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Du pôle Nord au pôle Sud, de l’Everest au cap Horn, Fedor Konyukhov a traversé les océans à la rame, navigué en solitaire autour de l’Antarctique et bouclé un tour du monde en ballon. Une existence passée à repousser les frontières du possible, jusqu’à l’incroyable dérive d’AKROS, abandonné dans l’océan Indien puis retrouvé seize mois plus tard aux Mascareignes. Avant d’être récupéré à Port Louis, Maurice !
Seize mois après avoir dû abandonner en urgence son embarcation AKROS au milieu de l’océan Indien, l’explorateur russe, Fedor Konyukhov a fait escale à Maurice pour récupérer son bateau. Retrouvé à la dérive entre Madagascar et La Réunion, AKROS a été remorqué jusqu’à Port-Louis avant de prendre le chemin de la Russie.
À bientôt 75 ans, l’explorateur russe continue de repousser les limites de l’endurance humaine. Prêtre orthodoxe, peintre, écrivain et aventurier, Fedor Konyukhov a consacré sa vie aux expéditions hors normes. Son parcours ressemble moins à une succession de voyages qu’à une longue quête des endroits où l’homme peut encore se retrouver seul face aux éléments.
Son dernier grand défi était de faire le tour du monde à la rame par l’hémisphère Sud. À bord d’AKROS, il avait pris la mer depuis le détroit de Drake en décembre 2024, avec l’ambition de relier l’Amérique du Sud à l’Australie avant de boucler son périple.
Une station polaire comme laboratoire de solitude
Avant même de reprendre le large, Konyukhov avait déjà ajouté une nouvelle page à son histoire. En novembre 2025, il quitte Ushuaia, en Argentine, pour rejoindre l’île Livingston, dans les Shetland du Sud. Sur un site qu’il avait repéré dès 2022, il installe ce qui est présenté comme la première station saisonnière au monde occupée par une seule personne.
Pendant quatre mois, jusqu’à la mi-mars 2026, il y mène des expériences scientifiques portant notamment sur la météorologie, la glace et l’environnement. Il profite également de son isolement pour peindre les paysages polaires qui l’entourent.
Dans l’Antarctique, où la réglementation environnementale figure parmi les plus strictes au monde, l’autorisation officielle de Roshydromet(Le Service fédéral ruse d’hydrométéorologie et de surveillance environnementale) n’a été délivrée que le 6 novembre 2025, soit, près d’une année de démarches.
À 74 ans, Konyukhov devient ainsi le doyen des explorateurs solitaires à occuper un poste fixe sur le continent blanc. Sa petite structure technique se transforme en un laboratoire de vie extrême, où le froid, l’isolement et le silence deviennent partie intégrante de l’expérience.
Le tour du monde à la rame s’arrête, l’exploit demeure
Quelques mois auparavant, en mars 2025. Après 115 jours en mer et plus de 6 000 milles nautiques parcourus, plusieurs défaillances des systèmes de contrôle et de survie d’AKROS contraignent Konyukhov à abandonner sa tentative de tour du monde à la rame par l’hémisphère Sud.
Le 30 mars 2025, un vraquier chinois vient à son secours au milieu de l’océan Indien. Pour l’explorateur, l’abandon de son embarcation constitue un moment inédit dans une carrière au cours de laquelle il avait toujours ramené ses bateaux à bon port.
Mais l’échec technique ne résume pas l’expédition. Le 11 février 2025, AKROS avait franchi le méridien 20° Est et pénétré dans l’océan Indien. Konyukhov avait ainsi réalisé une première en devenant le premier homme à traverser l’Atlantique Sud à la rame.
Seize mois plus tard, en août 2026, son embarcation, laissée à la dérive après son sauvetage, est finalement retrouvée entre Madagascar et La Réunion. Son fils, Oskar, a annoncé qu’AKROS serait transféré dans un musée de la région de Toula, en Russie. Le bateau deviendra ainsi le témoin matériel d’une expédition interrompue, mais déjà entrée dans l’histoire de l’exploration.
Une vie organisée autour de l’impossible
Né en 1951, Fedor Konyukhov a passé sa vie à accumuler les premières. Il est le seul homme à avoir atteint à trois reprises le pôle Nord, mais aussi le pôle Sud, le point le plus éloigné de toutes les terres émergées dans l’océan Arctique et le sommet de l’Everest.
Lorsqu’il gravit l’Everest en 1992, il devient le premier prêtre orthodoxe à atteindre le toit du monde.
Dans les années 1980 et 1990, il réalise le « Grand Slam » des explorateurs : le pôle Nord en ski, le pôle Sud en solitaire, puis les Seven Summits, achevés en mai 1997.
Les décennies suivantes le voient passer de la terre à la mer, puis de la mer au ciel. En 2008, il effectue un tour du monde en solitaire autour de l’Antarctique à la voile. En 2014, il traverse le Pacifique à la rame. En 2019, il réalise en 154 jours le premier passage en solitaire de l’océan Austral à la rame.
En 2016, il boucle également un tour du monde en ballon. Cinq ans plus tard, en 2021, il passe près de onze jours seul sur une station de dérive au pôle Nord, où il étudie notamment l’évolution de la banquise.
Le peintre derrière l’aventurier
Réduire Konyukhov à ses records serait pourtant passer à côté d’une partie essentielle du personnage. Il est aussi prêtre, écrivain et peintre. Ses expéditions nourrissent directement son travail artistique et ses toiles inspirées des régions qu’il traverse sont exposées jusque dans les institutions culturelles russes, notamment au Musée russe de Saint-Pétersbourg.
Chez lui, l’expédition ne s’arrête pas au moment où les pieds retrouvent la terre ferme. Au retour, il écrit, peint, raconte et prépare déjà la suivante.
Dans un monde où l’exploration est devenue largement institutionnalisée, technologique et sécurisée, Konyukhov représente une forme plus ancienne et plus personnelle de l’aventure. Il part avec des moyens limités, accepte la possibilité de l’échec et transforme chacune de ses expéditions en une entreprise à la fois sportive, scientifique, spirituelle et artistique.
Son histoire avec AKROS en est peut-être l’illustration la plus récente. Une tempête, une série de pannes, un sauvetage en pleine mer et, des mois plus tard, un bateau retrouvé à la dérive dans l’océan Indien.Techniquement, l’expédition s’est arrêtée.Mais pour Konyukhov, l’histoire du voyage, elle, n’était manifestement pas terminée.
Une tempête met à mal son embarcation
Konyukhov avait déjà franchi les eaux particulièrement difficiles des îles Malouines, du banc Burdwood et de l’île de Géorgie du Sud. Il avait ainsi traversé l’Atlantique Sud, une première dans le domaine de l’aviron océanique en solitaire. Il avait ensuite poursuivi sa route dans l’océan Indien Sud en direction du Cap Leeuwin, en Australie.
Mais au début de février, une violente tempête s’est abattue sur son embarcation, endommageant ses systèmes de navigation et de communication.
L’aventurier expérimenté a malgré tout poursuivi sa route. Le 26 mars, Konyukhov ne disposait plus d’une pompe manuelle, qui ne permettait pas de couvrir ses besoins quotidiens en eau. Le lendemain, son pilote automatique est également tombé en panne. Une situation qui compliquait considérablement la navigation et qui aurait pu s’avérer particulièrement dangereuse lors de futures tempêtes, son embarcation risquant alors de se retrouver perpendiculaire aux vagues.
Selon son équipe, ces différentes défaillances seraient liées à trois mois de « conditions incessantes d’humidité et de froid ».
Secouru par un cargo
Avec des conditions météorologiques favorables annoncées et le porte-conteneurs Ore Hong Kong situé à moins de deux jours de sa position, Konyukhov a finalement pris la décision, le 29 mars, de mettre fin à son expédition.
Le cargo l’a rejoint le 30 mars. Il s’agit de la première fois au cours de sa longue carrière que Fedor Konyukhov abandonne son embarcation. L’explorateur chevronné n’a pu retenir ses larmes au moment de voir son petit bateau dériver tandis que le cargo s’éloignait…
Des pôles à l’Everest, une vie au bout du monde
Depuis plus de quarante ans, Fedor Konyukhov parcourt les territoires les plus hostiles de la planète. À pied, à ski, à la voile, à la rame ou en ballon, l’explorateur russe a relié plusieurs des lieux mythiques de l’histoire de l’aventure.
Pôle Nord
Fedor Konyukhov a atteint à trois reprises le pôle Nord, dont une première fois à ski en 1990. En 2021, il a également passé près de onze jours sur une station dérivante installée sur la banquise afin d’effectuer des observations scientifiques.
Pôle Sud
En 1995-1996, il a rejoint le pôle Sud au terme d’une expédition solitaire en Antarctique. Cet exploit lui a permis de compléter le Grand Slam des explorateurs, associant les deux pôles aux plus hauts sommets des continents.
Everest
Il a gravi l’Everest, toit du monde culminant à 8 849 mètres, en 1992. Il en a atteint le sommet une seconde fois en 2012. Il est également le premier Russe à avoir réalisé les Seven Summits, les plus hauts sommets des sept continents.
Autour de l’Antarctique
En 2008, il a achevé un tour du monde à la voile en solitaire en empruntant les mers australes autour de l’Antarctique. En 2019, à bord d’AKROS, il a parcouru seul à la rame quelque 11 500 kilomètres entre la Nouvelle-Zélande et le cap Horn en 154 jours.
Traversée du Pacifique
En 2014, il est devenu le premier homme à traverser seul et sans escale le Pacifique à la rame entre l’Amérique du Sud et l’Australie. Parti du Chili, il a atteint Mooloolaba après 160 jours en mer et environ 17 400 kilomètres parcourus.
Atlantique Sud
Entre décembre 2024 et février 2025, Konyukhov a réalisé la première traversée en solitaire de l’Atlantique Sud à la rame, du détroit de Drake au méridien du cap des Aiguilles. Il a franchi cette distance en 68 jours avant de poursuivre vers l’océan Indien.
Tour du monde en ballon
En juillet 2016, il a effectué un tour du monde en solitaire à bord d’un ballon de type Rozière. Parti d’Australie, il y est revenu après 11 jours, 4 heures et 20 minutes de vol, battant alors le record établi par l’Américain Steve Fossett.
Île Livingston
De novembre 2025 à mars 2026, l’explorateur a vécu seul dans une station saisonnière installée sur l’île Livingston, dans l’archipel antarctique des Shetland du Sud. Il y a mené des observations scientifiques tout en poursuivant son travail de peintre et d’écrivain.
Les « cinq pôles » de l’exploration
Fedor Konyukhov est présenté comme le premier homme à avoir atteint les cinq grands « pôles » symboliques de l’aventure : le pôle Nord, le pôle Sud, le pôle d’inaccessibilité de l’océan Arctique, l’Everest — considéré comme le « pôle d’altitude » — et le cap Horn, ou « pôle des navigateurs ». Un parcours exceptionnel mené sur la glace, la montagne, les océans et dans les airs
Voici une première sélection de photos illustrant les principaux exploits de Fedor Konyukhov.
AKROS et les grandes traversées océaniques
Des pôles à l’Antarctique
Le tour du monde en ballon

Sarah Jane Lebrasse-Lanfray

