom d’une hiérarchie plaçant l’être humain très au-dessus des autres êtres vivants. S’y ajoutent les difficultés quotidiennes des familles, qui peuvent reléguer cette cause au second plan, ainsi qu’un individualisme qui freine l’engagement pour des problèmes dépassant son propre foyer.
À cette opposition entre les causes, il répond par une conception inclusive de l’amour. « Dans ce monde, tout est lié », dit-il. Soigner, protéger et défendre les animaux participe, à ses yeux, d’une même attention à la vie. « Il n’existe pas d’amour qui exclue les autres, mais plutôt un amour qui élargit le cœur pour y embrasser toutes les formes de vie. » Son message cherche ainsi à rapprocher les engagements plutôt qu’à mettre en concurrence la souffrance humaine et celle des animaux.
Il reconnaît cependant le poids psychologique de cet engagement. Recueillir des animaux blessés, côtoyer la cruauté et manquer de moyens peuvent épuiser ceux qui leur viennent en aide. Aux bénévoles, il conseille d’accepter leurs limites et de consacrer leur énergie aux actions qui permettent d’avancer. « Il faut admettre qu’on ne peut pas tout faire », rappelle-t-il. Préserver un équilibre dans son dévouement permet de continuer sans porter seul l’ensemble des souffrances rencontrées.
L’accueil réservé à cette démarche ne permet toutefois pas de mesurer son effet sur les adoptions ou les pratiques locales. Le prêtre présente une expérience brésilienne ; son adaptation à Maurice reste à construire.
Porter la cause animale au Parlement
Pour le père Gomes, les campagnes de stérilisation, les sauvetages et les adoptions doivent désormais s’inscrire dans une politique publique globale. Menées séparément, ces initiatives ne suffisent pas à répondre durablement à l’abandon et à la maltraitance. Il appelle à une stratégie cohérente associant le sauvetage, les soins vétérinaires et le placement des animaux, avec une application effective des lois.
Il insiste sur le rôle des citoyens dans cette évolution. L’expérience brésilienne montre, selon lui, que des militants devenus parlementaires peuvent porter la protection animale dans le débat politique et faire évoluer la législation. Élire des candidats formés et sensibles à cette question est donc, à ses yeux, un moyen de donner une portée institutionnelle aux efforts des associations. La compassion doit pouvoir se traduire en décisions publiques.
Au cours de son séjour, le prêtre a également visité le refuge de Pink Pony Charity Trust et inauguré celui de la famille Moothien, à La Brasserie, baptisé St François d’Assise Sanctuary. À travers ces rencontres, il a partagé une conviction : chaque adoption compte, mais un changement durable exige aussi une mobilisation collective. Son passage pose aussi la question des moyens nécessaires pour traduire ces intentions en actions durables.

